Craig Johnson, Enfants de poussière

DSC_2679

Toutes les femmes de ma vie souriaient lorsqu’elles parlaient de Henry Standing Bear. (16)

Et mon sourire, en refermant ce livre, s’étend d’une oreille à l’autre. Craig Johnson a fait un cadeau à ses lectrices dans ce quatrième volet des enquêtes de Walt Longmire : Henry ne quitte pas ce dernier d’une semelle. J’ai pu savourer à satiété leurs dialogues pince-sans-rire jusqu’au milieu du carnage vietnamien. Walt est un humaniste, à sa façon. Il a autant de tendresse pour le chien, que pour ses collègue, ou pour les vêtements crasseux et puants d’un clochard. De ce récit ressort toute la la profondeur de son amitié avec la Nation Cheyenne et l’intégrité solide qui l’habite quelles que soient les circonstances.

Que n’ai-je moi aussi un ami comme Henry !

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

J’associe mes cultures… et ça marche !, Claude Aubert

DSC_4537

Mais l’art des associations n’est pas une science exacte : une association qui donne de très bons résultats chez l’un pourra n’avoir aucun effet chez l’autre […]… La solution : essayer et observer ! (7)

Dès lors que je me suis intéressée à l’association des fleurs et des légumes au potager, j’ai parcouru le web à la recherche d’informations, puis les bibliothèques. J’ai passé un bon bout de temps devant des tableaux fantaisistes, aléatoires et se contredisant les uns les autres, ou face à des articles sûrs d’eux-mêmes, compilant ce qui avait déjà été dit ailleurs, sans qu’il en ressorte un étayage solide (Soyons juste, on trouve quand même sur certains blogs des récits de terrain frais et argumentés). Puis j’ai dégotté ce livre. J’avais enfin ce que je cherchais entre les mains. Honnêteté expérimentale, pas esbroufe ni de tentatives de remplissage. On comprend pourquoi telle ou telle association est conseillée. Les études scientifiques sont clairement recensées sans être présentées comme parole absolue. Il était alors trop tard pour nous en inspirer cette année – bien que d’instinct nous eussions déjà appliqué certains conseils exposés – mais je ne manquerai pas de le reprendre au moment de tirer les plans sur la comète du potager de l’an prochain.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

John Vaillant, L’Arbre d’or

DSC_2827

Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Avant toute chose, il faut que les arbres disparaissent. A cet égard, le bûcheron fut l’éclaireur de la civilisation occidentale (et de toutes les civilisations). (118)

Je m’attendais à entrer dans le cercle haïda des saumons, des sculptures sur bois, d’une spiritualité vivante. John Vaillant m’a précipitée dans la grande tradition des récits de trappeurs américains, survie en milieu hostile, ingéniosité, force mentale et physique. De là nous sommes passés à la rencontre avec les populations autochtones, récit insistant sur la férocité des haïdas – pratique de l’esclavage, des rapines, conservation de la tête des ennemis, avidité matérielle – qui déstabilise l’image paisible qu’on a habituellement de ce peuple.

La rapide faillite des relations commerciales sur la côte Nord-Ouest peut être attribuée à la conjonction de deux facteurs funestes : les cultures d’extrême violence que les deux parties apportaient à la table des négociations et le fait que chacune déniait à l’autre la pleine qualité d’humain. (111)

S’ensuivent des chapitres détaillés sur l’exploitation du bois et ses liens avec l’émergence des États-Unis. Puis la biographie assez longuette de Grant Hadwin, écologiste égaré, habité par ce que certains psychiatres appellent l’urgence spirituelle.

Il semble que pour réussir, voire simplement survivre dans ce monde, une certaine dose de dissonance morale et cognitive soit nécessaire. (289)

J’ai donc parcouru, survolé, sauté des pages, me suis exclamée, agitée, interrogée, ennuyée. J’avais envie de voir des photos de cet arbre qui sortait de l’ordinaire mais à part celle figurant sur la couverture, le cahier central n’en offre pas. Frustrée aussi, donc. Ce que j’attendais du livre n’arrive qu’à la toute fin, comme un bonus qui finaliserait la globalité. Et de fait, malgré une expérience de lecture mitigée, l’impression est forte en le refermant. La construction en rayons de soleil, déstabilisante quand on est à l’intérieur, provoque une sorte de révélation quand tout a été dit. Par une magie imprévue, le geste même fait surgir à la fois une compréhension globale et la conscience de la complexité de l’histoire. J’en suis restée assez bluffée.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Gretel Ehrlich, La consolation des grands espaces

DSC_4432

Massif de l’Aigoual, lac des Pises

Le titre est très beau. Inspirant en lui-même. Les ingrédients sont de ceux qui séduisent mes papilles littéraire. Et pourtant, je suis restée étrangère aux grands espaces du Wyoming. La quatrième de couverture refermée m’a laissée sur un vide.

Pour un récit proche de la terre et essayant de voir la vie en face, l’écriture manque singulièrement de naturel. L’expérience est mise à distance par le mental. L’esprit poétique est lourd. Le lyrisme parfois ne rime à rien. Fioritures vides. Trop d’intentions nourries aux valeurs communautaires, de petite philosophie rassurante au ras de l’herbe, bien qu’exprimée sur un ton rude.

L’automne nous enseigne que tout accomplissement est aussi une mort; que la maturité est une forme de déliquescence. Les saules, à force de rester près de l’eau commencent à rouiller. Les feuilles sont des verbes qui conjuguent les saisons. (172)

Gretel Ehrlich a envie d’être un écrivain américain et elle y met les formes. Seul l’avant-dernier chapitre sur la danse du soleil et le Crow Fair apportent un brin de vie à un ensemble globalement ampoulé.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Arthur Upfield, Pas de traces dans le bush

DSC_3253

Massif de l’Aigoual, cascade de l’Hérault

On se croirait au cinéma, hein ? ricana Rex. (249)

Voui voui…

Cette huitième aventure de notre enquêteur biculturel au nom ridicule (il faut bien l’avouer…) mais auquel, curieusement, on s’habitue, vire assez rapidement à une chasse à l’homme de série B. Pas d’enquête mais une admiration certaine pour la Royal Air Force. Cavalcades, stratégie guerrière, attaques aériennes, la poussière vole ! Autant dire que je me suis prodigieusement ennuyée… Bony en est même à tuer un homme avec nonchalance.

Un autre, le chef, a été tué, si ma mémoire est bonne. C’était un sale type, de toute façon, et il avait tout fait pour me trucider. (34)

Arthur Upfield continue à explorer les rapports entre noirs et blancs avec la figure paternaliste d’un éleveur vivant dans une immensité isolée qui exerce un pouvoir féodal sur les aborigènes et le portrait d’un métis qui n’a pas su maîtriser les forces contraires qui l’habitent.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

American indian counted cross-stitch – Frankye Jones

DSC_4353

Massif de l’Aigoual, lac des Pises

Frankye Jones a grandi en Oklahoma où elle a très tôt été en contact avec les cultures amérindiennes, notamment en assistant à des powwows. Elle a également voyagé au Nouveau-Mexique et vers la Côte Pacifique où elle a pu découvrir les bijoux, les tissages, les sculptures des peuples autochtones de ces régions. Enchantée par les couleurs et les graphismes de cet artisanat, elle en a tiré les modèles de ce livre.

En le feuilletant, on sent que son travail est né d’une expérience authentique. Elle explique la signification des images, leur origine, leur utilisation concrète. On trouve beaucoup de petits symboles dont on peut moduler les couleurs. Jusqu’à présent j’ai surtout réalisé des modèles haïda : corbeau et ours. Le résultat est superbe. J’ai hâte d’enrichir mes murs de l’esprit de l’orque et de celui de l’aigle.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Fleurs au point de croix – Thea Gouverneur

DSC_3998

Vabres l’Abbaye

J’ai beaucoup de tendresse pour ce livre parce que c’est de lui que j’ai tiré un de mes premiers modèles de point de croix. Le plus joli et le plus ambitieux de mes débuts. Un fuchsia, dont j’étais très fière, pour l’anniversaire de ma mère.

Les modèles sont plus élaborés que ceux que proposent la plupart des ouvrages sur le sujet, et du coup, beaucoup plus élégants. Les nombreuses nuances de fils utilisés – compter de 20 à 35 couleurs par fleurs – donnent une richesse de teintes proche de la réalité. Les reproductions des broderies finies ne sont pas très bonnes, mais cela n’a pas d’importance car les grilles sont elles, très claires (et on ne sera que plus éblouies par le résultat concret, qui, du coup, ne peut être que supérieur aux modèles). Présentées en plein page, les grilles sont bien lisibles, les différentes teintes bien distinctes. Avec ses cinquante modèles, cet ouvrage est une promesse de projets stimulants pour plusieurs années.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Chats au point de croix – Marie-Thérèse Saint-Aubin

DSC_4203

Vabres l’Abbaye

Dès les premiers mois de mon apprentissage du point de croix, je suis tombée amoureuse des créations de Marie-Thérèse Saint-Aubin. Délicates et aériennes, elles se reconnaissent au premier coup d’œil. Tout en expressivité et en silence – comme on place des notes blanches en musique – elles suggèrent plus qu’elles ne remplissent. Elles prennent vie plus qu’elles n’illustrent. Il y a beaucoup d’espace et peu de points à placer, la difficulté réside surtout dans le comptage. Pour peu qu’on soit concentrée, elles sont par contre beaucoup plus rapide à réaliser que les broderies au point de croix classiques. Sa captation de la vie aussi active que mystérieuse de nos félins semi-apprivoisés diffuse un charme nourri de sensibilité.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Le régal végétal : Plantes sauvages comestibles – François Couplan

DSC_3919

Vabres l’Abbaye

Ce livre est un précieux compagnon pour tout cueilleur d’herbes folles. On n’y trouvera ni aide à l’identification, ni recettes détaillées. C’est par contre le guide grand public le plus sérieux et le plus complet que je connaisse concernant la composition des plantes. Il indique les substances chimiques qu’elles contiennent et donne des indications précises quant aux risques liés à leur consommation. En le consultant avant toute tentative culinaire, on sait exactement où on met les pieds et on ne part pas dans des aventures bancales (hormis au niveau du goûteux !).

On trouve également de nombreuses indications sur l’utilisation qui a été faite (ou qui est encore faite) de ces plantes en Europe et en Amérique du Nord. Il est fascinant de découvrir qu’il existe un si grand nombre de plantes comestibles autour de nous, et surtout que ces ressources ont été utilisées jusqu’à une époque récente. Toutes ces connaissances oubliées et supplantées par la grande distribution…

Redécouvrir le patrimoine comestible de nos campagnes, se débrouiller en cas de disette (sait-on jamais !) ou compléter nos repas de produits gratuits, goûteux, non standardisés et de saisons, voilà ce qu’offre cette encyclopédie à tout curieux du végétal.

 

Publié dans Exploration documentaire | Laisser un commentaire

Olivier Truc, Le détroit du loup, lu par Jacques Frantz

DSC_2316

Massif de l’Aigoual, arboretum de l’Hort de Dieu

L’ambiance qui entourait le dernier lapon est toujours là. La découverte d’un environnement inconnu est au rendez-vous. Mais que l’écoute paraît longue ! Je ne sais pas si cela tient à la lecture de Jacques Frantz , râpeuse et habile mais un chouïa lénifiante, ou à la construction mal ficelée de l’intrigue : sans doute un peu des deux. Les éléments intéressants – le rocher sacré, l’énigme de l’orgue – sont éparpillés dans de longues digressions sur la gestion des rennes en milieu urbain et les conditions de travail des plongeurs. On aimerait qu’il se passe quelque-chose, et quand cela arrive, ça ne s’emboîte pas naturellement avec le reste. Un fouillis sous-jacent, un manque de tension directrice noient l’attente, d’ailleurs peu récompensée au final parce que tout a déjà été dit.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire