Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, lu par Hélène Lausseur

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1974-83 - Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, lu par Hélène Lausseur

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1974-83

Ce n’est pas un polar bien qu’il y ait un mystère. Ce n’est pas un livre drôle bien qu’il y ait des touches de dérision. Ce n’est pas un roman jeunesse bien que la simplicité de l’histoire rappela Fantômette. Un livre choral ? Un peu, mais tellement délayé qu’on en boirait pas si c’était du jus de poire. L’intrigue n’est construite que de prétextes. Pseudo-existenciel, pseudo-humaniste, pseudo-politique, écrit sans aucun charme, aucune grâce, aucune personnalité, comme on fait de nos jours. Fadasse et quelconque en somme. Navigant de façon ambiguë entre la boutade et la terrible gravité de son sujet. La désinvolture est mal dosée.

 

 

 

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Jean Giono, Un roi sans divertissement

The Metropolitan Museum of Art, New York 17.120.209 - Jean Giono, Un roi sans divertissement

The Metropolitan Museum of Art, New York 17.120.209

Je le sais que tout irait sur des roulettes, s’il y avait des roulettes. Mais il n’y a pas de roulettes. A l’endroit où il devrait y avoir des roulettes il y a des boulons. (161)

J’ai longtemps fantasmé sur le titre de ce roman qui m’évoquait une pièce de théâtre dans la même veine que Le roi se meurt, une tragédie douce-amère aux accents ironiques. Tragédie il y a effectivement, mais plutôt sur le versant malaise. Je suis ressortie déstabilisée de ces écrits de derrière le rideau de nuages, féroces et fraternels à la fois.

On avait affaire à quelqu’un qui ne s’embarrassait pas de figurer ou non dans les Fables de La Fontaine. (120)

J’ai eu l’impression tout d’abord de retrouver la plume qui avait tracé Colline : l’inventivité des mots et des expressions, la menace, la lourdeur, le petit humain cerné de forces qui veulent l’engloutir. Puis passé la battue au loup je n’ai plus rien compris. La brodeuse, le mariage, la fascination magnétique exercée par Langlois n’ont fait qu’imprimer une perplexité grandissante dans mon cerveau. L’arrière goût glauque qui me restait dans la gorge à la fermeture du livre ne me motivant pas à en laisser infuser le sens en moi-même, j’ai cherché et trouvé une analyse approfondie sur Wikipédia. Qui met le récit en valeur et l’éclaire d’un jour fascinant. À ne lire que doté d’une solide maturité intrépide.

 

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James D. Doss, Les ossements du chaman

Massif de l'Aigoual, lac des Pises - James D. Doss, les ossements du chaman

Massif de l’Aigoual, lac des Pises

Il se réveille de la réalité de ses rêves… retourne dans le monde irréel où le soleil est implacable, la nuit d’un froid insoutenable, où le vent n’arrête jamais de fouetter les pans dépenaillés de sa tente de fortune. (235)

Au fil de ses romans, James D. Doss joue de plus en plus du rêve et de la vision, du fantasme et de la tradition dans un entremêlement qui ne manque pas de justesse. Il semble avoir fait sienne la pensée de Peau de la Vieille Hutte : Well, sometimes the magic works, sometimes it doesn’t. L’enquête est guidée autant par les talents de fouineur de Charlie Moon que par le sixième sens pour l’invisible du matukach Scott Paris. Il n’y a cependant rien de confortable ou de rassurant à gagner dans la quête ou l’utilisation du Pouvoir. Dans cet univers où vit la tribu autrefois féroce des Utes du sud, où les chamans chantent l’Hymne à la joie et où la mort s’appelle Qui Est-Ce, les ombres rôdent et le savoir n’est pas toujours un atout… mais l’espièglerie est une valeur sûre pour sauver son âme.

Massif de l'Aigoual - Papillon

Massif de l’Aigoual – Papillon

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual - Rouge queue

Massif de l’Aigoual – Rougequeue

 

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Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, lu par Marina Moncade

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-F01124-5 - Elena Ferrante, L'amie prodigieuse, lu par Marina Moncade

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-F01124-5

Intriguée par l’émotion qui transparaissait dans la voix de Nelly Kapriélan parlant de cet auteur, j’ai pris ce livre audio – sans aucune conviction toutefois, les recommandations du Masque et la Plume m’ayant fort souvent dépitée. Et je suis tombée sur l’exception qui me poussera toujours à avoir un titillement d’envie quand j’entend une critique pleine d’envolée. Pleine de charme, riche, complexe, originale, autant dans son propos que dans sa construction, cette amie prodigieuse a accompagné mon mois de juillet de son soleil napolitain dur et tendre. Marina Moncade, que je n’avais jamais entendue, se fond avec vie et naturel dans la langue, la peau de tous les personnages et dans la ville elle-même.

 

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Arnaldur Indridason, Le lagon noir, lu par Jean-Marc Delhausse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.812.26 - Arnaldur Indridason, Le lagon noir, lu par Jean-Marc Delhausse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.812.26

Erlendur et Marion sont crispés, secs, tenaces, coincés. L’enquête ne réserve aucune surprise. Le sujet de la base américaine permet juste d’assembler les briques d’un roman sur ses fondations. Dire que je me suis totalement ennuyée serait mentir. Mais supposer que cela ait apporté quoi que ce soit à ma vie de lectrice aussi. A n’ingérer qu’en cas de pénurie majeure de polars audio.

 

 

 

 

 

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James D. Doss, Le canyon des ombres

Cirque de Navacelles, la Vis - James D. Doss, Le canyon des ombres

Cirque de Navacelles, la Vis

Certaines choses, évidemment, se produisaient, que l’on y croie ou non. (349)

Charlie Moon se glisse avec discrétion et souplesse dans l’univers ébauché de La rivière des âmes perdues. Un petit côté Yakari fait mine de se profiler avant que l’atmosphère ne s’étoffe en densité. C’est un roman assez changeant dont l’auteur finit par manipuler fantastique, spiritualité et enquête avec décalage et une certaine drôlerie. Je me suis fait avoir par l’énigme que je n’ai même pas pensé à décrypter. J’avais été plus alerte dans le premier. La communauté d’Ignacio prend tournure avec sa coloration ute et ses pièces rapportées. On s’attache.

La Vis

La Vis

La Vis - Papillon

La Vis – Papillon

 

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Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd, lu par Thibault de Montalembert

The Metropolitan Museum of Art, New York 39.52 - Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd lu par Thibault de Montalembert

The Metropolitan Museum of Art, New York 39.52

Elle n’est pas affligée de ces curieux gargouillis d’estomac qui semblent si répandus chez les filles lorsqu’elles servent à table. (4:23:20)

Poirot s’introduit dans l’histoire de manière facétieuse et très distrayante. Agatha s’autorise quelques petites pincées d’ironie. On a l’impression que c’est poussif, et puis l’entourloupe finale… Pas mal, pas mal du tout ! Je m’étonne de n’en avoir eu aucun écho auparavant, ayant tant lu ou vu des adaptations de la romancière. Tant mieux, je l’ai découverte avec toute la fraîcheur d’âme souhaitée. Ne pas se laisser prendre par l’illusion collective, telle est la grande leçon d’Hercule Poirot.

 

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Rob Schultheis, Sortilèges de l’ouest

Massif de l'Aigoual, cascade de l'Hérault - Rob Schultheis, Sortilèges de l'ouest

Massif de l’Aigoual, cascade de l’Hérault

Les lignes d’horizon semblaient être à hauteur de cheville, comme si on risquait à tout instant de se prendre les pieds dedans; et rien à quoi se raccrocher. (13)

Très rugueuses, ces échappées belles en territoire de l’ouest nous renvoient irrésistiblement vers la culture américaine des années soixante-dix. Inspiration contestataire et quête mystique s’y frottent et s’y mêlent en une joyeuse pelote. Il suit les traces refroidies d’une rumeur et des commérages échangés autour d’un feu de bois dans des équipées incertaines dont il semble à peu près maîtriser les aspects techniques puisqu’il s’en sort vivant. Avec un pied dans la réalité et un autre dans les fantasmes, il cherche des messages, des présages, se fait des films et des mirages et arrive à rendre tout paysage surréaliste. Il parcourt des lieux qui nourrissent mon imaginaire, canyons, ruines anasazis, pays navajo, en un compte-rendu surprenant et un peu insolent qu’on attend pas au tournant. J’ai fini par m’y faire tout en ne cernant jamais vraiment le bonhomme et en posant quelques réticences à gober toutes ses histoire.

Dans de bonnes mains, la pauvreté tient du grand art. Les Indiens y sont passés maîtres. (107)

Un bel hommage à la survie et à ceux qui s’y collent avec habileté et inventivité. Quelques passages fascinants comme l’immersion dans une assemblées réunie pour un handgame. Le livre fait partie de ces écrits qui s’apprivoisent mieux en plein air.

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

 

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Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme

Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme

Dans un contexte où les affaires navrantes ne cessent de se multiplier autour de centres occidentaux dévolus au bouddhisme tibétain, le livre de Marion Dapsance a le mérite d’ouvrir la boîte du débat au grand jour. Contrairement à l’étude de Cécile Campergue parue il y a cinq ans, plus universitaire et plus difficile d’accès, le ton journalistique et vivant de cette immersion anthropologique a fait mouche. Grands chevaux et paroles de lucidité sont de sortie dans les milieux concernés. On aimerait que la vague atteigne le rivage des médias nationaux… Tant de situations désastreuses et de dégâts humains ont été générés par des enseignants sans garde-fous, à l’aura garantie par l’exposition ostensible de photos prises en compagnie du Dalaï Lama et autres références fantasmées ou reconnues.

J’avoue que le clou du spectacle a été la liste de tout ce que doit absolument contenir le sac du lama pour aller de sa cabane à son sommet de méditation. À défaut de folle sagesse, c’est le fou rire qui m’a été révélé en un instant. Et ce d’autant plus que j’ai parcouru ce même chemin un jour d’accès libre. Niveau inspiration, je préfère m’en remettre à mon chat. C’est un roi de la détente, du lâcher-prise et du sens de l’adaptation. Niveau conscience, la balle est dans notre camp.

Il est temps d’effriter la statue du Bouddha d’or.

 

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Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée, lu par Philippe Le jour

The Metropolitan Museum of Art, New York 84.XM.631.12 - Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée, lu par Philippe Le jour

The Metropolitan Museum of Art, New York 84.XM.631.12

Crévindiou, que c’est barbant ! Ce n’est pourtant pas faute d’aimer souvent les écrits d’Honoré. J’ai d’ailleurs été fort touchée qu’il s’imagine que nous avions cueilli la bruyère ensemble…

Rappelez-vous cette bruyère que nous avons cueillie, en revenant de la villa Diodati, cette fleur dont vous avez tant loué le noir et le rose, vous devinerez comment cette femme pouvait être élégante loin du monde […] (1:12:08)

Signe d’une connivence par-delà ces limites si contrariantes du temps et de l’espace… mais les « unions purement spirituelles », ça va un temps… quand j’ai vu que Félix et Mme de Mortsauf s’enferraient irrémédiablement dans une relation chaste, j’ai commencé à bailler. Que d’envolées lyriques, que de déclarations d’amour à la Touraine, que de compassion appuyée pour l’aristocratie en peine de royauté. C’est trop, Honoré. Tenons-nous en à la botanique si nous voulons garder de bons rapports…

 

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