Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme

Massif de l'Aigoual, arboretum de l'Hort de Dieu - Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme

Mont Aigoual, arboretum de l’Hort de Dieu

J’écris exactement pour ceci, me libérer des contraintes inessentielles, de toute la comédie des apparences, des influences et des rapports sociaux, rentrer dans le vif du réel – le vif. (203)

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture fringante et douce à la fois, de Michaël Ferrier, sa finesse d’expression, sa grande richesse de perception. Je le croyais, ce grand sensible, discret et menant une existence paisible, et je le découvre enseignant, consultant en entreprise, travaillant pour la télévision et même la radio. Ces fantômes révèlent sa nature volcanique et bouillonnante, sa rage, son ironie aux grandes dents. Les universitaires japonais en prennent pour leur grade ! À un degré parfois gênant. On admire la verve, mais la charge est tellement appuyée que la lectrice remue sur son siège de malaise, même si elle se doute que les patronymes ont été modifiés.

Mollusques ils sont, et le dictionnaire nous l’apprend : Dans cette évolution, ils ont perdu leur tête, devenue inutile, et les yeux ne sont plus présents que sous forme dégénérée. (132)

La vérité, c’est qu’ils s’ennuient tous comme des pendules. Ils ne savent plus qui ils sont et leur temps est un clapotement informe. (220)

Je ne l’ai pas complètement suivi sur le fil directeur de l’identité française, mais j’ai apprécié certains passages, la bibliothèque organique, l’ennui des réunions de travail, ses digressions sur la peinture ou la sculpture, l’histoire d’Edmond Albius.

Il n’y a pas d’identité française, qu’elle nous dit ! Rien, jamais… Un ramassis de métèques, venus du fin fond de l’Europe et d’ailleurs, échoués là parce qu’il y avait l’océan Atlantique d’un côté, la Manche au nord, la Méditerranée au sud et qu’ils ne pouvaient pas aller plus loin. (215)

Au-delà de tout transparaît un amour fou pour l’écriture, la précision du mot, la fluidité vibrante de l’expression, la force souterraine de la littérature.

Mais l’écriture attend – migratoire, itinérante, tapie dans l’ombre : elle est sous la terre et sous la mer, un levier, un vérin, elle est une excavatrice et une motrice, elle repère loin sous les mots les pépites de feu, la vie, la mort, le sexe, le temps, elle vous ramène un jour tout ça en surface pour que ça vous pète à la gueule. (221)

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual

Mont Aigoual

 

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