Henri Bosco, Le mas Théotime

Côte méditerranéenne, Vendres-plage - Henri Bosco, Le mas Théotime

Côte méditerranéenne, Vendres-plage

Car le vieil Alibert croit à la sainteté des bornes agricoles. Un champ ne devient tel, pour sa raison, que s’il a des limites bien établies. (…) Il a horreur des empiétements, même s’ils tournent à son avantage; et il n’est point, pour lui, de culture possible si l’on ne sait au juste où doit s’arrêter le labour et le jet de semailles. Une poignée de grains jetée à l’étourdie, et qui tombe chez le voisin est une impiété grave, et si le voisin, par mégarde, vous gratifie de sa semence, le vieil Alibert en arrache les épis dès qu’ils poussent en herbe, car il prétend les reconnaître parmi les siens. (68)

1945… à lire ce roman on se dit que c’était vraiment une autre époque. Il est le reflet d’une vie paysanne et d’une perception de la femme qui se sont fondus dans l’évolution de la société. On croise toujours des Alibert et des Claudius dans ma campagne, mais ils font figure d’îlots dans un monde qui a changé de perspectives et dont l’angle de vue s’est élargi.

Pascal fait figure d’original et tient en quelque sorte le rôle de l’artiste. Sa vie intérieure intense, sa relation profonde à l’esprit des lieux et son maniérisme sentimental donnent son charme à un récit écrit à l’ancienne, avec soin. La menace qui plane dans les collines rappelle Jean Giono mais sous une tout autre perspective. Point de chamanisme ici, mais la recherche d’une vie morale par la domestication des terres et des eaux sous peine d’être livré aux mystères des forces impulsives et de vivre continuellement dans un état d’ivresse sourde ou de demi-démence. La sauvagerie guette si on ne trace pas correctement son sillon…

C’était la peur qui soulevait en moi une colère contenue, et d’autant plus vive, dont l’amertume coulait déjà dans mon sang si prompt à s’assombrir. Je le sentais qui s’échauffait rapidement et de là provenait ma bizarre inquiétude, comme si, du plus profond de moi-même, une forme encore bien vague se fût détachée, qui me donnait le sentiment d’une intrusion. Quelqu’un semblait s’être glissé dans les parties basses et peu connues de mon âme, et, à travers l’obscurité qui y régnait encore, il cherchait en tâtonnant à arriver jusqu’à moi, déjà troublé par son approche silencieuse. (303)

Les effets de la malveillance, l’obsession, la dépossession de soi sont des points forts du paysage tracé par Henri Bosco. La silhouette du berger aux grands pas suivi docilement par ses trois brebis faméliques a pris valeur symbolique dans mon imagination.

Vendres-plage - Aigrette garzette

Vendres-plage – Aigrette garzette

Étangs de Vendres - Échasse blanche

Étangs de Vendres – Échasse blanche

Vendres-plage - Aigrette garzette

Vendres-plage – Aigrette garzette

Vendres-plage - Foulque macroule

Vendres-plage – Foulque macroule

Vendres-plage - Coucou geai

Vendres-plage – Coucou geai

Vendres-plage - Coucou geai, pie

Vendres-plage – Coucou geai, pie

Vendres-plage - Chardonneret

Vendres-plage – Chardonneret

Vendres-plage - Cisticole des joncs

Vendres-plage – Cisticole des joncs

 

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Une réponse à Henri Bosco, Le mas Théotime

  1. Dominique dit :

    Un roman qu’on ne voit pas beaucoup sur les blogs et que j’aime beaucoup comme l’œuvre de Bosco d’une façon générale

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