Andrus Kivirähk, L’homme qui savait la langue des serpents

Andrus Kivirähk, L’homme qui savait la langue des serpents

Bien m’a pris d’être connectée avec les éditions Attila sur Facebook, ce qui m’a mis la puce (le pou géant) à l’oreille concernant ce livre.

L’objet est beau. Le graphisme soigné aux promesses atypiques fait instinctivement tendre la main pour le saisir. La typographie de couverture envoie bouler l’auteur en une bille ronde qui roule le long de la bordure. L’illustrateur et le traducteur ont droit à leur encart, ce qui donne un air artisanal et coopératif à la mise en place du projet.

Les images sont marquantes. Les maris trouvent des poils d’ours dans leur lit en rentrant le soir. Une petite-fille malingre chevauche un pou géant. Les étables sont garnies de louves à traire. Les arbres du bois sacrés sont pourris, poreux, et maisons de mille pattes et autre vermine. La résolution des problèmes, qui se joue à croc et à dia dans un jovial enthousiasme tient de Zorro et de Le Floch réunis.

Pourfendeur de croyances et d’illusions, qu’elles soient antiques ou modernes, Andrus Kivirähk tacle les pourvoyeurs de peurs de tous poils.

Ces poils d’ours qui semblent si doux… mon cœur de fille a frémis…

Il est très difficile à une jeune-fille de se garder d’un ours : c’est si grand, si doux, si mignon, et ce museau qui sent le miel. Maman guerroya tant qu’elle put, mais le soir, quand ma sœur rentrait, ses vêtements étaient toujours couverts de poils (165)

La postface, pleine d’amour pour le texte, apporte un éclairage bienvenu sur des références historiques, politiques et culturelles à côté desquelles on serait autrement complètement passés. Sus à la bêtise ! nous harangue le traducteur. Pour une découverte de la littérature estonienne, ce fut passionnant.

Jérôme Ferrari et son Goncourt peuvent aller se rhabiller. Voilà un effondrement des mondes qui a du souffle et des tripes !

 

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