Agatha Christie, Meurtre en Mésopotamie, lu par Guillaume Gallienne

The Metropolitan Museum of Art, New York 66.173 Agatha Christie, Meurtre en Mésopotamie, lu par Guillaume Gallienne

The Metropolitan Museum of Art, New York 66.173

Ah la jouissance de l’évidence finale ! Quand après avoir remué ses méninges pendant quelques heures d’écoute, les choses se mettent en place dans la geste d’Hercule Poirot ! J’ai pris grand plaisir à participer à ce jeu de piste. Jolie pirouette finale.

Guillaume Gallienne, que jusqu’à présent je ne supportais pas dans ses lectures radiophoniques, m’a ici fait fondre toute entière, des oreilles aux orteils. Il est parfait. Délicat et fin, fort habile aux dialogues et aux nuances vocales.

 

 

 

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John Grisham, Le manipulateur, lu par Tony Joudrier

The Walters Art Museum, Baltimore 57.297 - John Grisham, Le manipulateur, lu par Tony Joudrier

The Walters Art Museum, Baltimore 57.297

Légèrement ennuyeux et platement narratif, c’est bien du Grisham. Je n’aime pas tant cet auteur pour la qualité de ces écrits que pour sa disponibilité en livre audio. Il remplit avantageusement les oreilles pendant un temps certain. Nul besoin d’être concentré, le rythme est si lent qu’il y a peu de chances de rater une phase marquante. Tony Joudrier a une voix un peu trop musclée et railleuse pour ma sensibilité mais elle sied bien au personnage. Il faut chercher le roman au milieu des infos sur le monde carcéral pendant une bonne partie du livre. Puis une petite surprise se profile, mais vu le titre, on s’en doutait un peu. Long, lent et sans éclat.

 

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Paolo Cognetti, Le garçon sauvage

Massif de l'Aigoual, col de Faubel - Paolo Cognetti, Le garçon sauvage

Massif de l’Aigoual, col de Faubel

Aussitôt entré, je vidai mon sac à dos directement dans la machine à laver : j’avais mis et remis les mêmes vêtements pendant des semaines, cela ne m’avait pas dérangé quand j’étais en vadrouille en montagne, mais dans la maison, la puanteur était insupportable. (116)

C’est un livre paisible, une parenthèse. Le début est assez banal, puis le récit s’étoffe d’une vie propre. Habité de gratitude, non centré sur lui-même, Paolo Cognetti a une perception juste du milieu. Il se glisse, se fond, humble mais droit dans ses bottes. Il a un rapport très doux avec ce qui lui est étranger. S’il effraie les bouquetins, il tente de se transformer en un ennemi ennuyeux. Par son écriture, il sélectionne minutieusement les mots et les situations à rapporter au lecteur. On est loin de ces écrivains qui s’étalent, aveuglés par eux-mêmes. Le texte est peaufiné, travaillé, à destination de ceux qui en chercheront la saveur. Fin lecteur lui-même, ses citations sont choisies et je les aie goûtées à leur juste mesure. J’ai traversé ce livre avec un sentiment de fraternité. L’expérience donne des envies…

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual - Fauvette à tête noire

Col de Faubel – Fauvette à tête noire

Massif de l'Aigoual - Corneille

Massif de l’Aigoual – Corneille

 

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Keisuke Hada, La vie du bon côté

Keisuke Hada, La vie du bon côté

C’est le type de livre dont la lecture est pénible et qui ne prend sens qu’à la dernière page. Mais un sens fulgurant qui étreint et donne envie de reprendre les choses depuis le début. Sauf que si on s’y aventure, on trouve la lecture toujours aussi douloureuse… juste nantie d’une pincée de compréhension en plus.

C’est écrit au rabot à bois, à longs traits bruts, sans finesse. Le ton adolescent déstabilise quand on sait que le narrateur a vingt-huit ans. Il est si puéril… il élabore des raisonnements alambiqués tout à fait déconnectés du réel. Tous les personnages, d’ailleurs, semblent naviguer dans un no man’s land froid où la communication est agressive et la conscience humaine absente. D’où un sentiment de malaise. On y trouverait vite du mauvais goût. Mais on sent aussi qu’il nous manque des clés japonaises pour être réceptif aux échos que ce texte renvoie sur la société de là-bas.

Questionner un parent âgé sur son passé était beaucoup plus gênant que de se comporter grossièrement avec un parfait inconnu. (136)

Le grand-père est traité comme un objet. Il ne semble subsister aucun lien de familiarité, ni souvenirs partagés, ni tendresse d’une vie vécue ensemble, avec sa famille. Kento, son petit-fils, est complètement névrosé. Il voit l’envahissement de l’espace public par les vieux comme un encombrement répugnant et menaçant. Un transfert du mépris qu’il éprouve pour lui-même, provisoirement inutile socialement ? De ce miroir de faiblesse, il va tirer une obsession pour la remise en forme. Obsession morbide et mécanique. C’est cette complexité qui est intéressante. De sa fascination égocentrée pour la déchéance sous couvert de compassion il va tirer un élan pour réembrayer une vie professionnelle. Oui mais quelle vie… emploi jetable, immeuble de béton, un enfer blanc privé de jour comme de nuit… Il ne retrouve finalement que la force d’être fonctionnel dans un univers utilitariste. Ce roman est un constat de vide, d’inutilité et de faillite humaine épouvantable.

[Lu dans le cadre de ces insolites Masses Critiques]

 

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Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou - Sherman Alexie, Phœnix, Arizona

Lac du Salagou

Son intervention télévisuelle saisie au vol dans le cadre des voyages de François Busnel m’est apparue atypique dans sa franchise et sa spontanéité. Elle m’a donné envie d’ouvrir un de ses livres.

Fétichisme du conte doublé d’un besoin compulsif de dire la vérité. Très dangereux, cela. (107)

La langue frappe son tambour d’emblée. Force d’une sincérité. Richesse des associations d’idées. Sherman Alexie travaille sur la base d’une poésie en liberté. Il démarre sur un mot, une image et laisse partir son esprit, mais sans jamais s’égarer. Il trace des pistes autour de l’image du guerrier, de la recherche d’une vision, vieux mythes restaurés au travers de l’univers des réserves. Il étire le sens interne des anciennes voies spokanes, arrive à exprimer un inconscient culturel en construction dans un contexte matériel sans repères.

On a ri, vous savez, parce que le rire est la seule chose que deux personnes ont en commun. (183)

Croyez-moi, tout ressemble à un nœud coulant quand on le fixe assez longtemps. (200)

Carambolage des temps, piqures de souffrance, traits de colère, la cohésion se tisse sur la douleur. L’échec enlise une communauté qui peine à survivre mais ne s’est pas pour autant vidée de sa sève et de sa verve. La puissance du conte bouillonne d’une énergie qui transcende les hommes.

Lac du Salagou - Aigrette

Lac du Salagou – Aigrette

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Ragondin

Lac du Salagou – Ragondin

Lac du Salagou - Traquet motteux

Lac du Salagou – Traquet motteux

 

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James D. Doss, La danse de la soif

Biterrois - Étang de Vendres - James D. Doss, La danse de la soif

Biterrois – Étang de Vendres

Scott Paris s’émerveilla de ses propres facultés d’adaptation. Mais il avait reçu une aide. On avait répondu à ses prières. La réponse était dans ce lieu… c’était ce lieu. (380)

Passé trois récits franchement imprégnés de fantastique, James D. Doss recentre son univers autour de la culture ute, jusque là plus évoquée que mise en perspective. On commence le voyage par un tour d’horizon de la contrée, paysages et mythes. On le poursuit autour du cercle de broussaille de la danse du soleil. La cérémonie prend vie à travers un prisme à la fois respectueux de toute forme de recherche spirituelle et terre à terre. James D. Doss cultive une relation franche avec le peuple Ute.

La recherche du Pouvoir reste le moteur de l’intrigue, mais sans ostentation. Les incidents sont sournois, larvés. On passe les voleurs potentiels en revue dans sa tête. James D. Doss s’amuse à ressortir de temps en temps un candidat qu’on avait oublié pour nous le mettre sous le nez. Je me suis encore une fois bien fait balader… pourtant, les indices ne manquaient pas ! Signe d’une riche construction et de poudre aux yeux d’excellente qualité…

Cabanes de Fleury - Aigrettes

Étang de Vendres – Aigrettes

Étang de Vendres - Aigrettes, héron

Étang de Vendres – Aigrettes, héron

Cabanes de Fleury - Cigogne noire

Étang de Vendres – Cigogne noire

Étang de Vendres - Faucon

Étang de Vendres – Faucon

Vendres plage - Étourneau sansonnet

Vendres plage – Étourneau sansonnet

 

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Bret Easton Ellis, American Psycho, lu par Pierre Tissot

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1898-A-3727 - Bret Easton Ellis, American Psycho, lu par Pierre Tissot

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1898-A-3727

Urbain décadent, années 80 et modernité, j’ai curieusement accroché alors qu’habituellement un roman sans brins d’herbes me plonge rapidement dans la léthargie. Il faut dire que ça claque ! Je n’aurai probablement jamais abordé ce rivage sans l’interprétation de Pierre Tissot. Il porte à merveille le dégoût, l’obsession, l’arrogance qui battent dans les veine du narrateur. L’ admiration immodérée de ce dernier pour Donald Trump s’est ironiquement bonifiée avec le temps. Le récit semble couler, puis une petite phrase assassine pique la trame comme une épine traverse la chaussure. On sent que ça déraille. On éprouve une certaine jouissance face aux fausses notes vachardes, voire cruelles, qui s’immiscent de plus en plus fréquemment. L’axe s’incurve franchement… Fascinant. Mais j’ai fini par craquer. Abandon devant l’insupportable malgré mon envie de suivre le déroulé jusqu’au bout. Brillante parabole de la folie sous-jacente au monde moderne qui se bouche les oreilles.

 

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Jean Giono, Le hussard sur le toit

Cirque de Navacelles, la Vis - Jean Giono, Le hussard sur le toit

Cirque de Navacelles, la Vis

En ce monde nous marchons
sur le toit de l’enfer
et regardons les fleurs.
Issa

Pauvre hussard que je croyais un classique et dont pas un exemplaire ne figure au catalogue des bibliothèques de Toulouse. Empoussiéré le hussard, que j’ai fini par dénicher à Saint Affrique, pas en rayon, non, mais au fond de la réserve des oubliés. La bibliothécaire qui est parti à sa recherche avec lampe frontale et hardiesse s’est presque excusée de me prêter un livre aussi vieux, jauni et délabré.

Le soleil n’avait plus de corps; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon. (127)

Entrer dans les premières pages par un été si long, si sec et si écrasant que celui de cette année est une expérience quelque peu éprouvante. On a pas envie d’y être et on est immergé en plein. Physiquement et littérairement.

C’est le livre de Jean Giono que j’attendais. Il se déploie dans le sombre, dans ce qui lui semblait être un atroce malentendu général. On avance sans avoir vraiment envie de comprendre tout ce qu’il cherche à nous dire de l’humanité.

Fuyons les routes et les villes, tous les endroits où il y a des gens. (272)

Fascinant dans sa crudité, le récit s’embourbe cependant dans sa parabole. Elle est trop appuyée quand la suggestion aurait suffit. Le lyrisme maniéré des dialogues philosophiques ne m’emballe pas. Ça ne mérite pas pour autant un bannissement des rayons, le cœur humain n’a pas beaucoup changé depuis la dernière guerre.

La Vis

La Vis

La Vis - Demoiselles

La Vis – Demoiselles

 

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John Steinbeck, Des souris et des hommes, lu par Lorant Deutsch, Jacques Gamblin et cie

The Metropolitan Museum of Art, New York 1987.455.13 - John Steinbeck, Des souris et des hommes, lu par collectif

The Metropolitan Museum of Art, New York 1987.455.13

Encore un de ces livres inclus dans les programmes scolaires qui me paraît bien peu approprié après relecture en ma maturité. Des empreintes qui perdurent dans ma mémoire sourdent un sentiment de malaise et de perplexité. Je crois que l’image des souris écrasées par les caresses de Lennie m’avait beaucoup choquée (à quel âge l’ai-je étudié ? 14 ans ? 15 ans ?) Et le contexte historique de la crise de 1929 complètement échappé. Le sentiment malheureux d’être mise face à face avec un texte violent par son propos et ses effets sensibles dans un contexte scolaire auquel je faisais confiance m’avait beaucoup déstabilisée. Toute la misère du monde lancée à pleine force sur le cœur humaniste d’une jeune fille…

La très soignée mise en audio, avec comédiens aguerris – dont un très fort en onomatopées-, musiques originales et rythme parfait donne le sentiment d’être accompagnée, tenue par la main dans cette vadrouille de l’existence aussi fragile que les os d’une souris.

 

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Alix de Saint André, En avant route !, lu par l’auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York X.701.1 - Alix de Saint André, En avant route !, lu par l'auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York X.701.1

Du chemin de Compostelle j’ai souvent croisé des panneaux – c’est à croire que les communes s’empressent de s’estampiller pourvu qu’un trajet possible passe à proximité – et n’ai eu qu’une seule expérience directe. Par un beau matin nous partions pique-niquer dans une forêt quand un drille élancé au pas joyeux s’est attaché à nous comme l’aurait fait un chien qu’une envie de balade démange. D’où venez-vous ? Moi je viens de… cette nuit j’ai dormi à… je suis parti il y a…, son babillage et ses questions nous ont laissés dans une certaine perplexité. Il nous a bientôt distanciés de sa foulée élastique. J’ai compris bien plus tard que c’était un pèlerin, qui dans son aveuglement enthousiaste et consenti, considérait que toute personne marchant sur le même chemin que lui avec un sac-à-dos allait nécessairement à Compostelle…

Pour en revenir au livre, la fraîcheur et la fantaisie de la première partie, qui sautille de courts paragraphes en pirouettes comico-philosophiques, finissent par s’essoufler. Cuistots, maris de passage et ronfleurs prennent le relais. Que de gens sur ces chemins ! Mais peu d’évocations inspirantes des paysages, des oiseaux, des limaces, des zones de vie qu’ils traversent. Ces pèlerins sont décidément de piètres écrivains voyageurs. A chaque fois ils me déçoivent, ne comblent pas l’attente. Trop personnel, ce récit de colo manque d’une ouverture sur l’expérience humaine au sens large. On reste au ras des chaussettes. J’en garderai juste l’évocation de la nature du sol sous le pied qui m’est incidemment revenue pendant une randonnée.

 

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