Kathleen Jamie, L’œil du faucon

Monts de Lacaune, lac du Laouzas - Kathleen Jamie, L’œil du faucon

Monts de Lacaune, lac du Laouzas

Si vous avez vu le faucon, vous pouvez être sûr que le faucon vous a vu. (45)

La voix est singulière… elle ne cherche pas à plaire, ne sort aucun artifice de séduction de son chapeau. Elle est distante, comme dans l’attente d’un signe d’intérêt du lecteur pour en dire plus. Ses accroches, en début de chapitres, sont irrésistibles. Quand je me trouve face à phrase telle que :

J’ai cisaillé la tête du fou de Bassan, à l’aide de mon canif, et la besogne est devenue de celles dans lesquelles on regrette amèrement de s’être lancé. (66)

Je fonds de bonheur. Moi aussi je ramasse des cailloux, des bois flottés et des crânes, mais je n’en suis jamais arrivée à de telles extrémités ! J’attends que les intempéries et le petit peuple de l’humus fasse son travail…

N’est-ce pas une espèce de prière ? Le soin et l’entretien du réseau de notre attention, l’habitude de remarquer les choses ? (143)

Kathleen Jamie ne raconte rien d’extraordinaire, mais part sur des angles de vue décalé. Et s’excuse même auprès du lecteur quand elle utilise une image convenue. J’aime sa simplicité portée par une cohérence intérieure où les éléments se répondent. On sent parfois une peu trop la technique d’écriture transparaître. Les phrases de tête de chapitre sont soignées. Les dernières forment une boucle en un élément du début. On y perd en naturel ce qu’on gagne en construction impeccable, concentrée, concise. Là où on regrette un charme, une chaleur, une accolade, on goutte avec délice son regard frontal sur la réalité, son sang-froid, particulièrement significatif lors de sa contemplation des bocaux… Elle explore, fouisse, cherche à poursuivre les négociations avec le monde » « par le truchement du langage. Fièvre est très beau de sensibilité retenue, de pudeur et d’amour.

Lu au bord d’un lac, puis d’une rivière, et enfin, par ces journées caniculaires de juillet, affalée sur mon lit comme une baleine échouée, j’ai trouvé que c’était avec le bruit de l’eau glissant entre les rochers que ce livre s’accordait le mieux. Sous des dehors austères, sa fluidité se révèle dans l’écoulement du temps et le passage des instants fugaces.

Le ciel est très couvert, les coups de chien menacent, la bise est trop froide. Or, si le vent dépasse les trois nœuds, les râles n’ont pas envie de sortir. Ils n’aiment pas voler, le vent et la pluie leur déplaisent, et ils n’ont aucune envie de se donner en spectacle – c’est le genre d’oiseau qui demande à être dispensé des activités sportives. (126)

[Lu dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

Lac du Laouzas

Lac du Laouzas

 

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