Michael Connelly, Le cadavre dans la Rolls, lu par Éric Herson-Macarel

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Vabres l’Abbaye

Je me disais que les aventures de Harry Bosch  pourraient faire l’affaire pour assouvir ma soif de divertissement audio. Mais malgré toute ma bonne volonté, arrivée au milieu de l’écoute, je me suis rendue compte que je n’avais aucun lien avec les personnages et que savoir le fin mot de l’histoire m’était totalement indifférent. Plutôt que de persévérer dans une mornitude décérébrée, j’en suis restée là. Pas le moindre arbre, le plus petit oiseau ni la plus minuscule fleur des champs dans cet univers purement urbain.

 

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Nuala O’Faolain, J’y suis presque

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l’Hospitalet du Larzac, Canalettes

Certaines choses très simples ont été des découvertes tardives, ce qui est, en un sens, la récompense d’avoir mal vécu. (26)

Portée par ma lecture du premier tome, j’ai replongé rapidement. Plongée et renaissance marquent justement ce retour, moins percutant, mais toujours nourri d’une farouche démarche d’honnêteté. De son style légèrement foutraque, navigant à travers les époques en suivant sa propre logique, Nuala O’Faolain nous raconte la suite de ses aventures éditoriales. J’ai pioché dans la première moitié une inspiration forte. Ses analyses sur l’intrication des comportements de sa mère dans sa propre personnalité portent loin. Ses réflexions sur les différentes strates d’expérience de l’esprit, sa construction en mille feuilles et la difficulté que nous avons à distinguer notre propre réalité sortent de l’ordinaire et transcendent l’autobiographie.

C’est la transformation que j’ai connue quand l’expérience présente m’a renvoyée dans le passé et m’a révélé qu’il y avait eu une autre strate d’expérience sous la couche apparente. La mémoire m’a livré des lieux, des situations, des pensées et des sentiments, d’une manière si complexe et nuancée que je ne ressentais pas le besoin de voir des gens. Sans eux, mon esprit était richement garni. (34)

J’ai malheureusement trouvé que la seconde moitié se perdait en incertitudes amoureuses et relationnelles. Fondement de ses interrogations qu’elle mène de front avec courage, mais qui ont lassé la lectrice. Au-delà de tout, elle m’aura donné des clefs pour accepter tout ce que j’ai pu être par le passé et que je ne serai jamais plus. Sa manière efficace de se questionner, en un processus psychologique actif et créatif restera ancré dans ma propre démarche pour devenir meilleure. Merci Nuala.

Quand j’étais petite fille, j’ai découvert que si on pleure sans pouvoir s’arrêter et qu’on souhaite s’arrêter, l’astuce consiste à faire quelque chose d’utile avec ses larmes – arroser une plante, par exemple. Elles se tarissent alors d’elles-mêmes. (47)

 

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James Salter, Et rien d’autre, lu par Éric Herson-Macarel

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Massif de l’Aigoual, source de la Dourbie

Un ensemble critique qui m’a inspirée au Masque et la Plume. Emprunté en audiolivre. Une écoute rapidement abandonnée. Les ingrédients, le monde de l’édition, pourquoi pas. Le ton distancié m’a laissée glisser jusqu’à terre comme une limace sur un plan savonneux. Pas d’accroche.

 

 

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Arthur Upfield, Les sables de Windee

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Massif de l’Aigoual, sources de la Dourbie

Dans la veine Je relis les séries à tonalité autochtones qui ont marqué ma jeunesse, j’entreprends des retrouvailles avec ce vieux Bony. J’ai toujours été perplexe face à l’attraction qu’exercent sur moi ses enquêtes. L’esprit en est plutôt vieillot, voire colonialiste.

Quelque chose au fond de lui, avait beau le pousser vers la sauvagerie des indigènes, il n’y trouvait nulle véritable beauté, rien de la grâce qu’il avait découverte dans l’art de l’homme blanc, dans ses efforts pour tendre vers ses idéaux de propreté, de pureté et d’accomplissement. (134)

La dualité qui habite l’esprit de Bony – broussard par ses origines aborigènes, éduqué par ses influences anglaises – est dépeinte avec insistance d’une manière caricaturale. Arthur Upfield base son personnage sur ce mélange d’instinct et de de civilisation, d’astuce et de réflexion méthodique, de capacité à survivre et de classe civilisée. Mais si l’on fouille un peu, on voit qu’il s’amuse aussi des préjugés envers les noirs. Il les égratigne dans un pur style colonial élégamment anglais mais leur rend aussi hommage à sa manière.

Bony dégage une séduction indubitable. A la fois insupportable à la manière d’un Hercule Poirot – il se qualifie lui-même de meilleur inspecteur que l’Australie ait jamais connu – ou d’un Sherlock Holmes – en quête d’affaires exceptionnelles à l’image de son intelligence – il est aussi taquin, malicieux, tendre, indiscipliné, d’une patience infinie, attentionné avec les dames et doté d’un regard bleu hypnotique.

Moi j’ai pas peur des flics, et j’ai jamais eu peur non plus du shérif Dawlish, quand j’étais dans l’Arizona, mais j’peux dire que j’tremble devant ces traqueurs aborigènes. Y a pas mieux comme limiers. Les Indiens, c’est des aveugles comparé à eux. (292)

Comme dans les romans de Tony Hillerman, le paysage naturel a une importance égale au charme de l’enquêteur. De la poussière, de l’horizon à perte de vue, des zones à faible densité humaine, des indications botaniques et zoologiques précises parlent à mon cœur de naturaliste en vadrouille littéraire.

Si l’intrigue de ce premier épisode est un peu flageolante, si nous en savons trop par rapport à Bony pour que le suspens nous tienne, si la fin tire en longueur, il nous met cependant dans l’ambiance et pose le personnage.

 

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Marie-Hélène Lafon, Joseph, lu par Marie-Christine Barrault

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Vabres l’Abbaye

Je travaille comme une taupe.

Chez François Busnel, je l’avais trouvée intensément présente, habitée, retenue et généreuse à la fois. Son roman contient tout cela. La concentration. La précision. La maîtrise du moindre détail. Mais voilà, la maison qu’elle décrit est de celles dans lesquelles j’entre avec réticence en temps normal. Minutieusement décrite en littérature, le sentiment et le recul sont les mêmes. Autant j’ai intellectuellement conscience du travail, de la recherche de cet écrivain, autant je m’ennuie à la lire. Quelques phrases habiles suffisent à l’évocation, la suite m’apparaît superflue. J’ai reconnu, tout de suite, l’atmosphère, un univers dont cet écrit ciselé préservera un témoignage entre peinture, photographie et texture. Marie-Christine Barrault a de la tendresse pour Joseph. Elle comprend sa passivité, sa vie intérieure intense, son intrication avec un environnement dont on ne peut le distinguer. Sa lecture est âpre et enveloppante à la fois.

Je travaille avec le verbe pour incarner.

L’interview qui clôture le livre audio est particulièrement bien menée. Les questions sont pertinentes, fines, se mêlent au texte avec réel intérêt et patience, amènent des réponses qui fouillent loin. Marie-Hélène Lafon défini son travail avec passion, en a une idée très précise, consciente, elle sait ce qu’elle fait et comment elle le fait. C’est peut-être cette maîtrise assumée et déterminée qui n’a pas d’accroche avec ma sensibilité de lectrice… la grande tristesse que m’inspire l’existence maussade et effacée de Joseph… le fait est que c’est un bel objet, complet, mais qui ne m’a pas parlé.

 

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Sue Hubbell, Une année à la campagne

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Causse du Larzac, roc du Mérigou

Il me semble que c’est Sir James Jeans, le physicien, qui a remarqué que nous vivons dans un monde non seulement plus étrange que nous le pensons, mais plus étrange que nous ne pouvons le concevoir. (112)

Les chemins montagneux des Vosges de Claudie Hunzinger autant que les sentiers du plateau de l’Aubrac de Nicole Lombard ont des sources communes avec les forêts des monts Ozark, au sud-est du Missouri. Il m’était impossible de ne pas passer par là à mon tour, dans un élan fraternel avec la lignée de ces naturalistes aux semelles trouées de vent et aux sens en éveil. Sue Hubbell a ce même regard à fleur de terre, à portée d’horizon, empli de la vie des manifestations qui l’entourent. Manifestations piquantes ou irrésistiblement gratouilleuses, gracieuses ou qui enchantent, pas toujours bienvenues dans notre organisation quotidienne, mais ayant incontestablement le même droit à occuper l’espace et le sol que nous, bipèdes.

Voilà qui était excitant ; ma soirée prenait une tournure absolument biblique. Je subissais une invasion de grenouilles, tout comme le soir où les rainettes avaient escaladé les fenêtres du living-room. En fait, j’y avais pris grand plaisir les deux fois. Ce qui n’était pas le cas du Pharaon. (39)

Encore un livre qui s’ennuie entre quatre murs et qu’il vaut mieux emmener au jardin… La poésie des noms latins, que Sue Hubbell affectionne, a été une découverte – déjà frôlée dans les livres de botanique – à laquelle j’ai maintenant le projet de m’atteler avec plus de sérieux. La recette de la tarte aux kakis me laisse dans un grand état de perplexité – mes tentatives personnelles pour cuire ces fruits se sont révélées désastreuses.

Sue Hubbell possède un remarquable esprit de concision qui lui permet de construire des thèmes nourris d’anecdotes, de connaissances glanées et d’observations directes. Elle arrive à se déporter d’un pas de côté pour donner de la latitude à son parti pris humain. Ses considérations sur les aoûtats sont de ce point de vue très originales ! Seule une certaine austérité, qui n’est peut-être que de l’application à offrir un livre bien structuré, a modéré l’enthousiasme que peut provoquer chez moi ce type de lecture.

 

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John Grisham, L’ombre de Gray Mountain, lu par Ingrid Donnadieu

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l’Hospitalet du Larzac, Canalettes

Du Grisham franc et net. C’est carré, ça avance droit. Il profite de la naïveté de son héroïne – parfaitement incarnée par Ingrid Donnadieu – pour tout bien nous expliquer, se répète souvent. Je ne suis pas insensible au sort des petites gens des campagnes paumées du fin fond des États-Unis, non, les histoires sont touchantes, l’engagement écologiste sonne sincère, mais j’attends plus d’un livre qu’un exposé militant. Il remplit son rôle d’information sur les frais de justice exorbitants, les magouilles autour de l’exploitation du charbon, mais ça manque un chouia de littérature pour être un roman emballant. Si au moins ça se terminait mal ou de façon plus cynique… mais notre belle et noble héroïne choisit avec droiture la voie de l’engagement social… l’exemple est sauf…

 

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Isabelle Autissier, Soudain, seuls

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Causse du Larzac, roc du Mérigou

Cher Masque et la Plume. Ce livre (et surtout l’acte de le lire que vous avez initié) marquera dans ma vie de lectrice l’évaporation de la confiance que je plaçais en vous. Nous avons pourtant parcouru beaucoup de chemins ensemble, vos enthousiasmes m’ont menée chez des auteurs qui m’ont régalée de mots, d’ivresse, de tendresse. Mais depuis quelques temps, un glissement sensible grésillait sur les ondes et en voici l’apogée. A trop vouloir vous rendre accessibles à des lectures faciles et de vaste audience, vous nous vantez les mérites d’objets vides.

Psychologie bas de gamme, rédaction appliquée, platitude d’un scénario sur lequel la substance n’a pas accroché. Ce roman est affreusement dénué de grâce, de charme et de plume d’écrivain. Tout est dit, exposé, les objets sont soigneusement et scolairement posés les uns après les autres, les situations immédiatement étirées en théories. Les mots sont sans ombre, nulle métaphore, aucun second degré, l’art de la suggestion n’a pas mis le pied sur le rivage. Bref, quid de la littérature ? Chers critiques, vous avez paraphrasé les concepts du livre – se retrouver sans rien comme à l’époque des cavernes, confrontation primitive avec la vie, dissolution de l’esprit de solidarité – qu’Isabelle Autissier expose sans fioritures. Vous nous avez vanté une fin surprenante, mais ce que vous décriviez n’arrive en fait qu’en page 153, concluant la première partie. Je me suis farci les 100 pages qui restaient encore croyant à un retournement qu’il ne faudrait pas rater, et assistant seulement à une mièvre rédemption en plastac digne d’un cadeau Damart. Je suis en pétard, le Masque ! Je vous préfère exigeants, intègres, habités de votre culture, même si elle est parfois de clocher, voire subtilement arrogants du haut de votre tour argentée, mais nous parlant au moins d’une recherche littéraire engagée, goûteuse ou difficile d’accès, mais qui vient des tripes.

 

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Nuala O’Faolain, On s’est déjà vu quelque part ?

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Causse du Larzac, roc du Mérigou

Mais je voulais que mes étudiants fassent quelque chose de plus difficile : apprendre à rester eux-mêmes alors qu’ils devaient sortir d’eux pour trouver un équilibre entre subjectivité et objectivité. En s’entraînant à trouver cet équilibre, celui-ci deviendrait plus stable à chaque approche de la compréhension d’une œuvre d’art. (181)

Ce que j’aime, chez Claire Keegan transparaît aussi dans l’écriture de Nuala O’Faolain. Un éclairage franc, une lucidité remarquable, mise en lumière sans concession et sans émotions encombrantes, qui met les événements et les êtres à leur juste place. Clairement la réalité. La réalité de leurs perceptions.

Ainsi j’ai la vision unique d’une certaine Nuala O’Faolain à l’âge de vingt et un ans. Elle donne l’impression d’être pleine de vie, cette jeune femme, et curieuse de tout ce qui l’entoure. (143)

J’ai beaucoup d’admiration pour la profonde honnêteté dont elle fait preuve. L’état d’esprit avec lequel elle revient sur sa vie me donne une énergie nouvelle pour reconsidérer la mienne. Elle rend compte de ses gamelles avec beaucoup de liberté. Va sur les lieux porteurs de souvenirs persistants pour [s’] en moquer, […] les forcer à s’écarter à la distance floue qui [convient]. L’évocation des personnes qui lui ont été proche est peu colorée d’attachement affectif. C’est reposant. Elle ne s’empêtre pas dans l’image qu’elle va donner d’elle-même.

Être simplement moi-même, comme le chat qui est si parfaitement et inconsciemment un chat, ne sachant pas qu’il mourra un jour. (384)

Cette façon de fonctionner en kaléidoscope, qui lui permet d’accepter qu’il n’y ait pas de fil continu dans sa vie m’a tellement touchée positivement que la postface, pleine de désarroi, m’a déstabilisée.

Dans Hamlet, quand l’esprit de son père revient pour le harceler, Hamlet saute d’un endroit à un autre, l’oreille tendue vers le sol. Êtes-vous là ? crie-t-il. Vieille taupe ! crie-t-il, en essayant de le coincer. Les vieilles taupes de mon enfance montent, malveillantes, à la surface du sol sur lequel j’essaie de tenir debout. (297)

 

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Louis Owens, Le pays des ombres

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Mont Aigoual, sources de la Dourbie

Dans mon exploration des romans à tonalité amérindienne qui ont marqué ma jeunesse, ceux de Louis Owens ont décidément perdu de leur magie. L’écriture est ici encore plus balourde que dans Le chant du loup. Les descriptions manquent toujours de charme. À trop vouloir en dire sur l’histoire des tribus, les dialogues traînent en longueur et sonnent faux. Les pistes entrevues ne manquaient pas de potentiel, mais le montage suinte la maladresse.

Les anciens reçoivent parfois le don de connaître ce genre de choses, mais rares sont ceux qui reçoivent le don de modifier les choses. (132)

Se détache Grand-père Siquani, l’homme qui voit venir la menace de loin mais n’a pas le pouvoir de la disperser. Quelques scènes amusantes avec fantôme. L’histoire cherokee du vautour qui a créé le monde, que je ne connaissais pas. Des causes du dérèglement et de celles de son apaisement nous n’auront pas été convaincue. Par ces temps où les vautours fauves de mes contrées sont accusés de tous les maux contraires à leur biologie, j’aurai bien aimé profiter d’un développement plus approfondi de cet aspect des choses dans cette histoire où les charognards […] jouent aux rapaces dans [la] basse-cour. Ça doit être le résultat d’un croisement avec les buses qui s’attaquent aux poules est une explication très amusante sur le moment mais n’est pas à la hauteur de l’importance qui leur est donnée.

Les histoires, c’était ce que possédaient les Indiens, et chaque histoire connaissait une nouvelle naissance à chaque reprise du récit. (201)

Vais-je pour autant renoncer à lire les deux volumes de cet auteur dans lesquels je n’ai pas encore replongé mes lunettes ? Même pas sûr, tant l’obstination de la lectrice est aussi rétive à l’érosion que le marbre.

 

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