Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou - Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou

Son intervention télévisuelle saisie au vol dans le cadre des voyages de François Busnel m’est apparue atypique dans sa franchise et sa spontanéité. Elle m’a donné envie d’ouvrir un de ses livres.

Fétichisme du conte doublé d’un besoin compulsif de dire la vérité. Très dangereux, cela. (107)

La langue frappe son tambour d’emblée. Force d’une sincérité. Richesse des associations d’idées. Sherman Alexie travaille sur la base d’une poésie en liberté. Il démarre sur un mot, une image et laisse partir son esprit, mais sans jamais s’égarer. Il trace des pistes autour de l’image du guerrier, de la recherche d’une vision, vieux mythes restaurés au travers de l’univers des réserves. Il étire le sens interne des anciennes voies spokanes, arrive à exprimer un inconscient culturel en construction dans un contexte matériel sans repères.

On a ri, vous savez, parce que le rire est la seule chose que deux personnes ont en commun. (183)

Croyez-moi, tout ressemble à un nœud coulant quand on le fixe assez longtemps. (200)

Carambolage des temps, piqures de souffrance, traits de colère, la cohésion se tisse sur la douleur. L’échec enlise une communauté qui peine à survivre mais ne s’est pas pour autant vidée de sa sève et de sa verve. La puissance du conte bouillonne d’une énergie qui transcende les hommes.

Lac du Salagou - Aigrette

Lac du Salagou – Aigrette

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Traquet motteux

Lac du Salagou – Traquet motteux

 

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James D. Doss, La danse de la soif

Biterrois - Étang de Vendres - James D. Doss, La danse de la soif

Biterrois – Étang de Vendres

Scott Paris s’émerveilla de ses propres facultés d’adaptation. Mais il avait reçu une aide. On avait répondu à ses prières. La réponse était dans ce lieu… c’était ce lieu. (380)

Passé trois récits franchement imprégnés de fantastique, James D. Doss recentre son univers autour de la culture ute, jusque là plus évoquée que mise en perspective. On commence le voyage par un tour d’horizon de la contrée, paysages et mythes. On le poursuit autour du cercle de broussaille de la danse du soleil. La cérémonie prend vie à travers un prisme à la fois respectueux de toute forme de recherche spirituelle et terre à terre. James D. Doss cultive une relation franche avec le peuple Ute.

La recherche du Pouvoir reste le moteur de l’intrigue, mais sans ostentation. Les incidents sont sournois, larvés. On passe les voleurs potentiels en revue dans sa tête. James D. Doss s’amuse à ressortir de temps en temps un candidat qu’on avait oublié pour nous le mettre sous le nez. Je me suis encore une fois bien fait balader… pourtant, les indices ne manquaient pas ! Signe d’une riche construction et de poudre aux yeux d’excellente qualité…

Cabanes de Fleury - Aigrettes

Étang de Vendres – Aigrettes

Étang de Vendres - Aigrettes, héron

Étang de Vendres – Aigrettes, héron

Cabanes de Fleury - Cigogne noire

Étang de Vendres – Cigogne noire

Étang de Vendres - Faucon

Étang de Vendres – Faucon

Vendres plage - Étourneau sansonnet

Vendres plage – Étourneau sansonnet

 

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Bret Easton Ellis, American Psycho, lu par Pierre Tissot

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1898-A-3727 - Bret Easton Ellis, American Psycho, lu par Pierre Tissot

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1898-A-3727

Urbain décadent, années 80 et modernité, j’ai curieusement accroché alors qu’habituellement un roman sans brins d’herbes me plonge rapidement dans la léthargie. Il faut dire que ça claque ! Je n’aurai probablement jamais abordé ce rivage sans l’interprétation de Pierre Tissot. Il porte à merveille le dégoût, l’obsession, l’arrogance qui battent dans les veine du narrateur. L’ admiration immodérée de ce dernier pour Donald Trump s’est ironiquement bonifiée avec le temps. Le récit semble couler, puis une petite phrase assassine pique la trame comme une épine traverse la chaussure. On sent que ça déraille. On éprouve une certaine jouissance face aux fausses notes vachardes, voire cruelles, qui s’immiscent de plus en plus fréquemment. L’axe s’incurve franchement… Fascinant. Mais j’ai fini par craquer. Abandon devant l’insupportable malgré mon envie de suivre le déroulé jusqu’au bout. Brillante parabole de la folie sous-jacente au monde moderne qui se bouche les oreilles.

 

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Jean Giono, Le hussard sur le toit

Cirque de Navacelles, la Vis - Jean Giono, Le hussard sur le toit

Cirque de Navacelles, la Vis

En ce monde nous marchons
sur le toit de l’enfer
et regardons les fleurs.
Issa

Pauvre hussard que je croyais un classique et dont pas un exemplaire ne figure au catalogue des bibliothèques de Toulouse. Empoussiéré le hussard, que j’ai fini par dénicher à Saint Affrique, pas en rayon, non, mais au fond de la réserve des oubliés. La bibliothécaire qui est parti à sa recherche avec lampe frontale et hardiesse s’est presque excusée de me prêter un livre aussi vieux, jauni et délabré.

Le soleil n’avait plus de corps; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon. (127)

Entrer dans les premières pages par un été si long, si sec et si écrasant que celui de cette année est une expérience quelque peu éprouvante. On a pas envie d’y être et on est immergé en plein. Physiquement et littérairement.

C’est le livre de Jean Giono que j’attendais. Il se déploie dans le sombre, dans ce qui lui semblait être un atroce malentendu général. On avance sans avoir vraiment envie de comprendre tout ce qu’il cherche à nous dire de l’humanité.

Fuyons les routes et les villes, tous les endroits où il y a des gens. (272)

Fascinant dans sa crudité, le récit s’embourbe cependant dans sa parabole. Elle est trop appuyée quand la suggestion aurait suffit. Le lyrisme maniéré des dialogues philosophiques ne m’emballe pas. Ça ne mérite pas pour autant un bannissement des rayons, le cœur humain n’a pas beaucoup changé depuis la dernière guerre.

La Vis

La Vis

La Vis - Demoiselles

La Vis – Demoiselles

 

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John Steinbeck, Des souris et des hommes, lu par Lorant Deutsch, Jacques Gamblin et cie

The Metropolitan Museum of Art, New York 1987.455.13 - John Steinbeck, Des souris et des hommes, lu par collectif

The Metropolitan Museum of Art, New York 1987.455.13

Encore un de ces livres inclus dans les programmes scolaires qui me paraît bien peu approprié après relecture en ma maturité. Des empreintes qui perdurent dans ma mémoire sourdent un sentiment de malaise et de perplexité. Je crois que l’image des souris écrasées par les caresses de Lennie m’avait beaucoup choquée (à quel âge l’ai-je étudié ? 14 ans ? 15 ans ?) Et le contexte historique de la crise de 1929 complètement échappé. Le sentiment malheureux d’être mise face à face avec un texte violent par son propos et ses effets sensibles dans un contexte scolaire auquel je faisais confiance m’avait beaucoup déstabilisée. Toute la misère du monde lancée à pleine force sur le cœur humaniste d’une jeune fille…

La très soignée mise en audio, avec comédiens aguerris – dont un très fort en onomatopées-, musiques originales et rythme parfait donne le sentiment d’être accompagnée, tenue par la main dans cette vadrouille de l’existence aussi fragile que les os d’une souris.

 

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Alix de Saint André, En avant route !, lu par l’auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York X.701.1 - Alix de Saint André, En avant route !, lu par l'auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York X.701.1

Du chemin de Compostelle j’ai souvent croisé des panneaux – c’est à croire que les communes s’empressent de s’estampiller pourvu qu’un trajet possible passe à proximité – et n’ai eu qu’une seule expérience directe. Par un beau matin nous partions pique-niquer dans une forêt quand un drille élancé au pas joyeux s’est attaché à nous comme l’aurait fait un chien qu’une envie de balade démange. D’où venez-vous ? Moi je viens de… cette nuit j’ai dormi à… je suis parti il y a…, son babillage et ses questions nous ont laissés dans une certaine perplexité. Il nous a bientôt distanciés de sa foulée élastique. J’ai compris bien plus tard que c’était un pèlerin, qui dans son aveuglement enthousiaste et consenti, considérait que toute personne marchant sur le même chemin que lui avec un sac-à-dos allait nécessairement à Compostelle…

Pour en revenir au livre, la fraîcheur et la fantaisie de la première partie, qui sautille de courts paragraphes en pirouettes comico-philosophiques, finissent par s’essoufler. Cuistots, maris de passage et ronfleurs prennent le relais. Que de gens sur ces chemins ! Mais peu d’évocations inspirantes des paysages, des oiseaux, des limaces, des zones de vie qu’ils traversent. Ces pèlerins sont décidément de piètres écrivains voyageurs. A chaque fois ils me déçoivent, ne comblent pas l’attente. Trop personnel, ce récit de colo manque d’une ouverture sur l’expérience humaine au sens large. On reste au ras des chaussettes. J’en garderai juste l’évocation de la nature du sol sous le pied qui m’est incidemment revenue pendant une randonnée.

 

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Alice Munro, Rien que la vie

Caraman - Lac de l'Orme Blanc - Alice Munro, Rien que la vie

Caraman, lac de l’Orme Blanc

Les gens disaient toujours que cette ville ressemblait à un enterrement de première classe, mais en fait, quand il s’y déroulait un véritable enterrement, elle affichait aussitôt son air le plus vivant. (168)

Je m’étonne souvent de ne plus avoir d’attachement pour les livres, l’objet livre, ma bibliothèque est minuscule alors que j’en dévore plus que de raison. Cela tient sans doute à ce verbe-même, dévorer. Telles une nourriture, du pain, du raisin, de la confiture, j’absorbe les pages et ne m’attend donc pas à les conserver matériellement. Au contraire, elles m’encombrent. Il en va particulièrement de même pour les nouvelles d’Alice Munro. Je prends un plaisir immense à les découvrir, à creuser leur sens, mais une fois le livre refermé, la plupart du temps, je suis incapable de me rappeler du détail des histoires, des personnages.

C’est qu’elle se joue du temps et des identités sociales. Se concentre sur l’élan vital qui anime les êtres, les porte à prendre telle ou telle décision. Elle se place au niveau du temps de l’esprit où un instant peut avoir autant d’importance dans une vie qu’une décennie. Où des courants de sentiments, d’attachements, de questionnements glissent sous la surface jusqu’à ce que les circonstances fassent de nouveau surgir leur voix. Il y a une telle clarté dans l’écriture d’Alice Munro, une telle évidence dans la poursuite du dialogue intérieur, que cela fait du bien. Elle rend forte au sein des réalités changeantes et du vide d’où naissent les champs du possible.

Sidobre

Sidobre – Crémaussel

Sidobre

Sidobre – Crémaussel

Sidobre - Crémaussel

Sidobre – Crémaussel

Sidobre - Crémaussel

Sidobre – Crémaussel

Caraman Lac de l'Orme Blanc - Grimpereau des jardin

Lac de l’Orme Blanc – Grimpereau des jardin

 

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Cilla et Rolf Börjlind, Cinq lames d’acier, lu par Hélène Lausseur

The New York Public Library 468662 - Cilla et Rolf Börjlind, Cinq lames d'acier, lu par Hélène Lausseur

The New York Public Library 468662

Très similaire au premier dans ses maladresses, ses rebondissements attendus et le développement psychologique des personnages dont les traits atypiques sont surlignés au crayon gras. Vengeance, empathie fournissent le carburant au moteur de l’intrigue. Émotions fortes assurées pour les personnages mais peu d’enjeux pour l’auditeur. Se laisse écouter comme une série B.

 

 

 

 

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Honoré de Balzac, Le colonel Chabert

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2001-7-28-2 - Honoré de Balzac, Le colonel Chabert

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2001-7-28-2

J’avais d’autres projets de lecture, mais au sortir du voyage Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann, le colonel Chabert s’est imposé à moi. Jean-Paul Kauffmann en a du reste si bien tiré la substance en matière d’identité, de dépouillement, de mort sociale, que ce fut une découverte déjà habitée d’un regard éclairé. Moins de fraîcheur mais plus de lucidité. Au-delà de sa grande justesse existentielle, j’ai trouvé le texte plaisamment romanesque dans sa première partie, un peu trop appuyé dans la seconde et lapidaire sur la fin. Une construction volontaire et orientée au-delà de l’histoire qui déroute et attire l’attention.

 

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Marin Ledun, Au fer rouge, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 49.70.49 - Marin Ledun, Au fer rouge, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 49.70.49

Je suis involontairement tombée sur la suite de L’homme qui a vu l’homme, lu en d’autres temps. Marin Ledun a l’art de nous faire patauger dans la fange avant d’éclairer subtilement la situation. Chacun avance dans l’histoire selon son intérêt, sa lucidité, son attention. Sombre, glauque, puant, j’ai par moment décroché. Je ne trouve pas que ce Fer Rouge apporte grand-chose de plus au premier roman. Des situations différentes, des règlements de compte, un nouveau cercle de violence qui débute. Le business de la peur, c’est moche. Pourriture à tous les étages. Impasse. And so what ? On termine la lecture la tête la première dans un mur épais.

 

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