George Orwell, 1984, lu par Christian Gonon

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Cirque de Navacelles, la Vis

Presque tous les enfants étaient maintenant horribles.

Je me lançais assez négligemment dans de la science-fiction. C’est en fait un épouvantable roman sur la torture. Je crois que c’est la première fois que j’ai eu autant de mal à venir à bout d’un classique. Heureusement que Christian Gonon , interprète habile et concentré,  porte le texte d’une lecture nerveuse et inquiète. Par sa voix, il offre une présence humaine dans cette plongée glaçante. Ce doit être également la première fois que je compte sur le lecteur pour m’offrir une épaule sur laquelle m’appuyer !

Dur, métallique, mental, si on arrive à l’avaler, c’est aussi une réflexion absolument fascinante sur les mémoires collectives et individuelles, l’intégrité, la négation du réel. Que de pistes ! Vu les temps qui bouent autour de nous, qui se préparent, qui s’infiltrent, George Orwell n’a pas fini de nous parler…

[Écouté dans le cadre d’un partenariat entre Babelio et Audible]

 

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Tony Hillerman, Dieu qui parle

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Cirque de Navacelles, la Vis

Il semblerait que la médecine de Jim Chee soit efficace. La voie de la bénédiction qu’il a effectuée pour Joe Leaphorn a permis à ce dernier de remettre son départ à la retraite à plus tard… Un an a passé depuis leur dernière enquête.

On ne cherche pas vraiment quelque chose de précis. Si on le fait on ne voit pas les choses qu’on ne cherche pas. (32)

D’une manière générale, je prends plaisir à relire ces polars, y trouvant même un sentiment de nouveauté. Mais dès que j’ai reconnu les personnages de celui-ci, en particulier Leroy Fleck, je me suis rétractée sur mon canapé. Le souvenir déplaisant qu’il m’avait laissé à première lecture n’a pas vieilli d’un iota. C’est donc avec une certaine envie d’en finir que j’ai démarré. Heureusement, on peut suivre de multiples pistes dans cette construction complexe et mon attention s’est cette fois concentrée sur la cérémonie du Yeibichai.

Une intrigue aux multiples thèmes imbriqués, donc, qui nous emmène cette fois dans l’univers des musées et la question de la restitution des objets et squelettes de leurs collections aux tribus d’origine. Tony Hillerman joue de manière un peu trop appuyée avec les différences culturelles et le dépaysement de nos amis égarés dans Washington à travers des dialogues qui semblent surjoués. Ce neuvième épisode délocalisé n’est pas de ceux qui m’emballent le plus, trop politique, trop compliqué, mais il y a des choses à glaner, surtout quand on lit la série dans l’ordre. Si Joe Leaphorn est ici principalement aux prises avec des parapluies, Jim Chee quant à lui rompt définitivement avec Mary Landon et approfondit ses relations avec Janet Pete, qui pour l’heure s’adonne à une vie citadine dans un grand cabinet d’avocats.

 

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Arthur Upfield, Sinistres augures

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Cirque de Navacelle, la Vis

Il vous faudra chercher un minuscule hameau entouré par des tessons de bouteille. (7)

Ce dix-neuvième épisode des enquêtes de l’inspecteur Bonaparte est porté par une écriture plus détendue, plus à l’aise, un humour ironique plus mature que les précédents. On se retrouve dans un univers de brutes épaisses, colons irlandais, allemands ou anglais à la langue bien pendue et au gosier avide. On picole, on cuit des steaks sur la lame des pelles. Bony s’y intègre en toute camaraderie et en chemise de soie. Les paysages d’Australie Occidentale, assez inhabituels dans la série, apportent un renouvellement de la faune et de la flore : dindons, kangourous, ânes sauvages, aigles, baobabs et spinifex. Dans ces contrées isolées où chacun est pris pour ce qu’il est, l’intrigue suit son cours plaisant, avec quelques incohérences dans les dates cependant, savamment relevées au crayon rouge par un lecteur de la bibliothèque de Saint Affrique qui m’a précédée…

 

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Tony Hillerman, Le voleur de temps

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Gorges de la Jonte, roc de Baumo Rousso

Un curieux jeune homme, ce Chee. Intelligent, apparemment. Vif. Mais un peu… Un peu quoi ? Fêlé ? Pas exactement. Il n’y avait pas que le fait d’essayer de devenir medicine man, une discipline totalement incompatible avec le métier de policier. C’était un romantique, conclut Leaphorn. Voilà, c’était ça. Un homme qui pourchassait ses rêves. (236)

Pourquoi faisait-il ça pendant son jour de repos ? Mais pourquoi, il le savait. Leaphorn avait beau l’agacer, il voulait qu’il le complimente. Il voulait qu’il lui mette la main sur la tête en lui disant joli travail petit. (282)

La collaboration professionnelle entre Joe Leaphorn et Jim Chee n’aura pas duré bien longtemps. Dans ce huitième tome de la série, le deuxième les réunissant, Leaphorn est en instance de départ. La mort d’Emma marque un tournant dans sa vie. Il a posé sa demande de départ en retraite. Il lui offre cette dernière enquête officielle comme un hommage. Pour Jim Chee, c’est l’histoire de la chatte apprivoisée du tome précédent qui marque symboliquement sa séparation d’avec Mary Landon. Deux chemins de vie qui convergent, deux angles d’approche vers un même problème.

Ce bon vieux Kokopelli, esprit familier des anasazis, mène la danse au fil des pages. Nous nous retrouvons dans l’univers des universitaires, anthropologues et archéologues cher à Tony Hillerman et riche en possibilités d’intrigues. Dense, finement construite, s’étoilant en de multiples pistes, celle de ce roman est d’une grande qualité. La fin, touchante, me conforte dans l’intérêt de suivre la série dans l’ordre.

 

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Camilla Läckberg, La faiseuse d’anges, lu par Jean-Christophe Lebert

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Abbaye Notre Dame des Neiges

Est-ce la canicule qui a émoussé mes facultés critiques ? Un ramollissement estival de l’attention ? Toujours est-il que j’ai pris plaisir à retrouver l’environnement de Camilla Läckberg. Elle m’a pourtant beaucoup déçue dans les derniers temps, et surtout vexée. Elle se plaît à dire en interview qu’il suffit de donner aux lecteurs ce qu’ils attendent pour avoir du succès et vendre abondamment. Il faut croire que mon cerveau présente quelques faiblesses de consommatrice fascinée par les produits formatés puisque j’ai marché. Elle ouvre ses boîtes avec un timing parfait. J’ai bien noté qu’elle en faisait trop avec l’attentat, l’homosexualité, les désordres psychiques, mais sa mécanique d’horloger a exercé une fascination rassurante qui m’a amollie.

Jean-Christophe Lebert est calme, posé, très attentif à toutes les nuances des personnages, des dialogues. Il sait jouer des rythmes et des intonations, met la structure du texte en valeur. Pour une fois, la musique guide bien les transitions de chapitres. La réalisation du livre audio s’est nettement améliorée par rapport aux autres titres de la série.

[Écouté dans le cadre d’un partenariat entre Babelio et Audible]

 

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Jean Giono, Les âmes fortes

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Saint Sernin sur Rance

J’ai bien aimé la mise en place de la veillée avec ces femmes au caractère bien trempé qui dévalisent le garde-manger tout en commentant la vie du mort.Verve et sans-gène font bon ménage. Une très juste peinture. A la fois incongrue et réaliste. Le récit de Thérèse m’a par contre vite fait décrocher. Ce jeu littéraire incessant entre sa version et celle des autres, les contradictions, m’ont lassée. J’ai finalement pris beaucoup plus de plaisir à lire l’analyse qui en est faite sur le site Études littéraires qu’à parcourir ce livre expérimental vite abandonné.

 

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Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov 1, lu par Pierre-François Garel

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Massif de l’Aigoual, lac des Pises

Je ne sais plus où j’ai lu que Les frères Karamazov était le roman le plus abouti de Fédor Dostoïevski, mais effectivement, j’ai eu le sentiment lors de cette écoute, que ma rencontre avec cet auteur trouvait enfin un aboutissement. Celle avec Pierre-François Garel aussi. Pour Crimes et châtiments, j’avais trouvé la lecture de ce dernier assez inégale, s’envolant par moment dans un lyrisme théâtral auquel il était difficile d’adhérer. Ici il est parfait. Il a une compréhension remarquable de l’esprit du texte (et ce n’est pas une mince affaire, il faut quand même se le fader !) Sa maîtrise des différents personnages, des émotions exprimés par ceux-ci, des digressions philosophiques font ressortir toute la maturité de son interprétation.

Du drame, partout du drame, caché dans les ornières de toutes les pages, presque sous chacune des lettres. Fédor Dostoïevski nous oblige à être honnête avec nous-mêmes. Pour supporter la lecture de ses livres, pour pouvoir accueillir en miroir la souffrance mentale de ses personnages, il nous faut reconnaître qu’on peut aussi la vivre, la ressentir, la laisser nous habiter. Que nous n’échapperons peut-être pas toujours à la laideur des tourments humains parce qu’elle est concomitante à cette satanée liberté de l’esprit humain avec laquelle nous louvoyons, préférant nous prosterner devant des idoles plutôt qu’en jouir.

Mais heureusement il y a Aliocha… Aliocha le tendre et doux que son maître précipite dans les griffes du monde. Il trace un sillon de lumière au travers des cumulonimbus chers à l’auteur.

[Ecouté dans le cadre d’un partenariat de Babelio avec Audible]

 

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Craig Johnson, Enfants de poussière

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Toutes les femmes de ma vie souriaient lorsqu’elles parlaient de Henry Standing Bear. (16)

Et mon sourire, en refermant ce livre, s’étend d’une oreille à l’autre. Craig Johnson a fait un cadeau à ses lectrices dans ce quatrième volet des enquêtes de Walt Longmire : Henry ne quitte pas ce dernier d’une semelle. J’ai pu savourer à satiété leurs dialogues pince-sans-rire jusqu’au milieu du carnage vietnamien. Walt est un humaniste, à sa façon. Il a autant de tendresse pour le chien, que pour ses collègue, ou pour les vêtements crasseux et puants d’un clochard. De ce récit ressort toute la la profondeur de son amitié avec la Nation Cheyenne et l’intégrité solide qui l’habite quelles que soient les circonstances.

Que n’ai-je moi aussi un ami comme Henry !

 

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J’associe mes cultures… et ça marche !, Claude Aubert

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Mais l’art des associations n’est pas une science exacte : une association qui donne de très bons résultats chez l’un pourra n’avoir aucun effet chez l’autre […]… La solution : essayer et observer ! (7)

Dès lors que je me suis intéressée à l’association des fleurs et des légumes au potager, j’ai parcouru le web à la recherche d’informations, puis les bibliothèques. J’ai passé un bon bout de temps devant des tableaux fantaisistes, aléatoires et se contredisant les uns les autres, ou face à des articles sûrs d’eux-mêmes, compilant ce qui avait déjà été dit ailleurs, sans qu’il en ressorte un étayage solide (Soyons juste, on trouve quand même sur certains blogs des récits de terrain frais et argumentés). Puis j’ai dégotté ce livre. J’avais enfin ce que je cherchais entre les mains. Honnêteté expérimentale, pas esbroufe ni de tentatives de remplissage. On comprend pourquoi telle ou telle association est conseillée. Les études scientifiques sont clairement recensées sans être présentées comme parole absolue. Il était alors trop tard pour nous en inspirer cette année – bien que d’instinct nous eussions déjà appliqué certains conseils exposés – mais je ne manquerai pas de le reprendre au moment de tirer les plans sur la comète du potager de l’an prochain.

 

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John Vaillant, L’Arbre d’or

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Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Avant toute chose, il faut que les arbres disparaissent. A cet égard, le bûcheron fut l’éclaireur de la civilisation occidentale (et de toutes les civilisations). (118)

Je m’attendais à entrer dans le cercle haïda des saumons, des sculptures sur bois, d’une spiritualité vivante. John Vaillant m’a précipitée dans la grande tradition des récits de trappeurs américains, survie en milieu hostile, ingéniosité, force mentale et physique. De là nous sommes passés à la rencontre avec les populations autochtones, récit insistant sur la férocité des haïdas – pratique de l’esclavage, des rapines, conservation de la tête des ennemis, avidité matérielle – qui déstabilise l’image paisible qu’on a habituellement de ce peuple.

La rapide faillite des relations commerciales sur la côte Nord-Ouest peut être attribuée à la conjonction de deux facteurs funestes : les cultures d’extrême violence que les deux parties apportaient à la table des négociations et le fait que chacune déniait à l’autre la pleine qualité d’humain. (111)

S’ensuivent des chapitres détaillés sur l’exploitation du bois et ses liens avec l’émergence des États-Unis. Puis la biographie assez longuette de Grant Hadwin, écologiste égaré, habité par ce que certains psychiatres appellent l’urgence spirituelle.

Il semble que pour réussir, voire simplement survivre dans ce monde, une certaine dose de dissonance morale et cognitive soit nécessaire. (289)

J’ai donc parcouru, survolé, sauté des pages, me suis exclamée, agitée, interrogée, ennuyée. J’avais envie de voir des photos de cet arbre qui sortait de l’ordinaire mais à part celle figurant sur la couverture, le cahier central n’en offre pas. Frustrée aussi, donc. Ce que j’attendais du livre n’arrive qu’à la toute fin, comme un bonus qui finaliserait la globalité. Et de fait, malgré une expérience de lecture mitigée, l’impression est forte en le refermant. La construction en rayons de soleil, déstabilisante quand on est à l’intérieur, provoque une sorte de révélation quand tout a été dit. Par une magie imprévue, le geste même fait surgir à la fois une compréhension globale et la conscience de la complexité de l’histoire. J’en suis restée assez bluffée.

 

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