Agatha Christie, Destination inconnue, lu par Jean-Baptiste Malartre

dsc_6449

Causse du Larzac, roc du Mérigou

J’ai renoncé pendant un temps à écouter des enregistrements d’Agatha Christie, les nombreux dialogues étant rarement rendus de manière intelligible. Jean-Baptiste Malartre s’en sort bien. Le texte par contre, s’est terriblement racorni. Guerre froide, aventures dans le désert et romantisme, un cocktail plutôt fade en 2016. Amusant pour son charme vieillot, sans plus.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Stephen King, Simetierre

dsc_6460

Causse du Larzac, roc du Mérigou

On aurait dit qu’un gigantesque aimant était enfoui quelque part au fond de ces bois, et qu’il exerçait une attraction magnétique sur une part de son cerveau. (473)

Je cherche depuis plusieurs mois à retrouver dans les romans de Stephen King une part sombre de mon adolescence, mais toutes ses productions récentes ont échoué à la faire resurgir. Rouvrir un de ces romans que j’ai dévorés vers l’âge de 15 ans s’est avéré beaucoup plus puissant. Il faut dire qu’à côté, ce qu’il publie aujourd’hui tient du conte pour enfant. En 1983 il puisait dans la noirceur à sa source. L’histoire est dense, l’humour méchant. Il n’épargne ni les chats, ni les jeunes enfants. Une tension existentielle tiraille son intrigue. Il joue avec la conscience et ses perceptions, le développement exponentiel des situations douloureuses mal gérées, le déni de réalité. Ça racle profondément et résonne à l’intérieur. Perturbant.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Stephen King, Joyland, lu par Aurélien Ringelheim

dsc_6353

Causse du Larzac, roc du Mérigou

Je lisais Simetierre en même temps que j’écoutais ce livre audio et il n’y a pas photo. Le Stephen King nouveau ne vaut pas l’originel. L’histoire est mignonne, touchante, il nous incite à prendre des cours de secourisme, mais niveau densité, enjeux, consistance, c’est une salade d’endive sans assaisonnement. Ça croque juste un peu. La mise en place de la fête foraine n’en finit pas. Le personnage le plus amical se révèle à la fin être le grand méchant pas beau, comme dans les mauvais polars de France Télévisions (et les bons aussi, des fois). Stephen King n’a plus grand chose à dire sur l’existence et la douleur d’être humain. Il recycle de vieux thèmes déjà explorés sous une forme plus tendre. Heureusement, le livre audio est particulièrement soigné. Un excellent comédien. Des musiques originales et variées en harmonie avec l’histoire. D’un livre plat et décevant on atteint, par la magie du cinéma sonore, un livrodio tout à fait acceptable.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Chauvet-Pont d’Arc, le premier chef d’œuvre de l’humanité révélé par la 3D, Collectif

dsc_5057

Caverne du Pont d’Arc

Une visite à la Caverne du Pont d’Arc, cet automne, me donne l’occasion de remodeler la critique que j’ai écrite quand j’ai reçu ce livre dans le cadre d’une Masse Critique. Comme quoi les routes de Babelio trouvent parfois des ramifications concrètes.

Si le fac-similé ne rend pas la sensation d’espace de la grotte originelle, il offre par contre une juste approche des peintures. Elles sont plus grandes que je ne me l’imaginais. Impossible de se glisser dans l’esprit des Aurignaciens, d’avoir une perception directe de leur monde, mais la vision de leur sensibilité qui chemine sur les parois fait frissonner ce qui reste en nous de leurs gènes.

Le chapitre 5 du livre reproduit cette immersion. Tranche noire, pages noires sur lesquelles se révèlent les tâches de lumière des parois ornées. Le rendu de la 3D est réaliste, beaucoup plus parlant que des photographies. Les pierres gravées dévoilent leur matière, les roches incurvées insufflent leur vie aux animaux, on touche la caverne du doigt, à tel point que nos propres empreintes digitales viennent s’imprimer sur la surface noire. L’expérience est sensorielle.

Du livre à la visite, de la visite au livre, strates de compréhension et d’approche de ce que peut être la grotte Chauvet, espace d’une mémoire subtile où de multiples possibilités de développement étaient encore ouvertes pour l’hominidé.

[Lu dans le cadre de ces paléolithiques Masses Critiques]

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

L’extraordinaire almanach de la forêt, Collectif

dsc_6284

Vabres l’Abbaye

Bichonné. C’est le terme qui me vient en premier à l’esprit en passant la main sur la couverture et sur les pages pour la première fois. Aussi soigné qu’une boîte en buis façonnée par un artisan amoureux des matières et du travail bien fait. On devine le choix minutieux du papier, les longues heures de recherche, le soin apporté à l’harmonie des couleurs. C’est donc avec la joyeuse impression de se faire inviter à goûter par une bande de sorcières espiègles et chaleureuses qu’on entre dans le livre et le temps de la forêt.

Si on vous fait boire un philtre d’amour à votre insu, vous pouvez vous purger en avalant du suc de plantain, suivi d’un bon verre de bière. (59)

Ma tendresse pour ces consœurs naturalistes n’a pas pas endormi mon attention pointilleuse et un peu casse-cône, je l’avoue en toute honnêteté, mon souci de l’information juste. Moi aussi j’ai une bibliothèque fournie en grimoires Delachaux et Niestlé et en parchemins de François Couplan… ouvrages qui ne restent pas à dormir mais sont régulièrement mis à profit. Et je dois reconnaître que ma foi, ces sorcières sont très fortes en leur affaire. On sent le vécu pieds sur terre-grands yeux ouverts, la curiosité futée de terrain. Leurs chroniques se mêlent en un curieux mélange de suggestions audacieuses, de recettes un peu floues et de mises en garde prudentes. Évoquer, le 27 avril la mise au vinaigre de boutons de genêts frise le toxique (Il faut quand même savoir ce qu’on fait. Même moi, grande fille, ne m’y risquerai qu’avec réserve), tandis que plus loin les enfants sont invités à faire cuire les fruits sauvages avant de les manger, ce qui me semble excessif. Bon… ce sont des sorcières, elles affectionnent le sulfureux. Mais du coup ne biaisent pas avec la réalité. Les petits lecteurs sont invités à faire preuve de discrimination éclairée. Transmetteur de curiosité, ce grimoire donne des idées qu’il sera bon de fouiller et de compléter avant de les mettre en pratique.

Bon, allez, pour le plaisir de ramener ma science.

22 octobre : chères amies, cela doit faire un bail que vous n’avez pas picoré de prunelles sur les chemins. Acides, elles sont. Âpres et astringentes surtout. Mais amères… non vraiment, la prunelle n’est pas amère. Quant à attendre qu’elles blettissent après les premières gelées, j’ai déjà lu ce conseil et d’expérience ça ne fonctionne pas. Aux froids prolongés, les fruits se racornissent, se dessèchent, et les projets de récoltes sont foutus, rien de plus. Quant à leur utilisation, mon secret personnel, c’est la saumure. Un bonheur pour les papilles !

Pour en revenir au blettissement, ça fonctionne par contre très bien avec les cynorhodons. Quand ils sont mous sur leur branche, on peut les cueillir, les presser délicatement entre trois doigts pour en faire sortir la pulpe et se délecter de celle-ci – fruitée et bourrée de vitamine C – d’un coup de langue.

Page 20 : Mais qui dit conifère dit cône, bien sûr : c’est le nom donné aux fruits de ces arbres. Voilà une phrase à faire trépigner un scientifique distingué ! D’un point de vue botanique, les cônes ne sont pas des fruits, ce sont… des fleurs ! Les gymnospermes ne produisent pas de fruits.

Bon, j’arrête de chercher la petite bête, sœurs sorcières (même si j’aurai encore des trucs à dire sur les tiques, le lichen, les chanterelles à tube, et cinq bonnes grosses erreurs de grammaire… c’est un projet qui donne l’envie furieuse de participer), votre album chantonne de vie et d’esprits malicieux, et même une vieille baroudeuse des causses et des bois comme moi y a trouvé matière à étonnement, interrogation, vérifications à faire et expérimentations à venir. Je vais de ce pas explorer les possibilités de la farine de tilleul, guetter l’aspérule odorante pour parfumer mes armoires et finir sur un petit yoga de la fougère !

[Lu dans le cadre de ces follettes Masses Critiques]

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Nature – Marie-Thérèse Saint-Aubin

dsc_6293

Vabres l’Abbaye

Ce livre est une compilation de modèles déjà publiés mais tombés dans la vacuité et quasiment introuvables (ou à des prix mirobolants). Quel dommage que la totalité des oiseaux et des fleurs n’y aient pas trouvé leur place. Les mésanges à longue queue de l’édition originale étaient si délicates…

J’ai brodé la plupart des oiseaux : bergeronnette, martin-pêcheur, merle, mésange bleue… Le résultat est fin et bien présent à la fois. L’art du vide de Marie-Thérèse Saint-Aubin rend les plumés aériens, les fleurs pleines de vie.

Le cahier pratique ne l’est pas du tout – pratique. Quelle drôle d’idée de l’avoir imprimé sur un papier très fin, glissant, peu manipulable, qui s’abîme très vite, alors que le livre lui-même bénéficie de bonnes grosses pages. Il est collé sur la troisième de couverture et on est obligés de le détacher pour s’en servir. Une fois désuni de son support, on ne sait plus que faire de ce fascicule sans couverture rigide, qui s’échappe systématiquement si on l’insère dans le livre. Séduction et graphisme ont été privilégiés sur la praticité et la conscience que des lecteurs allaient réellement s’en servir.

Marie-Thérèse Saint Aubin offre une technique qui réjouit la naturaliste en moi autant que l’amoureuse des travaux d’aiguilles.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Needle Painting Embroidery : Fresh Ideas for Beginners – Trish Burr

dsc_6318

Vabres l’Abbaye

Voici un livre que l’on rêverait de voir publié en français ! Mais par quel mystère, on ne sait, les éditeurs semblent très frileux concernant la peinture à l’aiguille. Les rares références ne sont pas des manuels d’apprentissage pour débutants. Force est donc de se rabattre sur les livres en anglais.

Celui-ci m’a tout appris. Les pas-à-pas permettent d’aborder le cœur du sujet, d’écarter les erreurs, et de rapidement obtenir de jolis résultats motivants pour la suite. Les modèles sont colorés, chatoyants, surtout les oiseaux, qu’on languit de pouvoir réaliser. On sent la patte créative d’une véritable artiste, un caractère qui s’exprime et tire de son être des modèles originaux, soigneusement travaillés, nés d’un amour sincère pour la broderie.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Tony Hillerman, Les clowns sacrés

dsc_6156

Monts de Lacaune, forêt du Somail

Peut-être que le paysage fait partie de la réponse. (310)

Comparé à ce que notre Créateur voulait que nous soyons, tous les hommes sont des clowns. Et c’est ce que nous faisons, nous autres koshares. Nous nous livrons à des pitreries pour que les gens se souviennent. Pour qu’ils rient d’eux-mêmes. Nous sommes les clowns sacrés. (166)

Retour chez les Pueblos dans ce onzième épisode. L’atmosphère de leurs fêtes fournit toujours un décor foisonnant, surprenant et riche en couleur. Et ici nous sommes gâtés. Quasiment tout ce que j’aime chez Tony Hillerman se trouve rassemblé dans ce livre. Des notions de culture amérindienne qui me sont inconnues, une dynamique évolutive des relations entre les personnages, un humour identitaire très présent, une intrigue basée sur des ressorts traditionnels. La scène émouvante des personnes âgées isolées et la figure d’Ernie apportent même une touche d’humanité supplémentaire.

Quand avec ses amis du pensionnat, il jouait aux cow-boys et aux indiens, les Indiens étaient toujours des Cheyennes […] Aux yeux de Jim Chee adulte comme à ceux de Jim Chee enfant, le Cheyenne était l’archétype de l’Indien. (52)

Tony Hillerman rassemble Jim Chee et Joe Leaphorn dans un même service : le Bureau d’Investigations Spéciales. Ce qui ne va pas sans tensions. Leaphorn est si pointilleux… que même la poussière n’ose pas se poser sur son bureau ! Tandis que Chee prend des libertés avec les règlements. Un Cheyenne maladroit rajoute sa touche personnelle dans l’enquête. Quant aux amours… ils se concrétisent.

Des clowns sacrés particulièrement habités.

Juste une frustration concernant l’illustration de couverture à propos de laquelle je ne trouve aucune référence…

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Jean-Paul Kauffmann, L’arche des Kerguelen

dsc_4931

Lac d’Issarlès

Dans cette vallée que je croyais morte, m’est révélé pourquoi le vent est à l’origine de la création du monde. (76)

Le vent gouverne l’archipel, bien qu’officiellement l’autorité française ait la maîtrise de ce district. Voilà pourquoi la France a tant tardé à exercer sa souveraineté aux Kerguelen. Face au vent, on ne domine rien. (…) Le vent proclame aux Kerguelen l’absolue fluidité des choses. L’instant n’a pas d’épaisseur, le futur n’a pas d’avenir. (90)

Par un très grand hasard, au moment où j’ai ouvert ce livre pour la première fois, j’étais en train de broder un personnage symbolique de la mythologie navajo : Homme Vent Gris. Inspiré des peintures de sables exécutées au cours des voies chamaniques, il porte à la fois le souffle du monde et celui du corps. Comme en écho avec le vent libre et primitif des Kerguelen.

Ni humaines ni inhumaines : a-humaines. (169)

Notre présence n’est pas déplacée, elle est inexistante. Nous sommes absents de ce monde apparemment sans limites. Les lignes et les volumes, la couleur de la roche sont là pour eux-mêmes. Les nuages, l’eau, la lumière qui d’ordinaire procurent un sentiment de sécurité ne suggèrent rien. (71)

En écho aussi, le pavé d’Anne Lehoërff sur l’évolution de l’homme, Préhistoires d’Europe, que j’étais en train de lire. Jean-Paul Kaufmann nous raconte l’espace non peuplé, non nommé, non exploité, où la soupe originelle sent la bière et où on peut attraper un arc-en-ciel à main nue. Les êtres passent et s’effacent. Ses inspirations sont bibliquement très marquées, mais il a une relation si intime avec ses sources qu’il reste ouvert à l’inconnu. Aller vers autre chose ne le rebute pas. Il pioche des citations qui entrent en résonance avec l’essentiel, avec ma proche recherche profonde. Des brumes se dissipent qui laissent la place à d’autres brumes. La justesse de ses réflexions aspire au dépouillement.

Quand on a tout perdu, on peut s’inventer l’abondance; posséder n’a toujours été qu’une histoire d’imagination. (127)

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Cilla et Rolf Börjlind, Marée d’équinoxe, lu par Françoise Miquelis

dsc_1871

L’Hospitalet du Larzac, Canalettes

Moi qui me plains souvent du manque de transitions silencieuses ou sonores entre les chapitres chez Audiolib, j’ai pu ici goûter pleinement le contraire. L’écoute en est tout de suite beaucoup plus confortable. Un bon point pour les éditions Sixtrid qui ne lésine pas sur le silence.

L’entrée en matière sanglante et la voix hésitante de la lectrice ont failli me faire lâcher l’affaire dès le début. Bien m’a pris de persévérer, la suite s’avérant plus traditionnelle et la lecture en phase avec la jeunesse de la principale protagoniste. Pour autant, ce polar n’a rien de remarquable. La maladresse d’Olivia se mêle à celle d’un scénario foutraque au rythme mou, le justifiant parfois, donnant surtout une bonne excuse à son ficelage laborieux. Des intentions louables envers les SDF qui cassent le scénario. Beaucoup de péripéties de remplissage. Une révélation finale affligeante. Ça peut faire passer le temps et offrir un bruit de fond quand on rien d’autre à se mettre dans les oreilles.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire