Aurélien Molas, Les fantômes du Delta

Aurélien Molas, Les fantômes du Delta

Un roman bien mené dont les personnages tiennent la route. On y rencontre une humanité très contrastée, parfois salement humaine, faisant de son mieux dans un contexte pour le moins déstabilisant et houleux.

Le nœud de l’intrigue est simple mais redoutablement efficace pour tenir le lecteur en haleine, d’autant plus que les scènes d’action sont bien dosées et bien réparties.

Un livre très ancré dans l’actualité, et bien étayé. L’information est si bien intégrée au roman qu’elle ne lasse pas. Il m’a donné l’occasion de découvrir l’histoire de Brooke Grinberg que je ne connaissais pas du tout et qui m’a vivement intéressée.

Médicalement et littérairement parlant, la dernière phrase était peut-être de trop. Ceci dit, au milieu de ce chaos, on comprend que l’auteur aie eu envie de finir sur une note de tendresse.

[Lu dans le cadre du Prix les lectrices Confidentielles 2012]

 

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Jérôme Delafosse, Les larmes d’Aral

Jérôme Delafosse, Les larmes d’Aral

On part sur du polar parisien avec querelles entre services de police, affaires de terrorisme, courses poursuites… du classique bien mené ! Un sens du détail concret qui rajoute du sel et du réalisme.

Le suspens se densifie, les pistes se multiplient, se résolvent tout en entraînant d’autres questionnements, dans un ensemble de poupées russes finissant par s’éloigner des pistes déjà vues pour s’enfoncer dans un profond mystère.

Jusqu’au dénouement final… et quel dénouement ! Les amateurs du genre apprécieront sans doute… pour ma part, encore un livre dont j’aurai survolé la fin en quatrième vitesse. Vraiment too much ! Pourquoi les écrivains se sentent-ils obligés de gâcher leurs livres – par ailleurs pas mal du tout – par des fins grandiloquentes et invraisemblables ?

[Lu dans le cadre du Prix des Lectrices Confidentielles 2012]

 

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Nadine Monfils, La petite fêlée aux allumettes

Nadine Monfils, La petite fêlée aux allumettes

.. où la lune ressemble à un caramel au beurre…

Et où Jean-Claude Van Damne est un ange du ciel provoquant des extases mystiques à la Hildegarde de Bingen (ou presque !).

Virtuosité d’écriture dans l’art de l’épithète et de l’attribut; irrévérence, amoralité confirmée; humour belge dévastateur… je viens de découvrir la Terry Pratchett du polar !

Nadine Monfils a gagné une lectrice assidue !

… et moi je vais m’entraîner à lire dans les lignes du tricot…

[Lu dans le cadre du Prix les lectrices Confidentielles 2012]

 

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Elena Sander, Le sang des dauphins noirs

Elena Sander, Le sang des dauphins noirs

Ce livre est certainement plein de bonnes intentions…

Les méchantes multinationales sont méchantes du début à la fin (peut-être même un peu plus à la fin), et les gentils écologistes restent invariablement gentils (mise à part deux petits écarts égoïstes, mais rien de très significatif).

L’héroïne trie soigneusement ses déchets, achète des produits du commerce équitable, utilise des sacs en toile réutilisable, se soigne à l’homéopathie, mange du chocolat noir à 70%… on sent que le public est ciblé !

J’ai eu l’impression de lire un mélange de catalogues Ikéa et La Redoute assaisonnés de tracts militants de Greenpeace et d’un soupçon d’étude ethnologique sur le bobo militant de base (et ses habitudes de consommation).

Ce n’est ni bon, ni mauvais. Rien qui bouscule, rien qui surprenne, aucun doute, pas un un brin d’herbe de travers. Mon encéphalogramme reste plat…

[Lu dans le cadre du Prix des lectrices Confidentielles 2012]

 

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Olivier Gay, Les talons haut rapprochent les filles du ciel

Olivier Gay, Les talons haut rapprochent les filles du ciel

Elle maniait le tonfa, je me passais de la crème anti-hémorroïdes sous les yeux. Nous étions parfaits l’un pour l’autre.

Au début du livre j’ai tordu le nez et je me suis dit : Oh non, de la drogue, du sexe, de l’alcool, beurk ! Puis j’ai vite changé d’avis. Il y avait un je-ne-sais-quoi dans le style qui a commencé à me titiller, une écriture mine de rien très soignée, de l’humour, du décalage, de la gouaille, un monceau d’auto-dérision. L’auteur s’amuse avec les mots et j’ai fini par m’amuser avec lui.

Il faut dire que le trio d’enquêteurs totalement improbables y est pour beaucoup. De l’intrigue juste comme il faut, qui avance l’air de rien et nous voilà avec un cocktail très rafraîchissant. Je me suis régalée !

[Lu dans le cadre du Prix des Lectrices Confidentielles 2012]

 

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Stephen Batchelor, Itinéraire d’un bouddhiste athée

Stephen Batchelor, Itinéraire d’un bouddhiste athée

La mise en place didactique du début du livre ne m’a pas emballée plus que ça… puis le doute est apparu et tout est devenu beaucoup plus intéressant.

Sur un ton lucide et impertinent, et faisant montre d’une intégrité taquine, Stephen Batchelor nous emmène dans un périple à travers ses expérience du bouddhisme tibétain gelugpa, du bouddhisme zen coréen et d’une forme communautaire de bouddhisme anglais. De digressions en post-it, il nous accompagne dans le flux changeant et imprévisible de l’existence, proposant de développer une perplexité curieuse, porte ouverte sur le grand doute.

Une ode à la vie telle qu’on en rencontre rarement dans la littérature bouddhiste !

Parallèlement à cela, Stephen Batchelor trace une esquisse de la biographie du Bouddha historique à partir du canon pali. Se dessine un homme ancré dans le monde et les relations sociales, au contact des cultures perses et grecques et aux prises avec les réalités plus ou moins ragoûtantes de son temps. Vision inhabituelle qui ne manque pas d’intérêt.

Brillant, intelligent et lumineux !

 

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Elizabeth Goudge, L’enfant venue de la mer

Elizabeth Goudge, L’enfant venue de la mer

Le maintien de la vérité est si difficile.

Une littérature que j’ai longtemps tenue pour « du roman de grand-mère à l’eau de rose » avant que je ne finisse par aller au-delà de mes préjugés sur des instances amicales.

Elizabeth Goudge, c’est d’abord une écriture de la grâce et de l’initiation intérieure; une immédiate poésie portée par la liberté des grands espaces et de l’étendue du ciel.

On se retrouve en général dans des histoires d’amour follement romanesques, mais si bien écrites qu’on se laisse enchanter par l’atmosphère; des histoires de princes et de princesses sans mièvrerie.

De prince il s’agit ici effectivement, et plus précisément du futur roi Charles II d’Angleterre. L’aspect historique court tout au long du roman mais en filigrane. Cela ne gène nullement la lecture si on ne s’y intéresse pas. Après quelques recherches je me suis d’ailleurs rendue compte que l’auteur avait beaucoup romancé les faits historiques, et notamment les caractères des protagonistes principaux.

Malgré la magie des débuts, la confrontation de la grâce et de la réalité ne se fera pas sans dégâts…

 

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Franck Thilliez, Vertige

Franck Thilliez, Vertige

Une écriture simple, directe et rapide, d’emblée agressive. On entre de plain-pied dans du tout émotionnel, de la grosse cavalerie aux relents cinématographiques privilégiant le visuel.

Chaque chapitre a droit à une citation d’ouverture dans une tentative de donner du corps et de la profondeur à un texte qui n’en a pas.

Sur le thème du huis-clos souterrain, Arthur Upfield a fait bien mieux.

Je n’ai rien contre les livres qui exposent la laideur du monde ou frisent le glauque tant qu’il y a de l’humanité. Ici l’auteur traite ses personnages comme des objets, les utilisant de manière caricaturale dans une mise en scène censée se justifier par son final.

Car nous aboutissons au final à un double pied-de-nez, dans le style de Shutter Island ou de La mort des neiges de Brigitte Aubert. On aime bien utiliser utiliser les fous dans ces cas-là. Je trouve ça de très mauvais goût. La folie a bon dos… Il faudrait leur dire que la psychiatrie a évolué depuis le XIXe siècle…

Il n’y a aucun amour dans cette littérature à sensation.

[Lu dans le cadre du Prix des lectrices Confidentielles 2012]

 

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Valentin Musso, Les cendres froides

Valentin Musso, Les cendres froides

… archéologie familiale…

J’ai trouvé les mises en place un peu longues, le roman est presque trop structuré : mise en place du contexte actuel et familial, puis petit cours d’histoire… on se retrouve autour de la page 130 un peu flottant et sans que l’intérêt ne soit très en alerte. D’autant plus que le personnage principal, coincé, engoncé, intellectualisant, est assez agaçant.

Mais enfin ça démarre. L’histoire se densifie, le personnage prend corps. On ne lâche plus les deux derniers tiers du récit avant d’avoir vu se dénouer tous les fils entremêlés.

Il y a une progression d’un flou ennuyeux à une véritable présence du personnage, qui finit par parler en son nom propre. On se prendrait à croire, à la fin, qu’il existe dans la réalité.

J’ai été gênée tout du long par le nom d’une des protagonistes, Erika Fabre, dont le nom me renvoyait sans cesse au personnage de Camilla Läckberg. Et ce d’autant plus qu’elle n’a pas vraiment de personnalité dans le livre. La construction du récit, avec ses retours en arrière, ses différents points de vue qui se succèdent, m’ont d’ailleurs fortement rappelé cet écrivain sur une bonne partie du livre.

Une lecture prenante, donc. Je regretterai juste un peu le manque de personnalité et d’incarnation des personnages secondaires, qui ont une présence plus journalistique que réelle.

[Lu dans le cadre du Prix des lectrices Confidentielles 2012]

 

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Léon TolstoÏ, Le royaume des cieux est en vous

The Metropolitan Museum of Art, New York 09.72.4 - Léon TolstoÏ, Le royaume des cieux est en vous

The Metropolitan Museum of Art, New York 09.72.4

J’ai pu compléter ma troisième lecture de l’autobiographie de Gandhi par celle de ce livre, paru récemment et au sujet duquel j’étais intriguée.

Gandhi a en effet été très profondément marqué par ces écrits dans sa jeunesse.

Je dois avouer que je l’ai survolé assez rapidement, hors les passages qui m’interpelaient. Il doit falloir le resituer dans le contexte de l’époque et de la vie de Tolstoï pour vraiment en prendre la mesure – et je n’ai pas les connaissances nécessaires pour ce faire. J’ai tout de même noté la recherche de vérité prônée par l’auteur, son sens aigu de la dignité et de l’intégrité humaine face aux pouvoirs et aux mouvement collectifs et son idéal de révolution spirituelle au niveau individuel. Seule une conception plus haute de la vie permet de s’affranchir, selon lui.

S’il ne faut en lire qu’un passage, ce sera la correspondance qu’il a eu avec Gandhi et qui se trouve en fin de livre. Elle est courte, mais touchante. On y sent une certaine passation, de l’idéal de Tolstoï à la mise en œuvre de Gandhi, de l’admiration de ce dernier à la tendresse du premier pour son jeune interlocuteur.

 

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