Arthur Upfield, Chausse-trappe

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Monts de Lacaune, lac du Laouzas

La nouvelle lune était allongée sur le dos, lascive, et, au bord de la rivière, les coassements des grenouilles apportaient eux aussi une note de lubricité. (76)

Changement de décor pour Bony dans ce quinzième épisode, nous voilà en bord de mer ! Sa nature indépendante et libre n’en ressort que plus. Il arrive, se fond dans une fausse identité, noue élégamment quelques liens, puis repars comme il était venu. J’aime beaucoup cette nature solitaire.

Pour le reste, c’est une intrigue complexe qui ne vaut pas vraiment le détour si ce n’est pour le décor, ses personnages atypiques et pour profiter de promenades nocturnes en compagnie d’un chien.

 

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François Garde, Ce qu’il advint du sauvage blanc

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Causse du Larzac, roc du Mérigou

Dans un premier temps, ce roman m’a laissée très perplexe. Basé sur l’histoire vraie de Narcisse Pelletier, il me semblait par ailleurs sonner complètement faux au niveau de la culture aborigène. Je veux bien considérer que l’amour des vieilles cartes de marine et des récits d’exploration aient poussé François Garde dans une reconstitution de l’esprit de l’époque mais le mélange de faits historiques remaniés, d’une vision archaïque opposant la civilisation aux peuplades sauvages et d’extrapolation purement imaginaire faussent le ton. Dans un deuxième temps et après recherche d’informations, j’ai trouvé que la démarche n’était pas honnête. Elle induit dans l’esprit du lecteur une perception erronée du peuple aborigène basée sur le mythe du bon sauvage et sur tout ce fatras condescendant qui leur dénie dignité humaine et richesse culturelle au même titre que les nôtres. Le roman ne contrebalance cette vision à aucun moment. Il est inquiétant de constater que ça fonctionne encore de nos jours…

Voir l’excellent article du blog Le koala lit.

 

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Mauvaises herbes, je vous aime !, Brunhilde Bross-Burkhardt

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Vabres l’Abbaye

La méthode dite du bouquet de fleurs donne également de bons résultats : on abandonne dans le jardin des bouquets rapportés de promenade et les plantes sauvages qu’ils contiennent se ressèment ensuite. (18)

J’ai pris le livre par un jour de soleil et je l’ai mené au jardin. L’introduction est un peu sèche et austère mais bien vite rattrapée par la qualité des pages d’identification. Nous avons rapidement sympathisé. Géranium herbe-à-Robert, oxalide et laiteron (piquant, malheureusement, culinairement moins facile à utiliser que son cousin des champs) se sont trouvés nommés sans difficulté. Quel plaisir ! C’est tout un monde nouveau qui s’ouvre par la magie de l’identification. Le séneçon s’est dévoilé au fil des jours, sa floraison confirmant mes hypothèses. J’attends le développement de certains autres pour établir leur identité avec certitude. Sont-ce bien du chénopode et de la stellaire qui pointent leurs feuilles au milieu des légumes ? Ce serait tellement chouette, ils sont comestibles ! Et ces choses dotées de racines diaboliques qui me donnent bien du travail, ce serait donc des liserons ?… Je suis loin d’en avoir fini avec ce livre !

En plus d’être un apport non négligeable de nourriture goûteuse, le potager est pour moi un fabuleux prétexte à observations naturalistes. De jour sous un chapeau ou un parapluie, de nuit à la lampe de poche, les interactions entre plantes et bestioles offrent un champs de connaissances toujours surprenant. Et ce guide s’avère être un excellent compagnon pour les apprivoiser sous l’angle des herbes folles.

[Lu dans le cadre de ces printanières Masses Critiques]

 

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50 façons d’assassiner les limaces, Sarah Ford

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Vabres l’Abbaye

Jardin entretenu, jardin délimaçu ! (19)

J’ouvre ce livre au pif et je rigole, c’est affreux ! Passant de doux conseils écologiques à des empoisonnements sans concession, plus le livre progresse et plus il nous invite à être cruel, féroce, implacable, sans scrupule et dénué de remords. L’exaspération et l’excitation gagnent face à l’invasion bavouilleuse. Les yeux du jardinier flamboient de rage dans la nuit potagère. Les méthodes efficaces ne lui suffisent plus, il veut du massacre, jouir devant l’agonie des gluants, les balancer chez le voisin au lance-pierre.

De cette lecture j’aurai tout de même tiré deux ou trois choses constructives :
– j’ai découvert que la pratique du ramassage à la main des limaces du potager, dans le noir, à la lampe de poche, avant d’aller me coucher, avait des effets incroyablement déstressants et m’aidait à passer de bonnes nuit
– compter mentalement les limaces ainsi interceptées au moment de l’endormissement est suprêmement hypnotique
– le terme anglais pour désigner ces monstres horticides à 27 000 dents est beaucoup plus parlant que notre appellation. Je n’use d’ailleurs plus que de ce slug chuintant et dégoulinant de limaçouille pour les désigner

 

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Craig Johnson, Le camps des morts

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Massif de l’Aigoual, gorges du Trévezel

Les États-Unis comme on aime les rêver en littérature. Un peu western, un peu sauvages, un peu chamaniques. J’aime le flegme détaché de Walt Longmire qui gère à délicat renfort de bons mots et d’ironie les humeurs agressives ou piquantes de ses concitoyens et collègues. J’aime ne pas toujours comprendre les sous-entendus purement américains, passer à côté de certains dialogues, ce qui me laissera une part de surprise si je le relis dans quelques années. Je suis flattée que Craig Johnson trouve des affinités dans la culture française avec celle des amérindiens du Wyoming.

Il attendit avec cette patience typique du Vieux Monde, de ceux qui ne mettent aucun empressement à vous répondre. Les Cheyennes et les Crows étaient maîtres dans cet art, mais ce gamin était plutôt bon dans le genre. (90)

Et puis je fonds toujours devant Henri Standing Bear, bien sûr, ce trickster bienveillant dont l’apparition est à chaque fois un cadeau de l’auteur à ses lecteurs. On ne sait jamais où ce polar va nous mener, c’est une bonne route à prendre.

 

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Céline Minard, Faillir être flingué, lu par Féodor Atkine

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L’Hospitalet du Larzac, Canalettes

La propriété, sa nature et sa circulation problématique.

Féodor Atkine aborde sa lecture d’une manière distanciée, subtilement ironique, qui colle bien à l’esprit décalé de ce western moderne. Les nombreux protagonistes – on s’y perd un peu, j’ai pris des notes – vivent sur la prairie sans trop savoir pourquoi ils font ce qu’ils font. Pourquoi ils tuent ou pourquoi ils aident. On se vole, on s’arnaque, on hésite à se flinguer. Et puis parfois on se sauve la vie ou on la risque pour récupérer un archet de violoncelle. Le relationnel est délicat dans ces rencontres fortuites isolées sur l’immensité. La notion de possession aussi. L’auteur explique dans l’interview qui suit qu’elle avait besoin d’air. Effectivement, l’espace est vaste, l’horizon lointain, les initiations chamaniques se lovent dans des creux de rochers. Ça a fonctionné un moment puis j’en ai eu assez. Quant tout le monde s’est trouvé rassemblé en ville, je me suis aperçue que je m’ennuyais et j’ai quitté la plaine.

 

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Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme

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Massif de l’Aigoual, arboretum de l’Hort de Dieu

J’écris exactement pour ceci, me libérer des contraintes inessentielles, de toute la comédie des apparences, des influences et des rapports sociaux, rentrer dans le vif du réel – le vif. (203)

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture fringante et douce à la fois, de Michaël Ferrier, sa finesse d’expression, sa grande richesse de perception. Je le croyais, ce grand sensible, discret et menant une existence paisible, et je le découvre enseignant, consultant en entreprise, travaillant pour la télévision et même la radio. Ces fantômes révèlent sa nature volcanique et bouillonnante, sa rage, son ironie aux grandes dents. Les universitaires japonais en prennent pour leur grade ! À un degré parfois gênant. On admire la verve, mais la charge est tellement appuyée que la lectrice remue sur son siège de malaise, même si elle se doute que les patronymes ont été modifiés.

Mollusques ils sont, et le dictionnaire nous l’apprend : Dans cette évolution, ils ont perdu leur tête, devenue inutile, et les yeux ne sont plus présents que sous forme dégénérée. (132)

La vérité, c’est qu’ils s’ennuient tous comme des pendules. Ils ne savent plus qui ils sont et leur temps est un clapotement informe. (220)

Je ne l’ai pas complètement suivi sur le fil directeur de l’identité française, mais j’ai apprécié certains passages, la bibliothèque organique, l’ennui des réunions de travail, ses digressions sur la peinture ou la sculpture, l’histoire d’Edmond Albius.

Il n’y a pas d’identité française, qu’elle nous dit ! Rien, jamais… Un ramassis de métèques, venus du fin fond de l’Europe et d’ailleurs, échoués là parce qu’il y avait l’océan Atlantique d’un côté, la Manche au nord, la Méditerranée au sud et qu’ils ne pouvaient pas aller plus loin. (215)

Au-delà de tout transparaît un amour fou pour l’écriture, la précision du mot, la fluidité vibrante de l’expression, la force souterraine de la littérature.

Mais l’écriture attend – migratoire, itinérante, tapie dans l’ombre : elle est sous la terre et sous la mer, un levier, un vérin, elle est une excavatrice et une motrice, elle repère loin sous les mots les pépites de feu, la vie, la mort, le sexe, le temps, elle vous ramène un jour tout ça en surface pour que ça vous pète à la gueule. (221)

 

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Arthur Upfield, Un vent du diable

Toulouse

 Bony disposait d’alliés d’une toute autre nature. Beaucoup lui étaient cependant aussi précieux que l’était l’équipement scientifique pour ses collègues citadins. Il appelait à la rescousse oiseaux et fourmis, végétation et phénomènes naturels. Une vue prodigieuse et un don d’infinie patience contribuaient largement à ses succès. (100)

En relisant cette série dans l’ordre, je pensais prendre plaisir à dénicher et à découvrir les épisodes manquant à mes étagères, mais las ! les bibliothèques en sont presque totalement dépourvues et les exemplaires proposés sur internet affichent des prix disproportionnés. Ne me restera que le recours aux bouquinistes toulousains que je n’ai qu’épisodiquement l’occasion de fréquenter. Je saute donc du premier au cinquième tome, et chose amusante, ils sont apparentés. Je me croyais maligne en repérant des similitudes dans les caractères : la jeune femme de l’exploitation sans beauté particulière mais cultivée et exempte de préjugés, le cuisinier revêche et imposant, le joueur d’échec complice de Bony. Mais dans sa droiture et sa méticulosité (et par esprit taquin ?), Arthur Upfield finit par évoquer lui-même Les sables de Windee et même par révéler une amitié entre les habitants des deux livres !

La schizophrénie n’était pas encore à la mode dans les romans policiers et c’est ici un somnambule inconscient de ses actes qui étrangle à tout va. Ses crises sont provoquées par l’électricité générée par les violentes tempêtes de sable. Une interprétation très XIXe des troubles psychiques. La fascination pour la science et le paranormal. Le pauvre homme, effaré par sa nature trouble et incontrôlable met lui-même fin à ses jours. Il tire ainsi Bony d’embarras tout en faisant preuve de sa bonne éducation anglaise que les désordres de son cerveau n’ont pas réussi à entamer.

 

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Donna Tartt, Le chardonneret

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Massif de l’Aigoual, arboretum de l’Hort de Dieu

Mais traversée par un ersatz de frisson et une onde invisible de nausée, elle secoua la tête. (22)

Il faut vraiment que je songe à expurger de ma liste de projets de lecture les recommandations du Masque et la Plume ! Les déconvenues se succèdent au rythme d’une perte de temps que j’arrive heureusement à condenser. Un style vieillot qui imprime un doute constant sur l’époque à laquelle se passe le roman, des personnages dont la psychologie superficielle se noie en lieux communs et cette manie de délayer en vingt pages ce qui pourrait se dire en une seule ont rendu l’expérience décourageante. J’ai compris le déroulé en ne lisant qu’une ligne sur dix. Ça sonne faux tout le temps, c’est affreux. De la pisse de chat, comme on dit d’un café archi délayé.

 

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Flore du parc national des Cévennes – Collectif

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Massif de l’Aigoual, arboretum de l’Hort de Dieu

Ce guide présente le même défaut que son petit frère Fleurs et paysages des Causses, à savoir que tenter une identification précise sur le terrain en s’y appuyant mène le plus souvent à des crispations nerveuses. Du parc des Cévennes je ne fréquente guère que le massif de l’Aigoual, le reste étant trop loin des bases, ce qui représente déjà un large terrain d’observation.

Les espèces sont classées d’après leur répartition sur quinze milieux écologiques (1-rochers dolomitiques et éboulis calcaires 2-rochers et éboulis siliceux 3-pelouses et prairies sur calcaire et dolomie 4-pelouses et prairies sur silice 5-cultures, bords de route et terrains vagues 6-guarrigues et formations arbustives sur calcaire 7-landes et maquis sur silice 8-chênaies vertes et pineraies 9-chênaies caducifoliées ou pineraies sur calcaire 10-châtaigneraies-chênaies sur silice 11-hêtraies 12-reboisements 13-bords des ruisseaux d’altitude, sources et mégaphorbaies 14-ripisylves méditerranéenne et atlantique 15-tourbières et marais). Ce qui constitue déjà pour le novice une source de questionnements… quelle est la différence entre une garrigue et une lande ? Qu’est-ce qu’une ripisylve ? L’identification du terrain, les liens entre géologie et botanique pointent le bout de leur nez dans mon cerveau qui n’en tenait jusque-là pas compte. Le ton des articles d’introduction est professoral et rébarbatif, mais la description des différents milieux et leur influence sur la flore est vraiment instructive et abordable.

La dégradation de la dolomie permet de la différencier facilement du calcaire. En effet, si ce dernier se délite en plaquettes, la dolomie se désagrège en sable (ou arène), s’accumulant au pied des rochers et des falaises. (36)

Ce livre est un référent intéressant pour qui s’y connaît déjà, a du temps à y consacrer pour le décrypter et une certaine familiarité avec les plantes évoquées (ou une bonne bibliothèque pour recouper les identifications). On y puisera surtout une bonne connaissance du milieu dans sa globalité.

 

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