J.R.R. Tolkien, Le seigneur des anneaux tome 1, lu par Thierry Janssen

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2012-96-228 - J.R.R. Tolkien, Le seigneur des anneaux tome 1, lu par Thierry Janssen

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2012-96-228

Dans les années 80-90, on se prêtait sous le manteau ces éditions de poche aux couvertures rouge, bleue ou noire assez mystérieuses de la trilogie de Tolkien. On en tombait invariablement amoureux, les lisant et les relisant dans notre bienheureuse discrétion, développant avec les personnages une intimité rehaussée par la nécessité de l’imagination. Puis sont arrivés les films, le battage associé et l’envahissement par l’image rabâchée de figures imposées. De bons choix d’acteurs, d’autres moins heureux, je n’ai cependant jamais pu regarder un des films en entier. Sous-jacente depuis quelques temps me titillait une aspiration à retrouver la magie des premiers temps, mon lien personnel avec cette quête.

Opération à moitié réussie avec ce livre audio. Thierry Janssen est à l’aise avec les polars – personnages, dialogues et scènes d’action sont rendus avec saveur. L’ambiance de la soirée d’ouverture entre Gandalf et Frodon est pleine de promesses. Son habileté fait plus défaut sur le récit au long cours. L’épisode de la forêt est laborieux, peu habité, comme si ce n’était qu’un passage obligé. Il se fait lyrique quand il faudrait de l’enchantement et de la poésie. C’est une lecture de surface placée sous le biais de l’aventure. Y manque à mon goût la transmission des courants souterrains, des aspérités et des non-dits, de la riche délicatesse du travail érudit de Tolkien; une affinité avec la magie et le cœur du livre, un apport personnel enthousiaste ou lumineux qui m’aurait fait redécouvrir cette histoire – à l’instar de Dominique Pinon s’appropriant Bilbo le Hobbit avec une joyeuse facétie dans les onomatopées. Le contrat est rempli, sans être habité cependant par cette harmonie texte-lecteur qui rend une écoute jubilatoire.

[Écouté dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

 

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Guylaine Goulfier, Révolution au potager

Guylaine Goulfier, Révolution au potager

Où l’on considère la plante comme autonome, sachant stimuler la vie du sol pour prélever sa nourriture, exactement comme elle veut et quand elle veut. Et surtout, où l’on envisage qu’elle n’épuise pas le sol mais qu’elle l’améliore. (14)

Les deux premiers chapitres sont passionnants. L’approche est inhabituelle, la démonstration vivante, en harmonie avec les intuitions nées par déduction en mon observation. C’est la première fois que je suis face à l’exposition limpide des interactions qui fourmillent dans le sol et qui justifient des gestes comme le paillage ou le fait de ne pas bêcher. Un sens souterrain qui va grandement enrichir mon approche du potager. J’ai commencé à pratiquer le compostage de surface à l’automne et les résultats m’ont bluffée. D’un sol lourd, difficile à travailler, boueux d’un bout de l’hiver à l’autre et croûteux en surface dès qu’il fait soleil nous sommes rapidement passés à une matière grumeleuse, qui sent merveilleusement bon l’humus et dans laquelle la serfouette trace son sillon comme dans de la purée maison. Déjà convaincue par la pratique, cet apport de théorie va compléter l’amendement de ma germination mentale.

Les mots magiques viennent de manière très naturelle et sans que l’on se questionne sur leur sens tant le contexte les explique : rhizobium, mycorhizes, floricole, élicteurs, cécidomyie… Guylaine Goulfier transmet son expérience avec simplicité, s’interroge, émet des hypothèse, met en balance les pour et les contre. Elle n’avance jamais rien qui ne soit étayé et reste prête à se remettre en question. C’est très reposant, fraternel. Tout le contraire du Manuel de permaculture de Ulrike Windsperger que je feuillette en parallèle, où tout n’est qu’affirmations, injonctions, instructions. D’ailleurs, Guylaine Goulfier n’utilise jamais le mot de permaculture. Elle ne se réclame de rien. C’est une histoire entre ses mains et la terre. Si j’ai ressenti un manque c’est au niveau de l’association entre les fleurs et les légumes. Elle nous montre de belles photos où les fleurs sont intimement collées aux plantes potagères, prenant racine là où habituellement on laisse une bande de terre. Ce qui pose la question suivante : quid des distances nécessaires entre plantes ? Je suppose que c’est une question d’enracinement. Me manque alors un tableau, un chapitre, sur la profondeur et l’étendue de l’enracinement des fleurs et légumes.

 

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Peter Godfrey-Smith, Le prince des profondeurs

Cirque de Navacelles, la Vis - Peter Godfrey-Smith, Le prince des profondeurs

Cirque de Navacelles, la Vis

Les deux premiers chapitres sentent le passage obligé : un étayage de connaissances de base pour appuyer la suite sur un ton qui se veut ludique et accessible. Peter Godfrey-Smith s’appuie sur l’image de l’arbre phylogénétique constitué de racines et de branches qui partent vers le ciel. C’est étonnant car il y a aujourd’hui des représentations sous forme de buisson sphérique composé de trois branches s’épanouissant à partir d’un centre qui sont beaucoup plus intéressantes, intellectuellement stimulantes et représentatives du foisonnement de la vie. Elles évitent toute idée de hiérarchisation, de supériorité de l’homme ou d’une croissance qui tendrait vers un but.

Tous les animaux qui ressentent ne sont pas forcément conscients. (147)

La vie surgit au troisième chapitre. L’attention fraternelle que Peter Godfrey-Smith porte aux poulpes et aux seiches, cette sensation d’implication mutuelle qu’ils vous procurent, donne tout de suite beaucoup de chaleur à son écriture. Récits, réflexions philosophiques et connaissances scientifiques alternent avec bonheur. Il nous invite à faire de la plongée et à réfléchir avec lui en compagnie de ces êtres dont le corps est à la fois partout et nulle part et dont le bavardage chromatique continuel ne s’adresse – la plupart du temps – à personne. Sa pensée progresse au fil de questions et d’hypothèses tout en restant ouverte. J’ai pris plaisir à me laisser guider dans cette exploration de la sentience et de la conscience, de la pensée complexe hors langage, domaines riches de possible et touchant aux fondements de l’existence.

Le discours intérieur peut prendre une telle place qu’il en devient envahissant chez certaines personnes, qui ont recours à la méditation pour faire taire ce bavardage continuel. (227)

Peut-être que les formes de pensée consciente les plus vivantes sont celles durant lesquelles nous portons l’attention sur nos propres processus de pensée, y réfléchissons et les expérimentons comme les nôtres. (231)

Je trouve cependant qu’il passe à côté de deux pistes. D’une part, la méditation comme champ d’expérimentation direct de la conscience. D’autre part, la possibilité d’une conscience qui ne soit pas exclusivement individuelle. Nombre d’êtres vivants ne se conçoivent pas comme des entités séparées, même si leur unité corporelle en donne l’impression. Les recherches sur le cerveau et la génétique ont à ce sujet des choses à nous dire.

Je ne peux jamais, à aucun moment, me saisir moi-même sans une perception, et jamais ne je ne puis observer autre chose que la perception. [David Hume] (211)

David Hume aurait pu aller plus loin dans son observation s’il avait pratiqué la méditation (dite de pleine conscience, par exemple), qui consiste à identifier, observer et laisser passer les phénomènes qui se manifestent dans l’esprit sans jugement et surtout sans saisie. Une expérience qui remet en cause la question d’un soi-même permanent et localisable, effectivement, mais qui peut aussi s’ouvrir sur une conscience d’être au-delà du cadre de l’identité, qui transcende la construction mentale et émotionnelle de notre personne. David Godfrey-Smith reste cantonné à une vision utilitaire et fonctionnelle et écarte trop facilement la possibilité d’une conscience du vide, du rien, d’une conscience impersonnelle et originelle qui ne nous appartient pas et nous rend fondamentalement vivants.

[Lu dans le cadre des fabuleuses masses critiques]

Cirque de Navacelles

Cirque de Navacelles

Cirque de Navacelles - La Vis

Cirque de Navacelles – La Vis

Cirque de Navacelles - La Vis

Cirque de Navacelles – La Vis

Cirque de Navacelles - La Vis

Cirque de Navacelles – La Vis

 

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Jean Anouilh, L’alouette

Causse du Larzac, La Fageole - Jean Anouilh, L'alouette

Causse du Larzac, La Fageole

Et tout cela finit par s’éteindre et se noyer tranquillement dans les eaux de vaisselle. (125)

Il paraît qu’il y a de moins en moins d’alouettes. Un tiers de ces siffleurs des champs aurait disparu en 15 ans. Aussi fragiles et volatiles que la voix de la tendresse humaine. On ne la suit pas complètement, Jeanne, on adhère pas tout à fait à sa résolution guerrière. Mais quand même, on a du respect pour sa lumineuse droiture et sa foi sincère, à son corps défendant. C’est une pièce qui a beaucoup à nous dire sur notre époque. Sur les discours biaisés, tortueux et sournois. Sur la menace de l’Idée qui s’impose comme une massue et écrase la grâce sans une once de scrupule. Sur le religieux qui n’a que faire de l’humanisme éclairé.

Apprenez que dans les textes dont vous parlez, si nous faisions l’imprudence de les leur confier, les simples puiseraient l’amour de l’homme. Et qui aime l’homme, n’aime pas Dieu. (123)

C’est une pièce très dure qui doit être impressionante à voir jouer. La lire, du moins, permet de moduler son imagination.

Je vous en prie, ne mélangeons pas les diables de chacun. (21)

Causse du Larzac - Anémone pulsatille

Causse du Larzac – Anémone pulsatille

Rocs du Lauradou - Anémone pulsatille

Rocs du Lauradou – Anémone pulsatille

Rocs du Lauradou - Anémone pulsatille

Rocs du Lauradou – Anémone pulsatille

 

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Le guide du jardin bio, Jean-Paul Thorez, Brigitte Lapouge-Déjean

Le guide du jardin bio, Jean-Paul Thorez

Ma référence de sous le coude, maint fois consultée, à laquelle je reviens toujours. En première approche j’avais été un peu déçue. Je m’attendais à des recettes bio miracles, à des conseils pointus spécifiquement écologiques, mon amour des livres me portant à en espérer des enchantements. Ce manuel m’avait du coup paru simple et banal. Puis nous avons fait connaissance au fil des saisons. Température de la terre propice à la germination, buttes conseillées en terrain lourd pour l’ail et l’échalote, semis des fèves à l’automne… J’ai appliqué ce qui était dit et cela s’est révélé payant. Aucune frime, pas de photos qui font rêver ni de ces copié-collé de méthodes à la mode. Pas non plus la prétention d’avoir inventé la barrière anti-limace du siècle. Juste un guide de terrain intemporel qui se révèle être un compagnon fidèle à l’écoute de tout questionnement potager concret et immédiat. L’enchantement est germinatif.

 

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Marlen Haushofer, Dans la mansarde

Marlen Haushofer, Dans la mansarde

Si l’on fixe sur moi un regard plein de curiosité, je n’y attache pas davantage d’importance que si un corbeau me regardait. Seulement, les corbeaux, eux, sont des oiseaux discrets et qui savent se tenir. (180)

Moins radical que Le mur invisible, plus gouleyant que La porte dérobée, cette troisième variation de Marlen Haushofer sur la partition des troubles psychiques se lit calmement en compagnie d’un vol d’oiseau. Des images poétiques se dessinent çà et là en couleurs : un arbre qui peut absorber et éteindre les désirs, un miroir qui pleure, une poitrine bourrée de sciure. La narratrice, portée par sa sensibilité artistique, vit dans un monde riche en perceptions. Elle paraît indolente, se prêtant à des jeux sociaux dont elle n’est pas actrice, rendant visite à des êtres qui lui sont attachés pour des raisons qui ne la concerne pas.

Elle ne remarque jamais ce qui se passe en moi parce que je ne suis qu’un objet à ses yeux. Il faudrait se tirer une balle dans la tête pour lui montrer qu’on en a assez. (95)

Mais cela ne l’empêche pas d’être intérieurement vivante, ne cherchant à ressembler à personne, ne se conformant à aucun statut. Loyale avec elle-même, elle tord le cou aux apparences, quitte à se retrouver en porte-à-faux avec son entourage, en retrait, isolée par sa lucidité dans ses pensées mansardières. Elle compose avec sa situation, n’en veut à personne. Et nous dit avec force que ne pas accepter la réalité – des êtres, des situations, des sentiments – c’est trahir.

J’aimerais qu’il me fût permis une fois de voir vraiment; de voir les choses telles qu’elles ne se montrent jamais à nous. C’est pour cette raison que j’aime tant aller me coucher car pendant les secondes du passage de veille à sommeil, il n’y a que des images, il n’y a ni temps ni pensée, seulement des images puis l’effacement et l’inconscience totale. (75)

 

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Marlen Haushofer, La porte dérobée

Marlen Haushofer, La porte dérobée

Les tumeurs à l’intérieur de son corps ne l’avaient pas vraiment détruite, elles n’avaient fait que dévorer le peu de chair qui pour elle avait été de toute façon secondaire. Et pourtant, sans ce peu de chair, il ne lui avait pas été possible de vivre plus longtemps. C’était bien ce détail qui l’avait, bien qu’un peu amusée, menée à sa perte. (140)

Il est assez difficile de faire face à la tristesse et à l’abîme d’où jaillissent les mots d’Annette. Son histoire est marquée par la désincarnation et l’absence à elle-même. Le monde social est d’autant plus menaçant qu’elle s’étiole en matière et développe une vie intérieure riche, mais désorientée. Le malaise que nous causent chaque jour les promiscuité de la vie… Ses phrases, confiées aux pages d’un journal, nous parviennent alors qu’elle les a brûlées ou jetées à la mer. Ce qui les rend d’autant plus fragiles, volatiles. A la fois reflets du caractère éphémère de notre esprit et reflets de notre possibilité de résurgence, pour peu qu’on ne s’identifie pas avec ses pensées et ses émotions. Marlen Haushofer dépeint avec justesse et finesse cet état d’impuissance. Sans aucun jugement, elle laisse vibrer et se déployer les troubles psychiques d’Annette comme un phénomène naturel, un nuage qui se forme, puis se résorbe.

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Éric Chevillard, Le désordre azerty

Causse du Larzac, falaises du Lauradou - Éric Chevillard, Le désordre azerty

Causse du Larzac, falaises de Saint-Beaulize

Littérature, ma belle, sais-tu que tu emmerdes tout le monde ? (136)

En cette fin d’hiver brumeuse où l’humidité de trois mois pleins a fini par avoir raison de ma lucidité et de mon équilibre mental, je suis atteinte du syndrome Guerre et Paix – que j’écoute par ailleurs. Une sensation de n’avoir pas tiré tout le sens, d’avoir mal cerné les nouveaux personnages apparus dans un chapitre qui me pousse à relire, réécouter au moins une fois, voire deux, voire trois, chaque page des livres que j’ai entre les mains. Un doute gustatif, un vide au creux de l’estomac, un flottement des perceptions. L’expérience n’est pas déplaisante ne fusse un temps de lecture rallongé à l’image de cet hiver tout de gris uniforme qui n’en finit pas. Aller et revenir entre Kangourou, Fille, Beckett et Utilité dans le grand désordre Azerty de l’univers météorique Chevillard, telle a été mon expérience de ce volume. Champ lexical soigneusement mis en orbite et associations d’idées frôlant la matière noire sans s’y égarer, les fantaisies littéraires prennent leurs aises, pendiculent, s’allongent voluptueusement dans l’atmosphère. Le seul effort à faire pour atteindre avec elles à la transfiguration immédiate est de se laisser flotter.

Mais, pour le lecteur, qu’elle aubaine, un écrivain qui a du style ! Voici enfin toute l’expérience humaine reformulée. (91)

Causse du Larzac - Rocs du Lauradou

Rocs du Lauradou – L’Aigoual

Falaises de Saint-Beaulize - Vautour fauve

Causse du Larzac – Vautour fauve

 

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Nuages et autres phénomènes célestes, Hans Hackel

Rocs du Lauradou - Nuages et autres phénomènes célestes, Hans Heckel

Causse du Larzac, rocs du Lauradou

Natte où je repose
avec mes pieds fais le compte
des crêtes de nuages
Issa – « En village de miséreux » (p159)

Après avoir observé les oiseaux, effleuré les papillons et détaillé les fleurs, le flux naturel de notre âme de scientifiques amateurs nous a porté vers les nuages. Pas facile que cette étude-là ! On croit pouvoir relier une photo à ce qui flotte au-dessus de nous en deux tours de pages et on s’embourbe dans le brouillard des différentes possibilités. Tous les nuages ne sont pas des cumulus bien propres, à la base franche et aux choux-fleurs blancs gentiment formés. Loin de là… Le secret, finalement révélé après quelques mois de déboires, réside en une compréhension des masses d’air, des rapports de densité et de température, en un mot, en la lecture attentive et concentrée des pages d’introduction. Et là, tout un monde s’ouvre… et avec lui une nouvelle conscience des mouvements de notre environnement invisible. Excellent petit bouquin qui met bien en valeur la globalité des phénomènes.

Causse du Larzac - Rocs du Lauradou

Causse du Larzac – Rocs du Lauradou

Saint Beauzile - Vautour fauve

Saint-Beaulize – Vautour fauve

 

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Maurice Carême, Nonante-neuf poèmes

Maurice Carême, Nonante-neuf poèmes

Le monde appartient
A ceux qui n’ont rien. (80)

Où va se cacher la mémoire… Je savais que Maurice Carême avait fait partie du programme littéraire de mon enfance sans arriver à faire remonter quoi que ce soit de précis jusqu’à ma conscience. Et voilà que le brouillard a tout pris autour de ma maison…. un brouillard auquel je n’avais pas pensé depuis au moins trente ans et qui sur la page reprend vie très familièrement. Plus de fleurs au jardin, plus d’arbres dans l’allée. A l’époque de ma récitation scolaire, il n’avait pas trouvé grand écho dans mon expérience de petite toulousaine. Mais aujourd’hui que je vis dans cette vallée du Dourdou aux hivers désespérants, plongés la moitié du temps dans une brume persistante où rôdent – j’en suis sûre – des atlantes, aujourd’hui très régulièrement, oui, la serre du voisin semble s’être envolée. C’est donc avec une tendresse particulière que je me réapproprie ce poème, comme une musique intemporelle de ce que je fus et de ce que je serai, petite flamme aux reflets changeants à l’intérieur de laquelle pulse un tempo de mots et d’évocations. Par ses chemins de rêves, Maurice Carême me rejoint et me parle.

L’objet est un compagnon de poche à la fois doux – par sa couverture – et rageur en sa postface. Entre les deux, tout un monde de tristesses, de caresses, de jeux de mots, de clous, d’oiseaux et de facéties. Boîte à trésor que l’on croit pleine de jouets et qui parfois pique les doigts dans le noir.

[Lu dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

Vabres l'Abbaye - Héron

Vabres l’Abbaye – Héron

Vabres l'Abbaye - Héron et grande aigrette

Vabres l'Abbaye - Héron et grande aigrette

 

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