Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck, lu par Sylvain Machac

Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck, lu par Sylvain Machac

J’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser à ce pauvre Brodeck. Et au moins autant de difficultés à aller jusqu’au bout du récit. Non pas que les thèmes abordés ne soient prometteurs. Mais la forme traîne en longueur. Ce Brodeck est semblable à une pastèque : rouge appétissant mais finalement plein d’eau, il manque de corps et de densité.

Être innocent au milieu des coupables, c’était en somme la même chose que d’être coupable au milieu des innocents. (X 5:02)

Un obscur village. Une atmosphère pesante et soupçonneuse. Beaucoup d’odeurs dont on préfère lire le descriptif plutôt que de les sentir véritablement. Des êtres épais qui ont des difficultés à assumer leurs actes. Il se crée une conscience collective sensible et réactive qui tue le témoin venu de l’extérieur – mais pourquoi cet Anderer ne s’est-il pas carapaté tant qu’il en était encore temps ? Naïf idiot ou personnages symbolique qui n’a pas besoin d’être cohérent aux yeux de l’écrivain ? – et demandent à un des leurs, marginal à leurs yeux, de mettre leur acte en mot. D’un côté ils tentent d’effacer leur culpabilité et leur honte en tuant l’étranger, et d’un autre côté, ils cherchent une extériorisation qui les soulagerai et structurerai leur mémoire.

Le prêtre, au milieu de ce cloaque, a fini par prendre le rôle d’homme égout, le seul qu’on lui accorde.

Nettoyant sa chasuble avec du savon et une brosse chiendent, il nous dit avec humour :

 La bière ne laisse pas de tâches, pas plus que l’eau de vie, tandis que le vin… En plus, juste sur la croix. Si je ne parviens pas à l’estomper, des nigauds et des bigotes y verrons un symbole. On croule déjà sous les symboles dans notre commerce, pas besoin d’en rajouter. (XVII)

Le mystère des renards m’a laissée sur ma faim – ou j’en ai raté la conclusion. L’assertion selon laquelle les renards tuent par plaisir m’a parue un peu légère.

 

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