Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou - Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou

Son intervention télévisuelle saisie au vol dans le cadre des voyages de François Busnel m’est apparue atypique dans sa franchise et sa spontanéité. Elle m’a donné envie d’ouvrir un de ses livres.

Fétichisme du conte doublé d’un besoin compulsif de dire la vérité. Très dangereux, cela. (107)

La langue frappe son tambour d’emblée. Force d’une sincérité. Richesse des associations d’idées. Sherman Alexie travaille sur la base d’une poésie en liberté. Il démarre sur un mot, une image et laisse partir son esprit, mais sans jamais s’égarer. Il trace des pistes autour de l’image du guerrier, de la recherche d’une vision, vieux mythes restaurés au travers de l’univers des réserves. Il étire le sens interne des anciennes voies spokanes, arrive à exprimer un inconscient culturel en construction dans un contexte matériel sans repères.

On a ri, vous savez, parce que le rire est la seule chose que deux personnes ont en commun. (183)

Croyez-moi, tout ressemble à un nœud coulant quand on le fixe assez longtemps. (200)

Carambolage des temps, piqures de souffrance, traits de colère, la cohésion se tisse sur la douleur. L’échec enlise une communauté qui peine à survivre mais ne s’est pas pour autant vidée de sa sève et de sa verve. La puissance du conte bouillonne d’une énergie qui transcende les hommes.

Lac du Salagou - Aigrette

Lac du Salagou – Aigrette

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Traquet motteux

Lac du Salagou – Traquet motteux

 

Le lendemain du jour où il avait créé les Indiens, Coyote, qui est notre créateur à tous, était assis sur son nuage. Il aimait bien les Indiens, il aimait bien ce qu’ils faisaient. C’est bien, ne cessait-il de se répéter. Mais il s’ennuyait. Il n’arrêtait pas de penser à ce qu’il pourrait faire ensuite. Comme il ne trouvait rien, il décida de se couper les ongles des pieds. Il commença par le droit et mit les rognures dans sa main droite. Puis il passa au gauche et ajouta les rognures à celles qu’il tenait déjà dans sa main droite. Il regarda autour de son nuage à la recherche d’un endroit où les jeter. Il n’en vit aucun et devint furieux. Tellement furieux qu’il se mit à sauter sur place. Alors, par accident, les rognures d’ongles lui échappèrent et tombèrent sur la terre. Elles s’enfouirent dans le sol comme des graines et poussèrent pour devenir l’homme blanc. Alors Coyote, voyant sa dernière création, s’exclama : Oh, merde ! (153)

 

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