Peter Dempf, Le mystère Jérôme Bosch, lu par Pierre Fesquet

Statens Museum for Kunst, Copenhague KMS7710 - Peter Dempf, Le mystère Jérôme Bosch, lu par Pierre Fesquet

Statens Museum for Kunst, Copenhague KMS7710

Les maladresses associées de l’auteur et de l’interprète – qui sourit pour clarifier sa voix ce qui donne parfois une tonalité incongrue – font de ce livre audio un objet plutôt sympathique. Je me suis laissée prendre à l’atmosphère de Bois-le-Duc. Le fourmillement frénétique religieux qui agite rues, esprits et cathédrales en ce seizième siècle est plutôt intéressant en début d’écoute. Peter Dempf, en historien fouisseur, s’amuse à manier les théories et suppositions attachées à la personne et à l’oeuvre de Jérôme Bosch. L’incertitude qui les entoure lui permet un certain décalage romanesque, on sent qu’il ne prend pas son propre montage très au sérieux. Malheureusement, plus le récit avançait plus mon pas pour revenir vers lui devenait lourd. Le manque d’un fil conducteur motivant, la mollesse du récit, l’arythmie de l’intrigue, la banalité de l’écriture, l’enjeu brumeux, le peu de fiabilité historique m’ont lassée. Abandon par ennui profond.

 

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Michel Tremblay, La traversée du continent

Michel Tremblay, La traversée du continent

L’expérience avait bien commencé. La maison enroulée dans une galerie couverte, offrant la sécurité d’une promenade nocturne sans risque d’égarement dans les immenses champs de céréales qui la cerne, m’a ouvert ses portes fort amicalement. Mais tout s’est rapidement gâté. La naïveté a commencé à éclabousser les jolies scènes, puis les tantes à gros traits ont fait leur entrée. Régina l’acariâtre qui joue malgré tout divinement du piano, la terrible et aimante Babette affublée d’un pachydermique mari suicidaire,… et les autres dont je n’ai pas du tout eu envie de faire la connaissance. La courageuse petite fille dont j’ai oublié le prénom découvre à chaque fois la beauté intime de ces êtres insupportables, le vice caché de leur vie qui les a fait tels qu’ils sont aujourd’hui et qui fait qu’on peut les aimer quand même, un peu à la manière de Kirikou, mais en moins subtil et poétique. C’est rond, c’est chaud, c’est surtout accablant de mièvrerie et exaspérant de bons sentiments imbuvables. J’ai passé mon chemin.

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Roland Dubillard, Je dirai que je suis tombé

Causse du Larzac, rocs du Lauradou - Jean Dubillard, Je dirai que je suis tombé

Causse du Larzac, rocs du Lauradou

Si tu veux développer ta patience;
Si tu veux acquérir cette gigantesque patience
De te supporter toi-même assez longtemps
Pour mourir à la fin paisible et détendu;
Si tu veux, en un mot, devenir le tuyau
Qui ne se noue aucunement au passage de l’eau,
La digérant par siècles sans détour,
Et sans cette sorte de nœud
Que font les gorges qui s’étranglent;
Si la patience est un but
Pour toi, ou simplement une vertu précieuse;
Alors, mon fils, il te faut d’abord te pencher
Patiemment sur l’ardu problème du nœud.
(300)

Des clous, des cailloux, des tournevis, des armoires, tout un bric-à-brac en proie au désarroi apparaît au fil des phrases, s’en va, revient; une récurrence de sonorité ? Pour le sens symbolique que Roland Dubillard y attache ? Sa poésie est un chaos. Mais un chaos englobé dans la cohérence d’un univers. On reconnaît sa patte au premier coup d’œil, puis on se perd. On croit momentanément comprendre une idée, une intention, une histoire, las, la phrase qui suit contredit tout. Roland Dubillard déconstruit, éparpille les cubes, les réassemble dans le désordre, mélange objets et crise existentielle, fait des pieds et des mains. Des pieds retords qui partent toujours dans des directions différentes, des mains légères qui s’envolent dans l’air. Il faut se résoudre à ne pas raisonner. Saisir un peu d’absurde grinçant, jouir des jeux de langues, écouter la musique. Il n’est pas sûr qu’il veuille toujours dire quelque chose. Mais on se sent quand même face à quelque chose de familier, même quand on lit : son caverneux du carporel encorné d’histoile. Il y a là-dessous un presque-signifiant, bien que pas tout à fait. L’évanescence des êtres et des objets imprègne peu à peu notre atmosphère mentale. La persistance de la lumière, la disparition du chat qui n’a pas conscience de son absence. La vie pèse lourd chez Roland Dubillard, mais elle coule aussi, fluide, vive et liquide. Ce qui parfois fait naître des fulgurances sous sa plume.

je suis celui qui toujours vous reconnaîtra :
Aiguille, mais la plus aiguille
entre toutes les aiguilles;
pomme d’arbre, île d’archipel,
et parmi les oiseaux irréels
le réel oiseau de mes ailes.
(105)

Et moi, quand il est revenu, j’étais très claire,
à cause de mes yeux qu’il regardait.
Et quand il m’a touchée, j’ai vu s’ouvrir,
à leur vraie place, et calmes,
les cailloux du jardin comme une maison blanche.
(107)

Causse du Larzac - Fritillaire

Causse du Larzac – Fritillaire

Causse du Larzac - Lézard vert

Causse du Larzac – Lézard vert

Falaises de Saint-Beaulize - Lézard à deux bandes

Falaises de Saint-Beaulize – Lézard à deux bandes

 

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Jean-François Parot, Le prince de Cochinchine, lu par François d’Aubigny

Gallica, Bibliothèque nationale de France btv1b105083216 - Jean-François Paros, Le prince de Cochinchine, lu par François d’Aubigny

Gallica, Bibliothèque nationale de France btv1b105083216

Un épisode obscur et brouillardeux, de ces stratus nebulosus opacus qui collent jusqu’à l’intérieur des poumons. Evénements, tenants et aboutissants, sont constamment perdus dans le flou, rien n’avance, les extrapolations nébuleuses se perdent en conjectures, les dialogues tournent en rond autour des mêmes questions. Menées souterraines, bourbiers politiques, je me suis perdue dans la masse des fourbes hollandais, des anamites sournois et de la crapaudaille du Duc d’Orléans. Les prémisses de la Révolution et la perte de crédit de la monarchie instillent un climat délétère sur lequel Jean-François Parot appuie avec un peu trop de constance. Seule cette épaule meurtrie au fer rouge a su faire frémir mon coeur de lectrice énamourée et La Paulet me faire sourire par son intermède comique et léger. Sans oublier la petite souris… pour le reste, à l’instar de Noblecourt, j’ai eu l’impression d’être mise à un régime de courge bouillie agrémentée de sauge.

 

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Théïa des Jardins, Pascale Binant – Caïaponia

Vabres l'Abbaye, tombes wisigothiques - Théïa des Jardins, Pascale Binant - Caïaponia

Vabres l’Abbaye, tombes wisigothiques

J’avoue une certaine perplexité devant ce livret poétique à la couverture souple. Il faut bien avouer, pour commencer, que je m’attendais à recevoir un livre tel qu’on l’entend généralement : un objet avec une couverture rigide offrant plus de vingt-six pages de lecture et d’illustrations. Mais soit, en amie des éditions du Bon Albert, mon intégrité m’incite à garder le coeur ouvert face aux initiatives qui sortent de l’ordinaire. Le mystère entretenu autour de l’auteur du texte, Théïa des Jardins, m’a également un peu agacée. Une posture artificielle qui n’apporte pas grand chose. L’avatar artistique de Pascale Binant ?

Les illustrations sont plaisantes, lacis de traits dans lesquels on devine parfois un homme, parfois un soleil, mais la plupart du temps rien d’évident. Un chemin de signes qui touche par sa simplicité bavarde, son interaction directe avec la réalité. Un langage minéral des origines avec lequel nous poursuivons un échange à travers ses différentes manifestations de par le monde. Théïa des Jardins s’engage sur la voie de la résonance intérieure en faisant vibrer sensations et intuitions. Elle emprunte le chemin du rêve. Le symbolisme de la délicate boule de boyau animal, soigneusement protégée, recroquevillée et insondable, à la fois peu attirante, décevante et stimulante, parle à mon imagination. On goûte pendant un instant l’essence de toute quête, cette succession de découvertes qui ne dévoilent sur le moment ni l’ampleur de leur importance ni leur nature profonde. Il y aurait eu là une porte à ouvrir sur la transcendance, sur la continuité de cette conscience humaine que nous partageons et qui nous distingue des autres règnes, ce mystère qu’est l’existence, malheureusement Théïa des Jardins passe à côté de cette ouverture et revient à de simples considérations personnelles, banales et sentimentales. Elle parle d’un rêve de vie autant que de mort, mais sans mourir à elle-même. Elle ne fait que suivre des petits cailloux blancs au lieux de les faire exploser dans toutes les directions pour révéler la vacuité essentielle. Dans une quête de connaissance au sens noble du terme, se fondre dans une appartenance tout en restant attaché à notre subjectivité ne suffit pas, seule l’audace de se dépouiller pour expérimenter l’au-delà de l’identité et de l’individu permet une véritable rencontre hors du temps.

[Lu dans le cadre de ces fantastiques masses critiques]

Vabres l'Abbaye - Chez les Wisigoths

Vabres l’Abbaye – Chez les Wisigoths

Vallée du Dourdou - Tombes wisigothiques

Vallée du Dourdou – Tombes wisigothiques

Vallée du Dourdou - Tombes wisigothiques

Vallée du Dourdou – Tombes wisigothiques

Vallée du Dourdou - Tombes wisigothiques

Vallée du Dourdou – Tombes wisigothiques

Tombes des Wisigoths - Accouplement de lézards des murailles

Tombes des Wisigoths – Accouplement de lézards des murailles

Vabres l'Abbaye - Lézard vert

Vabres l’Abbaye – Lézard vert

Vabres l'Abbaye - Limodore à feuilles avortées

Vabres l’Abbaye – Sérapia

 

 

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Dans la peau des lézards de France – Françoise Serre-Collet

Causse Noir, Roquesaltes - Dans la peau des lézards de France - Françoise Serre-Collet

Causse Noir, Roquesaltes

Moi qui regarde parfois d’un œil éteint les lézards des murailles à l’affût à moins d’un mètre de moi en me disant qu’il n’y a plus rien à inventer avec eux au niveau photographique, me voilà bien démentie. Il faut croire que je ne les aime pas aussi intimement que Françoise Serre-Collet. Les portraits qui illustrent cet album sont superbes. Ils sont à la fois esthétiquement beaux, puissants à regarder et en plein dans la réalité de nos amis squamates, les regards transpercent la page. Alors que les ouvrages sur les chats, chiens et autres chevaux abondent, quantité d’êtres vivants restent à la marge et ne bénéficient que de l’intérêt de leurs spécialistes. Quel bonheur, pourtant, que de pouvoir plonger dans un nouveau sujet de curiosité. Ces animaux familiers et communs – pour ce qui concerne du moins les lézards des murailles, certains autres selon les régions et les habitudes de chacun – ont une vie qu’on connaît peu. Qui sait qu’ils bénéficient d’un troisième œil au sommet de leur crâne ? Qu’ils ont une ouïe très fine ? Que le potentiel de séduction des lézards à deux raies est fonction de leur rayonnement ultraviolet ? Ou que les orvets fragiles sont vivipares ? En tout cas, lors de mes prochaines vacances au bord de la Méditerranée, j’ouvrirai l’œil, plusieurs de nos espèces hexagonales ne vivant que par là-bas, comme la si singulière tarente de Maurétanie, et même, j’ouvrirai l’oreille pour saisir le cri du psammodrome algire..

Causse Noir - Roquesaltes

Causse Noir – Roquesaltes

Causse Noir - Roquesaltes

Causse Noir – Roquesaltes

 

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40 promenades botaniques pour ne plus jamais confondre narcisses et jonquilles – Marie-Jeanne et Alain Génevé

Cirque de Navacelle, dolmen de la Pinarède - 40 promenades botaniques pour ne plus jamais confondre narcisses et jonquilles - Marie-Jeanne et Alain Génevé

Cirque de Navacelle, dolmen de la Pinarède

Un chemin creux est une voie de passage délimitée par deux talus arborés. Au fil des années, les agriculteurs ont déposé, le long de ces voies de circulation, les pierres et les mottes de terre qui encombraient leurs champs. La végétation s’y est ensuite installée progressivement. (40)

A chaque page se dévoile un bout de sentier, un coin de prairie, un horizon de montagne. On traverse les milieux en écartant les herbes, scrutant les arbrisseaux, caressant les fleurs du regard. Ce guide a le charme d’une balade champêtre. Il observe ses sujets en tête-à-tête, à leur hauteur de plantes, en leur nudité photographique. Pas de recherche esthétique dans les portraits, seule la juste identification inspire les auteurs. Il me faut tout de même noter que certaines légendes sont inversées, ce qui peut ajouter un goûteux artisanal à l’ouvrage mais reste tout de même embêtant quand on a décidé de lui faire confiance.

Que de plantes connues de vue, ou qu’on croit reconnaître, dont il faudrait vérifier la forme des feuilles, familières certainement, mais qui se fondent dans une mémoire visuelle où l’on a jamais fait le tri. Le monde mystérieux des arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux, surtout, interpelle – amélanchier, alisier, troène – et celui des graminées dans lesquelles on s’est souvent roulés – ray-grass, fléole des prés, dactyle aggloméré, brize, brome stérile. Nommer pour mieux habiter le monde, avec plus d’acuité.

L’orchis blanche me fait rêver… encore une quête – à l’instar de celle du sabot de Vénus – qui va couler dans mes veines jusqu’à l’orée de ma disparition ou de son inopinée réalisation…

Dolmen de la Pinarède - Flambé

Dolmen de la Pinarède – Flambé

Dolmen de la Pinarède - Flambé

Dolmen de la Pinarède – Flambé

Dolmen de la Pinarède - Narcisse d'Asso

Dolmen de la Pinarède – Narcisse d’Asso

Dolmen de la Pinarède - Paon de nuit

Dolmen de la Pinarède – Paon de nuit

 

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Atlas des nuages – Julie Guillem

Causse Noir - Roquesaltes - Atlas des nuages - Julie Guillem

Causse Noir, Roquesaltes

Je ne pensais pas trouver, dans un livre jeunesse, une information aussi porteuse. Mon très sérieux Nuages et autres phénomènes célestes de Hans Hackel me laisse parfois songeuse et les pages aériennes de cet atlas sont venues avec profit alléger mes questionnements. Les ouvertures célestes en pleines pages, douces et cotonneuses (peut-être un peu trop cotonneuses par rapport à la réalité, comme ces cumulus humilis sans forme définie), sont entrecoupées de schémas d’identification à la fois essentiels et complets. On y est, on nage la brasse dans la troposphère. Reste que la perception des distances, en situation réelle, est toujours problématique : nuage bas, moyen ou haut ? C’est entre ces strates que le doute s’insinue. Mais je progresse…

Roquesaltes - Circaète Jean-le-Blanc

Roquesaltes – Circaète Jean-le-Blanc

Causse Noir - Roquesaltes

Causse Noir – Roquesaltes

Roquesaltes - Vautour fauve

Roquesaltes – Vautour fauve

 

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Jean-François Parot, L’inconnu du pont Notre-Dame, lu par François d’Aubigny

Gallica, Bibliothèque nationale de France btv1b531505574 - Jean-François Parot, L'inconnu du pont Notre-Dame, lu par François d'Aubigny

Gallica, Bibliothèque nationale de France btv1b531505574

Décidément, dit Bourdeau, avec elle on visite toute la ménagerie du roi. (5:47:44)

Chevaux, chiens d’arrêt au flair aiguisé, vieilles taupes, chat aux empreintes significatives et jusqu’à des castors qui ne sont jamais mouillés quelles que soient leurs louches menées, les animaux symboliques ou de pattes et de poils traversent cette enquête par de nombreuses sentes. Ce qui n’est pas sans envelopper d’une certaine tendresse – notamment féline et canine – l’intrépide commissaire aux affaires extraordinaires.

Voix amie dans les ténèbres, François d’Aubigny, aussi gracieux et sémillant auprès d’Aimée que face à des portières mal dégrossies m’a accompagnée au creux de l’oreille en des temps difficiles et perturbants et jusqu’à la réussite de mes projets. Comme un grigri protecteur de tous les dangers, une potion de courage, une parole intimement lovée au creux de mon portable.

 

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Christophe Magny, La voie de la nuit

Plateau du Lévézou, puech Monseigne

La langue navajo compte quatre-vingts mots pour exprimer toutes les nuances de couleur et de texture du grès. (160)

Voilà qui va permettre de renouveler la fameuse répartie sur les inuits et leur cinquantaine de mots pour désigner la neige !

En pays Navajo, les routes sont rectilignes sur des kilomètres, comme une invitation lancinante à la découverte. On pressent qu’elles n’ont de fin qu’au bout du monde. Peut-être leur seule fonction est-elle d’inciter le voyageur à avancer jusqu’à oublier qu’il a un but, s’il a un but. L’asphalte se fait parfois tortueux, il se perd en méandres qui escaladent montagnes et mesas pour mieux ramener le promeneur à la platitude du plateau désertique. (40)

Christophe Magny a un parcours touchant. En quête de sens, se demandant ce qu’il fait sur terre, il tente de s’inspirer de diverses traditions pour nourrir son voyage intérieur. Les voies de guérison navajos, découvertes à Paris lors d’une manifestation culturelle, vont représenter pour lui une expérience vivante et équilibrante, un tissus de liens amicaux et chaleureux – malheureusement momentanés car il a volontairement mis fin à ses jours quelques années plus tard. Savoir que son aspiration spirituelle ne s’est pas épanouie vers l’apaisement de ses abîmes intimes rend la lecture de son livre à la fois triste et intense.

Le but de la méditation et de la prière n’est pas l’expansion de la conscience mais la concentration sur le centre, le récepteur. C’est, me semble-t-il, ce qu’exprime hozhoo pour les Navajos : la nécessité de maintenir cette réceptivité, qui passe par une quête de l’harmonie avec les forces élémentaires. (70)

Immergé dans la beauté du crépuscule, je parviens sans y penser à formuler simplement l’idée de l’énergie et du récepteur : plus on capte la beauté, plus on s’emplit de beauté ; plus on s’emplit de beauté, mieux on capte la beauté. (123)

Avec lui, on pénètre et on s’assoit sous le hogan, au centre. Dans ce pays d’horizon, de lumière et de neige où les paysages se modifient selon l’heure et le temps, les pistes sont incertaines, les chemins sans indications, les conduites nocturnes à faire frissonner. La collision avec une vache ou un cheval est toujours possible. L’égarement encore plus. Se fiant à ses liens fraternels et à ses soutiens, tentant l’immersion à l’aide de ses seules intuitions et capacités à sentir, évacuant la raison, l’auteur s’en sort plutôt bien. Il prend naturellement le pli de parler en termes d’est, de sud, d’ouest et de nord, comme dans les romans de Tony Hillerman. Trouve les lieux de cérémonie. Laisse la beauté l’emplir et accomplit les gestes de bénédiction. Il revient de ses voyages l’âme unie au corps, ayant retrouvé le sentiment de savoir où il se trouve.

En lui confiant mon sentiment persistant de n’être pas parti, je m’interroge : cette évaporation des mois passés n’est-elle pas le signe de mon adhésion à la conception navajo du temps ? Ce qui compte, c’est de se retrouver, pas de mesurer le temps évanoui depuis la dernière rencontre. Puisque nous sommes réunis, nous n’avons jamais été séparés. (172)

Plateau du Lévézou - Puech Monseigne

Plateau du Lévézou – Puech Monseigne

Plateau du Lévézou - Puech Monseigne

Plateau du Lévézou – Puech Monseigne

Plateau du Lévézou - Puech Monseigne

Plateau du Lévézou – Puech Monseigne

Plateau du Lévézou - Puech Monseigne

Plateau du Lévézou – Puech Monseigne

 

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