Le cheminement vers une toute autre chose en nous-même

Vautour fauve

Vautour fauve dans les Gorges du Trèvezel, Massif de l’Aigoual – printemps 2014

Le cheminement vers une toute autre chose en nous-même

Il importe, avant d’aller plus profondément dans cette aventure intérieure*, de clarifier, s’il se peut, quelques aspects à bien garder à l’esprit, sous peine de se fourvoyer plus ou moins dangereusement selon notre degré d’investissement, dans des impasses douloureuses, voire fatales !

Il n’est donc pas superflu de revenir sur des sujets déjà abordés dans les articles précédents.

— Bien définir, d’une part ce qui pose problème dans le comportement humain dont le siège principal est le mental, sa saisie gravitationnelle, et d’autre part l’ampleur de la tâche et ce que nous nous proposons d’y investir en énergie, en disponibilité, afin de réduire, voire d’expurger cette nuisance qui nous imprègne au quotidien.

— Dans cette perspective, et pour s’en donner les moyens, bien définir la stratégie que nous envisageons pour entreprendre cette dissolution de scories inopportunes qui encombrent le mental. Car cela ne s’improvise pas !

— « Lorsque nous envisageons de nous joindre à une communauté, en évaluant ce que nous pouvons donner et la manière dont la communauté s’attache à éveiller ses membres, nous devrions considérer aussi les anciens. Comment les disciples acquièrent-ils de la maturité dans cette communauté ? Sont-ils respectés, leur donne-t-on des pratiques plus avancées, des opportunités de servir ou d’enseigner ? Y a-t-il une possibilité d’atteindre à la plénitude de l’enseignement comme l’a fait le maître ? Les élèves les plus anciens sont-ils heureux, font-ils preuve de sagesse ? » nous dit Jack Kornfield.

Il nous faut aussi considérer et nous assurer que nous ne nous retrouvons pas dans un climat de « mise à mort » de notre personne. Tout, bien évidemment, ne va pas être éliminé ! Il ne s’agit aucunement de la destruction de notre personnalité originale ! Nous devons veiller à ce qu’il ne s’agisse nullement de dépersonnalisation sous prétexte d’une soi-disante « obéissance » ou sous couvert du bon esprit de « règles et de disciplines » organisationnelles tout en extérieur !

Il est impératif de s’assurer que dans l’inévitable « empoignade » qui va s’engager, tout ne va pas être éradiqué, ce qui est authentique en nous n’a aucune vocation à disparaître, bien au contraire ! Ce sont les processus d’interprétations déformés qui auront vocations à être « redressés ». Et dans cette lutte au jour le jour, nous devons avoir constamment présent à l’esprit que quelque part nous sommes notre « meilleur ami ». En ce sens, si il y a « maître(s) », ou « aîné(e-s) », compagnonnage, il est impératif d’observer si ce corps-à-corps n’est pas mené contre nous, mais plutôt mené ensemble contre cet encodage du mental, qui pose problème. Donc s’assurer de la compétence et de la disponibilité sans faille du compagnon dans cette relation.

— Ainsi, il est donc de la plus haute importance de s’assurer de la réalité vécue à ce niveau, par la ou les personnes avec qui vous envisagez, au moins pour une période, de faire un brin de chemin (sadhana en sanskrit). Que le « protocole » soit bien clair et établi dans la relation. Cette amitié, ce respect, la disponibilité et le dévouement, cette estime réciproque, ne peuvent souffrir le manque de confiance. C’est comme avec un médecin, il y a une compétence, reste à l’expérience du vécu d’en apporter la confirmation, et d’amener l’établissement d’une relation saine vers l’objectif, ici la bonne santé physique ; pour notre sujet spirituel, la bonne santé liée à la plénitude mentale !

Il faudra également déceler si l’objectif avancé du protocole est bien la priorité des priorités ! Qu’il ne recèle pas d’autres ambitions détournées vers le mondain, par exemple, ne dissimule pas tout autre chose de perverti comme le fondamentalisme .., n’utilise pas pour d’autres objectifs, d’autres fins, les techniques mises en place. Si nous faisons l’impasse sur ces prérogatives, nous prenons le risque d’être impliqué dans un processus qui s’oppose gravement au développement de la vie spirituelle. Cela doit donner à réfléchir … il ne s’agit aucunement d’une « promenade de santé », d’agréments du style « new-age » ou d’une méditation de yoga de relaxation ! D’un bien être à bon marché, vendu en kit-emballage dans un « club » plus ou moins friqué ! … Non, il s’agit de révolutionner notre approche de la Vie ! Rien à voir donc avec des rêveries fantasmagoriques ou des « paradis » en promesse, qui peuvent finir dans l’infernal …

Et il reste toujours la possibilité de faire de sa vie quelque chose qui nous motive, dans le respect « du vivant », et d’être au mieux dans cet horizon, sans avoir nécessairement d’autre motivation que cela. C’est respectable en soi.

Dans « Dernier Journal » © 1987 (ici les éditions du Seuil 1993), Jiddu Krishnamurti, dans ses dernières années, nous livre ses ultimes confidences … :

 

« On se demande si l’être humain vivra jamais en paix sur cette terre. Sa vie a été un conflit tant dans son for intérieur, le domaine psychique, qu’à l’extérieur, dans la société créée par la psyché.

L’amour a probablement totalement disparu de ce monde. L’amour implique la générosité, la sollicitude, ne pas faire de mal à autrui, ne pas le faire se sentir coupable, être généreux, courtois, se comporter de telle sorte que la compassion inspire nos paroles et nos actes. Il est bien sûr impossible d’avoir de la compassion quand on appartient aux institutions religieuses organisées. Celles-ci sont étendues, puissantes, traditionnelles et dogmatiques, elles insistent sur la foi**. Pour aimer, il faut être libre. Cet amour n’est pas le plaisir, le désir, le souvenir des choses passées. L’amour n’est pas l’opposé de la jalousie, de la haine et de la colère.

Tout cela peut paraître utopique, idéaliste, un état auquel l’homme ne peut qu’aspirer. Mais si vous croyez cela, vous continuerez à tuer. L’amour est aussi vrai, aussi fort que la mort. Il n’a rien en commun avec l’imagination, le sentiment ou le romantisme ; pas plus, naturellement, qu’avec le pouvoir, la situation, ou le prestige. Il est aussi puissant que la mer, aussi immobile que ses eaux. Il est aussi abondant et fort que le courant d’un fleuve qui se déverse a l’infini et coule sans fin, sans commencement.

p. 112

C’est peut-être là une des raisons pour laquelle la vie de l’homme est fragmentée ; il ne semble jamais aimer ce qu’il fait — sauf certains, peut-être. Si l’on vivait d’un travail que l’on aime, ce serait très différent, on comprendrait la vie dans sa plénitude. Nous avons séparé la vie en fragments : le monde des affaires, celui des arts, celui des sciences, le monde politique et le monde religieux. Nous semblons considérer qu’ils sont distincts et doivent le rester. C’est ainsi que nous devenons hypocrites, que nous faisons des choses laides, nous livrant à la corruption dans le monde des affaires puis rentrons dans notre foyer pour vivre paisiblement notre vie de famille ; cela engendre l’hypocrisie, une vie à deux mesures.

DSC_1419 - Copie

Rouge gorge et hirondelle (Marie-Thérèse Saint-Aubin), à la Dourbie, Aigoual – broderie au point de croix (13cm x 13), de Sandrine Grillet – © 2011

Cette terre est vraiment merveilleuse. Cet oiseau, perché sur l’arbre le plus haut, y revient chaque matin. Il domine le monde, mais reste en alerte, car un oiseau plus grand pourrait le tuer ; il regarde les nuages, l’ombre qui passe et l’étendue immense de cette riche terre, ses rivières et ses forêts, avec tous ces hommes qui travaillent du matin au soir. Dans le monde psychologique, toute pensée provoque fatalement la tristesse. On se demande si l’homme changera jamais, sinon quelques êtres très, très rares. Ces êtres exceptionnels connaissent la relation (1). Quelle est alors la relation du plus grand nombre avec ces quelques- uns ? La plupart des hommes n’ont pas de relation avec ceux-ci. Mais ces derniers se sentent reliés à l’ensemble de l’humanité.

 

(1.) Eux seuls sont conscients d’appartenir à un tout et n’ont pas l’illusion d’être des entités séparées. À ce niveau, la relation prend une signification universelle.

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* Nous reprendrons éventuellement nos articles avec plus ou moins de régularité probablement vers la fin de l’été ou plus certainement à l’automne de cette année …

** Ici le terme doit être entendu par Krishnamurti comme l’équivalent de « croyance » ; A. Desjardins et V. Loiseleur dans « En relisant les évangiles » (Éd. La Table Ronde © 1990) donnent pages 139 à 142 avec les termes grecs « pistis » (foi, confiance) et « pisteuein » (persuader, convaincre) une toute autre envergure à la réelle définition, complètement galvaudée aujourd’hui, de ce que recouvre la profondeur de ce terme.

« El CAMINO DEL CORAZÓN »
“Une voie spirituelle sans frontière”
«  Le chemin du “cœur”  »

Ce que nous en retiendrons pour notre part :

— 07: 20 Avec Swàmi Prajnànpad le pré-existant traditionnel, ici le Vedānta hindou ancien, à été grâce à son génie inspiré, réactualisé, recrée en quelque sorte, dans du “nouveau” pour servir le monde contemporain et ses demandes adaptées à l’époque dite “moderne”.

— 10: 00 Arnaud Desjardins lui aura de cesse, dans la continuité et perspective de Swàmi Prajnànpad, jusqu’à la fin de sa vie d’innover en matière de pédagogie et rendre intelligible aux personnes motivées cette démarche spirituelle profonde.

— 21: 00 Arnaud : « Donner des enseignements, des instructions d’éthiques sans donner la possibilité profonde de pouvoir les mettre en œuvre, c’est créer des conflits ! »
Eric Edelman : On peut faire une différence entre la “religion” et la “spiritualité” ; même si c’est un peu curieux d’établir une distinction entre les deux puisque dans le sens commun la “religion” est sensée être le support de la voie de la “spiritualité” elle-même, mais nous sommes bien obligé de marquer la différence dans la mesure où essentiellement la “religion” (entendue comme la “religigiosité”) est un système de croyance, de credo auquel on adhère ou pas, où la « foi »* est conçue comme adhésion à ces “credo”. Alors que dans les démarches spirituelles proprement dites, il s’agit d’un chemin de transformation personnel et jamais “collectif” ; c’est toujours un chemin de transformation individuel, personnel, dans l’intimité et l’intériorité de chacun, où il ne s’agit pas de “croire” en quoi que ce soit ; il s’agit de vérifier par sa propre expérience.

* voir les pages 346 et 347 au sujet de la « foi », dans :
« Jésus parlait araméen », “Le message du Christ retrouvé au cœur du plus vieil Évangile” Éric Edelmann – Les Éditions du Relié (Pocket) © février 2003 Paris
http://camisard.hautetfort.com/media/02/02/2560428072.pdf

— 22: 30 Dans le cadre d’une relation de “transformation personnelle” d’un chemin “spirituel” vécu authentiquement avec un maître digne de ce nom, Véronique Loiseleur/Desjardins cite Arnaud : « …tout manque d’A/amour* est une “infidélité” au maître. La “fidélité” au maître est la qualité d’A/amour* que nous portons au quotidien en vers les personnes non investies dans un chemin de transformation intérieure, personnel.

* Il doit être entendu ici qu’il s’agit d’un A/amour* Christique de “miséricorde” qui très souvent n’est pas confortable pour qui que ce soit !! Il doit être vécu au mieux de notre propre évolution intérieure en tant que « cheminant sur la voie » ! Nous n’avons pas non plus à nous laisser détruire dans la résignation !

— 26: 00 Dans une vie de spiritualité vivante tout ne va pas être résolu rapidement ! Nous fait face à la fois à notre “vérité” (ou notre réalité intérieure), mais nous avons une méthodologie à disposition de transformation et un horizon de “libération” ( moksa*).

* La “libération” est une transformation radicale. C’est la disparition de l’identification à l’individu et cette disparition est définitive, sans retour arrière possible. L’équipement mental et physique continue certes de fonctionner pour permettre de naviguer dans le monde, mais l’individu qui se croyait une entité distincte et séparée du “Divin” a totalement disparu et ne reviendra plus jamais. Comme on le voit, la barre est haut placée. C’est pourquoi la libération ne doit pas être confondue avec l’éveil, car la plupart du temps, les “états éveils”, si précieux et si importants soient-ils, ne sont ni radicaux ni stables !!
p. 70-71, « “L’Éveil” dans le Yogavasistha », Yves Rémond – Les Éditions Almora © 2024 Paris 75005
http://camisard.hautetfort.com/media/01/02/3636773263.pdf

— 27: 00 Les quatre piliers de la “Connaissance” du non-duel ou du non-séparé :
– L’étude assidue des ouvrages s’y référent
– La dissolution des fixations du mental identitaire séparé/auto-suffisant
– Le “nettoyage” ou épuration des scories du non-conscient
– L’érosion du désir/attachement, possession

— 28: 00 La “simplicité” d’être est l’expression même de “l’intelligence”, être capable d’énoncer, de vivre des choses profondes avec une expression simple, non “alambiqué”… être capable de se faire “entendre” par n’importe quel personne quelque soit son cadre socio-culturel. Être capable d’énoncer et vivre des “réalités” de grandes profondeur simplement, sans les dénaturer d’aucune sorte, dans la concision essentielle.

— 32: 00 La “sadhana” n’est pas une démarche qui va nous mener vers un état “d’Éveil” fulgurant ! C’est un “travail intérieur” qui consiste à saper les fondements même de « l’identification dure » de la notion d’un “moi”* absolu.
Une “sadhana” c’est l’apprentissage de la libération de toutes les identifications tyranniques qui nous contraignent dans ce qui serait défini comme “moi”, qui en fait est la chose la plus évanescente qui soit !

* définition de “l’ego”par le Maître Rinzai-Zen, Seki Yūhō Rōshi, (1900-1982) : « c’est un sac de réactions mentales, affectives et physiques… » à la 25e minute dans :
« Sur les Routes Spirituelles » “Une seule Sagesse” (1),
Jacques Castermane « Les Films de la Table 10 » © 2023

— 35: 00 L’humain et les deux axes qui le structurent :
– l’axe horizontal constitué dans le déroulement d’un temps (passé, présent, futur), dans le ressenti du psychisme et ses désirs en fonction de son contenu à la fois héréditaire (génétique) et de son vécu, l’enfance en particulier, qui occupe en quelque sorte le “devant de la scène” si l’on peut dire, au quotidien.
– l’axe vertical situé dans le même espace, lui est dans le fondement de l’être relié à sa transcendance humaine comme “genre”, dans la non-dualité du vivant, faisant parti d’un universel.
Dans cette perspective aucun déni vis à vis de notre vécu ne peut avoir sa place.

— 52: 00 Perdre le “fil de l’Être” ; l’attention et la vigilance à nos états intérieurs est un processus délicat et long à mettre en place. C’est dans l’endurance qu’un arrière plant va se dégager, une stabilité qui à sa propre “vibration” et qui ce faisant fera en sorte que nous serons de plus en plus au plus près de nous-même dans une relation qui émettra un “son” de plus en plus “juste”. Nous sommes un “instrument musical” qui doit être ré-accorder lorsque nécessaire pour développer une “oreille spirituelle” fine de notre état !

— 55: 30 Ainsi le “monde” qui nous entoure devient le “chantier de travail” qui nous permet d’évoluer vers de “l’élégance” dans la simplicité et la cohérence de ce qui nous est présenté à vivre chaque jour.

—1h 00: 07 L’ensemble de la “civilisation” dans son orientation globale se détourne des “chemins de sagesses” ; si les “génies” et accomplis de la spiritualité on toujours été plutôt rares, nous sommes tous en tant qu’Humain responsable de notre humanité, cela nous concerne tout un chacun, et nul ne saurait être exempté de ce “travail de sagesse” sur lui-même.

—1h 00: 09 Ce que nous sommes n’est pas un intérieur de sac de peau ! Nous sommes issu, relié à la vastitude depuis fort longtemps ! Les limites que nous avons sont imposées par la pensée, imposée par notre mémoire, si nous arrivons à dépasser cela nous pouvons avoir accès à horizon intérieur où le mental n’exerce plus (ou du moins, de moins en moins) sa tyrannie. Le mental en saisie est un usurpateur !

— 1h 10: 30 La “sécurité”, elle n’est pas le remède de “l’insécurité” ! Et ce n’est pas en rajoutant du sécuritaire que cela va influer sur l’émergence de la “sécurité”. C’est un reflex dualiste du “petit-moi” immature, il faut le rassurer ! En effet, et c’est assez paradoxal, c’est dans l’acceptation d’une certaine insécurité que l’on peut parvenir à un sentiment de paix intérieur, comme toile de fond de notre quotidien, et cela nous demande beaucoup constance dans notre présence à nous-même.
Comment développer des certitudes qui ne sont pas affecté par les impondérables de “l’extérieur”, porter en soi un enracinement non-dépendant des évènements sur lesquels nous ne pouvons rien, ou du moins pas grand-chose ! Voilà ce qui mérite une réponse, a chacun de trouver celle qui convient.

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“Signal du Bougès” au cœur des Cévennes…

« La Percée de l’Être »“Les étapes de la maturité”
Karlfried Graf Dürckheim – Éditions Le Courrier du Livre © 1971 (verlag Hans Huber, Bern – © 1954)

Chapitre XI
La Guérison d’Être à Être
L’Analyse Éclaire – La Catalyse[1] Éveille !
La thèse de Fichte (philosophe allemand 1762 -1814 ), selon laquelle la philosophie que l’on a dépend de l’Homme que l’on est, vaut également pour le “thérapeute” ; et l’on dira alors : « La réalité à laquelle il ouvre autrui dépend de la réalité dans laquelle il vit lui-même. »
Ce que le médecin prend lui-même à cœur, tant théoriquement que concrètement, est aussi ce qui deviendra important pour ses patients. Seul ce que nous prenons au sérieux devient réalité ! Plus notre partenaire entre dans la sphère de notre influence, plus ce que nous prenons au sérieux gagne de réalité, agissant comme un aimant qui ordonne tout autour de lui, ou encore comme un tourbillon qui attire tout à lui.
Si réservé et silencieux que soit le “thérapeute”, sa conception fondamentale de la réalité spirituelle se transfère, qu’il le veuille ou non, au patient et devient toujours davantage son principe d’ordre. Lorsque le médecin conçoit la vie psychique avant tout comme déterminée par le “petit moi”( ou “ego”[2]), tout s’ordonne bientôt effectivement autour de celui-ci : de ses complexes d’infériorité et de ses compensations, de sa politique de prestige et de son auto-justification, de ses compromis, etc… Si ce sont les instincts qui se trouvent au premier plan, en tant que moyens de connaissance et facteurs des mécanismes psychiques, alors tout se présente comme du refoulement et du défoulement, des vertus apparentes et démasquées, de sublimation et de régression, et inévitablement apparaît le fameux “complexe d’Œdipe”[3] ! Pour qui la vie de l’âme se déroule sous le signe d’images, celles-ci gagneront dans la prise de conscience de son inconscient dès lors un poids particulier : des archétypes jaillissant de l’inconscient collectif seront constatés, pris comme clés d’interprétation et en conséquence les rêves continueront d’en faire découvrir[4].

[1] « catalyse » vient du nom grec ancien κατάλυσις / katálusis, « dissolution »
[2] …définition de “l’ego” par le Maître Rinzai-Zen, Seki Yūhō Rōshi, (1900-1982) : « c’est un sac de réactions mentales, affectives et physiques… » à la 25e minute dans :
« Sur les Routes Spirituelles » “Une seule Sagesse” (1),
Jacques Castermane « Les Films de la Table 10 » © 2023
https://www.youtube.com/watch?v=MVys_GZseu8
[3] voir Jacques Van Rillaer : « Freud & Lacan, des charlatans ? » “Faits et légendes de la psychanalyse”
https://www.editionsmardaga.com/products/freud-lacan-charlatans?srsltid=AfmBOoqr8CecWPZNCvXu92pLM9DnzkUaGEsnYZ7y7MemYWuocISTGwok&fbclid=IwY2xjawPpyvZleHRuA2FlbQIxMABicmlkETEzRWFkWTU4Mzh6RDc0UDI0c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHvuR7isty11mAKmNy7oGOA12MrKjrWIeVS33EK7tPqK8DNd9QR5iZdaz95dc_aem_Oht1QzvJ5rXSM42wNyWXkg
et :
https://www.babelio.com/livres/van-Rillaer-Freud-et-Lacan-des-charlatans-/1183147/critiques
[4] « L’Homme à la découverte de son âme » Carl Gustav Jung* – Éditions Albin Michel © 1987
p. 111- 112

La psychologie se trouve encore au début de son développement. Les quelques écoles qui dominent aujourd’hui le domaine de l’analyse se renouvellent, leurs doctrines sont remplacées par d’autres. Cette évolution correspond, d’une part aux progrès des connaissances théoriques, d’autre part à la direction dans laquelle s’engage l’Homme d’aujourd’hui grâce à l’éveil d’une nouvelle conscience essentielle.
Le mouvement dans lequel est entraîné l’inconscient du patient n’est déterminé qu’à la surface par les principes théoriques qui ordonnent la réalité psychique du “thérapeute”. Dans sa profondeur substantielle, par contre, ce mouvement est conditionné par la puissance et le rayonnement du “médecin” qui sont la manifestation de sa position essentielle. C’est de cette dimension-là que s’exerce la plus forte influence, la pression ou la séduction, atteignant le patient en profondeur, l’ouvrant ou le fermant, le conduisant à la guérison véritable ou le maintenant enfermé dans sa détresse. La théorie et la méthode analytiques sont rarement les facteurs de guérison ! Au-delà de toute psychologie, en général, elles ne sont guère plus que le canal de l’influence exercée d’un être sur l’autre !
p. 112-13
* (« Dans l’avancée à tâtons dans les obscurités psychologiques, ce qui a tout d’abord surgi, c’est la réalité, le poids de ces travers psychiques que les hommes de l’art résument sous l’appellation de psychopathie. D’où, entre autres, les barrières, les montagnes de résistances qui ont surgi de tous les horizons, aussi bien individuels que sociaux, voire économiques, pour limiter et étouffer cette psychologie qui avait l’impudence de mettre l’Homme, sa fragilité et ses structures rationnelles et encore plus ses structures irrationnelles, au centre et au premier plan de tout.
Certes, notre psychologie est encore partiellement au berceau. Elle est loin d’avoir fait son unité en elle-même. Les luttes d’écoles, les zizanies, les exclusives font rage autant, même plus qu’aux premiers jours. Le taire pudiquement ne servirait de rien, bien au contraire, puisque par voie de presse ou de bouche à oreille les échos de ces luttes intestines viennent conforter le public dans son scepticisme face à tant d’irresponsabilité, à tant d’étroitesse et d’obscurantisme.
Ce scepticisme est accru par le fait que notre discipline échappe aux méthodes habituelles et traditionnelles de l’enseignement. Cette “inenseignabilité” par les voies habituelles nécessite une formation par un contact direct et individuel entre maître et élève, le maître renonçant — autant que faire se peut ? — à tout savoir préalable et se contentant d’être un catalyseur-accoucheur de l’évolution psycho-affective et de la maturation du sujet.
Cela, bien sûr, a ouvert la porte, dans notre société marchande et de consommation, au mercantilisme, à la médiocrité triomphante dans un “no man’s land” vierge de toute protection légale !
À côté d’un corps de praticiens, médecins et psychologues non médecins, sérieux, solides, admirables même souvent, sont apparus beaucoup d’esprits attirés, fascinés par ces latitudes et ces lassitudes de “l’âme”, mais insuffisamment préparés ou armés pour ces thérapies pleines de dangers et de chausse-trappes !
À l’évidence, il n’y a pas de praticiens parfaits, chacun ayant ses structures, ses lacunes, ses limites et ses imperfections ; mais trop souvent, il faut bien le constater, ce sont d’anciens analysés, plus ou moins mal guéris, qui se proclament, parfois de leur propre chef, et souvent très prématurément, praticiens dans ces nouvelles disciplines, meneurs de groupes et de publications en tous genres où ils ne peuvent finalement, bien sûr, derrière les vernis et les poudres aux yeux, que propager leurs propres déséquilibres, voire leurs propres délires !!
p. 9
Je souhaite à chaque lecteur de trouver dans la méditation de cet ouvrage son diapason personnel. Car, c’est en cela que notre psychologie aidera, dans la dérive actuelle, par un véritable ressourcement, à un renouveau de la civilisation et c’est en cela aussi qu’elle sera mère de liberté et de tout ce qui ne peut naître que d’elle : compréhension, responsabilité, positivité, harmonie, bonheur, amour. Ce livre fut le cri de paix du jeune chercheur que je fus. Il reste un appel pathétique à la paix, peut-être la seule possible, celle qui naît de “l’Homme intérieur”. »
Dr Roland Cahen (1914-1998) Paris, décembre 1986. p. 12 ; « L’Homme à la découverte de son âme »
le coin des citationshttp://camisard.hautetfort.com/media/00/02/3822635258.pdf
— « L’expérience, et non les livres, est ce qui mène a la compréhension. » Carl G. Jung, que Karl. G. Dürckheim à rencontré début des années 1930 en marge d’un congrès international de psychologie ; « Je le vois encore venir vers moi, la pipe à la bouche, c’était comme « une montagne » qui s’approchait de moi…! »
p. 21, « Dialogue sur le chemin initiatique » “K. G. Dürckheim, Entretiens avec A. Goettmann” — K. Graf Dürckheim – Éditions Albin Michel © 1999

La percée de l’Être est “une grâce”, incontestablement. On ne peut pas la provoquer. Mais on peut préparer le terrain qui la rendra possible. La percée est rendue impossible lorsque le patient — et celui qui l’aide — sont tous deux prisonniers de représentations et d’idées, refusant de prendre au sérieux la réalité fondamentale. La méthode analytique permet d’écarter les barrières psychiques fermant le chemin de la puissance métapsychique essentielle. Or l’action de l’Être se met rarement en mouvement toute seule, mais en général seulement grâce au contact secret, patient et aimant du “thérapeute”. Le travail analytique qui dissout les entraves est nécessaire ; pendant ce temps, grâce à la poussée fidèle de l’être, la maturité se développe graduellement. Le chemin étant bien préparé, l’être n’a plus qu’à franchir la porte ouverte, mais son étincelle ne s’allumera en général que lorsqu’elle sera touchée par “le rayon de lumière du thérapeute”. Que l’on regarde autour de soi, et l’on verra à quel point rayonne et agit la lumière fertilisante portée par des personnes de « foi » enracinées dans leur être, et mû par l’amour sur-individuel. Un exemple des possibilités de conduite et de guérison, d’être à être, nous est donné par la relation du maître “oriental” avec ses disciples.
Le maître authentique ne “s’intéresse” nullement aux souffrances psychiques, ni à la biographie de l’Homme qui se confie à lui. À l’éclat de son œil, à la tonalité de sa voix, à son expression extérieure, etc., il devine la situation et l’échelon atteint sur le chemin de sa maturation. “Seul son être retient son attention” et tous les moyens lui sont bons pour l’éveiller et le faire résonner. Le moyen décisif se trouve en lui-même. Comme tout homme, le maître existe également dans un soi conditionné par sa constitution et sa biographie, mais la racine de sa vie est son être sur-temporel. C’est à travers l’union de son être avec celui de son disciple que lui vient la richesse de ses idées toujours originales, et qu’il puise la force de l’A/amour sur-individuel, dont les rayons et la rigueur finiront par éveiller l’être de l’autre. À cet instant-là, il arrive qu’en une fraction de seconde tout le mécanisme névrotique dérangé, complexé, noué, s’écroule comme un château de cartes. L’Homme est libéré à sa racine même et disponible à une métamorphose authentique. La transformation ne se produit pas toujours comme une catalyse foudroyante. Bien souvent il s’agit d’une maturation de longue haleine, ou du résultat du rayonnement fidèle de la lumière émanant du « Maître ». L’étincelle du disciple commencera à luire et finalement elle grandira jusqu’au stade de “moksha”/libération d’un “statut d’esclavage émotionnel”* (ou “Illumination”).

* Swâmi Prajnânpad : le coin des citations
http://camisard.hautetfort.com/media/01/00/613165926.2.pdf
p. p . 117-18
Faut-il être un “maître” afin de servir les puissances de l’Être ? S’il en était ainsi, nous devrions tous nous résigner ! Mais ce n’est pas le cas. “Il suffit” d’avoir eu une fois l’expérience de l’Être, reconnu un “moment privilégié” et de l’avoir pris au sérieux, en soi-même, comme chez autrui, dans sa signification transcendante. Il faut avoir appris à distinguer la part humaine du psychisme déterminé et relatif, du noyau métapsychique absolu. Il faut être devenu “croyant”, par rapport à tout ce que l’Homme dans sa nature humaine comporte de sur-nature. En tous temps et en tous lieux, ce savoir et cette « foi » fondée sur l’expérience, ont été la source de la sagesse et de l’A/amour authentique. Leur rayonnement dissoudra les nœuds d’un transfert durci psychique. Dans la mesure où le contre-transfert de la part du thérapeute provient de l’Être, le partenaire sera délivré à la Réalité de son être essentiel qui le rend capable de vivre sa petite vie au service de la Grande.
p. 119
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le coin des citations – « La percée de l’être » “Les étapes de la maturité”, K. G. Dürckheim.pdf
http://camisard.hautetfort.com/media/02/00/1143869531.pdf

“Dilgo” vient du tibétain “dil” qui veut dire colline et “go” le sommet (ou tête), soit “le sommet de la colline”.

Dilgo Khyentsé (1910- 1991) Maître accompli détenteur des quatre Lignées spirituelles majeures du Vajrayana, dans le Tibet historique. “Khyen” c’est la connaissance et “tsé” la bienveillance.
« La tenue de l’Homme de Rang a le charme de la modestie royale. La supériorité, qu’elle personnifie et exprime, l’élève au-dessus du commun, mais en même temps, le maintient dans l’humilité de celui qui a conscience de sa petitesse. L’impossibilité d’accomplissement de l’exigence qui jaillit de son être infini rend tout orgueil impossible.
p. 145
Plus un être humain a de Grandeur, plus son œuvre s’accomplit d’elle-même, sans son intervention. L’Unité active qui le traverse se manifeste directement comme « force » qui unifie. Partout où il apparaît ou demeure, il ouvre les portes du cœur et éveille les forces qui témoignent de la grande Unité. »
p. 154

Le Roc du Merigou, face sud – Causse du Larzac, vers Vissec dans le Gard

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Wendigos des peuples Algonquiens du Canada

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Broderie au point de croix (10cm x 10) – Sandrine Grillet – © 2011

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