Éric Chevillard, L’autofictif croque un piment

Vallée du Dourdou, plateau de La Loubière - Éric Chevillard, L'autofictif croque un piment

Vallée du Dourdou, plateau de La Loubière

Le merle ne craint pas l’écrivain immobile qui tourne une phrase dans sa tête. Il se pose sur le dossier de la chaise en face, sur laquelle j’ai étendu mes jambes. Puis la phrase est faite, il faut la noter avant qu’elle ne s’envole. C’est elle ou l’oiseau. Je bouge. (184)

L’année 2010-2011 a été sombre et il en reste encore des traces. L’esprit d’Éric Chevillard met quelques semaines à s’épousseter des cendres du deuil, puis renaît. Plus dense et plus concis. S’appuyant sur la tendresse de sa vie de famille, recentré sur les aspérités des jours. Radiateurs, aspirateurs, poussettes, font entendre leur petite voix. Et les oiseaux ne cessent de s’envoler.

Mais ce que j’aime, surtout, et que nous opposons bien sûr aux imbuvables concoctions de jus de crâne, et qui ici s’exprime par petites touches vibrantes, c’est sa posture de nombril outré, de misanthrope aux pulsions assassines,

Dès lors, plutôt que de ravaler honteusement ma salive ou de la cracher avec dégoût sur le sol, je la laissai couler sur mon menton, de là sur mon torse, mes cuisses, mes pieds, sans l’essuyer jamais, si bien qu’avec le temps, comme je l’avais escompté, se forma tout autour de mon corps une croûte de bave sèche qui peu à peu se solidifia et qui exprime au plus juste aujourd’hui le mépris dans lequel je tiens le monde d’un côté, et moi, de l’autre. (85)

son regard déçu sur une humanité médiocre,

Peste, sida, famines, tsunamis, rien de tout cela n’avait été suffisant et Dieu là-haut ne savait plus quoi inventer pour éradiquer cette espèce vile et méprisable qu’il avait décidément créée trop endurante. Or il ne pouvait encore se résoudre à employer des moyens plus radicaux – météorite géante, glaciation soudaine -, car cela eût entraîné également la disparition du sphinx du tilleul, un joli papillon qui était, de toutes ses œuvres, celle dont il était secrètement le plus fier. (242)

dont la production littéraire à succès le désole…

Quand on voit quel chemin montueux, tortueux, rocailleux, mène à la gloire, comment s’étonner que tant d’ânes en aient atteint le sommet ? (97)

Sous des dehors facétieux et méchants, lâches et nombrilistes, le clown Chevillard, figure postmoderne du antihéron, fouisse dans le gruau chaotique de l’existence, portant vaillamment son questionnement et ses doutes, à la recherche d’une essentialité grammaticale autant que spirituelle.

Au secours ! Ainsi traduira-t-on en bon français la périphrase littérature. (20)

Vallée du Dourdou

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