Richard Krawiec, Dandy

Richard Krawiec, Dandy

J’y allais sans élan. Pour avancer dans mes lectures de juré du Prix du Meilleur polar Points. J’ai pris une claque, malgré ma vitesse réduite.

Claque littéraire. Claque émotionnelle. La première mêlée, où les corps sont pressés les uns contre les autres comme des coléoptères, de ceux qui grouillaient sur les carcasses et les nettoyaient, donne le ton mais ne m’a pas laissé présager de la suite.

Richard Krawiec prend soin de son livre, ne laisse rien en jachère, ne cède jamais à la facilité. Son écriture est dense, singulière, en permanent écho avec son sujet. La vulnérabilité, l’humiliation, l’impuissance, prennent vie à travers le corps et l’esprit d’Artie et de Jolene. Elles s’incarnent avec justesse et font des ravages. Les rapports humains sont agressifs, maladroits, blessent en permanence. Les élans positifs se noient par manque de culture affective. Où il aurait pu y avoir du pathos indigeste, il y a de l’humain, et même une pointe d’humour dans le décalage.

L’auteur réussit le tour de force d’aimer ses personnages tout en ne les mettant pas sous leur meilleur jour. De les rendre dignes alors que leurs comportements sont de ceux qui nous font changer de trottoir dans la rue. Loin d’un simple constat, il habite son récit d’une vision, d’une implication personnelle.

Je ne sais si mon soutien fera pencher la balance en faveur de cet auteur pour le prix, mais voilà un texte qui se démarque des autres, incontestablement.

[Lu dans le cadre du Prix du Meilleurs polar des lecteurs de Points 2015]

 

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