Annie Duperey, Les chats de hasard, lu par l’auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York 1986.267.52 - Annie Duperey, Les chats de hasard, lu par l'auteur

The Metropolitan Museum of Art, New York 1986.267.52

J’en veux à Annie Duperey d’avoir réussi à me faire pleurer. Petite déjà, me faire manipuler par un film ou un livre au point de verser des larmes m’agaçais et me vexais. Mon premier souvenir très net à ce sujet, c’est E.T. J’avais 8 ans. J’étais très en colère en sortant de la salle. Les séparations déchirantes sont le talon d’Achille de ma sensibilité fictionnelle. La mort des chats m’a donc remuée. Annie Duperey est une excellente conteuse, sa voix fluide et naturelle entoure les épaules, prend dans ses bras le corps de l’auditeur. Elle vient caresser les centres émotionnels, mais sans surcharger. Sa délicatesse à notre égard lui interdit de verser dans l’excès d’épanchement autant que dans une séduction outrée. De jolis moments, des réflexions qui font mouche, sur ces grâces de l’existence qu’apportent les rares et véritables chats de hasard (j’en ai un au potager).

 

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Patti Smith, M Train

Peyreleau, la Jonte - Patti Smith, M Train

Peyreleau, la Jonte

Il y a certains livres que j’ai adorés et dans lesquels j’ai vécu, et pourtant je ne m’en souviens pas. (174)

C’est dans un univers singulier que nous invite à entrer Patti Smith. Une chambre aux murs constitués de livres, traversée par un chemin sinueux de petits cailloux, autour duquel sont soigneusement éparpillés manteaux, chapeaux de cow-boy, pots de peinture, polaroids. Les portes, oniriques, flottent dans l’espace. En enfant orpheline des beats disparus, elle se nourrit du sens secret que dégagent ses objets, vagabonde d’images mentales de lectures en ruminations, associe le rêve à la créativité. On est très loin d’une posture artificielle. Patti Smith se nourrit de poésie, ses mouvements sont portés par la plume des écrivains qu’elle affectionne, sa respiration se fait au rythme des mots. J’ai rarement rencontré une telle harmonie où vie ordinaire et extraordinaire sont mêlées sans que l’une ne gêne l’autre. Son contact avec le fictionnel augmente sa réalité, lui permet d’échapper à la tyrannie du prétendu temps, fermente et mature en tout lieu et à toute heure. La réinvention d’elle-même qu’elle offre à travers ce livre, à la fois authentique et follement littéraire, est un beau cadeau.

Il existe deux sortes de chefs d’oeuvre. Il y a les œuvres classiques, monstrueuses et divines telles que Moby Dick, Les hauts de Hurlevent ou Frankenstein ou le Prométhée moderne. Puis il y a ces textes où l’auteur semble infuser une énergie vitale dans les mots tandis que le lecteur est secoué comme dans une machine à laver, essoré et suspendu pour le séchage. (103)

Peyreleau - La Jonte

Peyreleau – La Jonte

La Jonte - Demoiselle

La Jonte – Demoiselle

La Jonte - Demoiselles

La Jonte – Demoiselles

La Jonte - Demoiselle

La Jonte – Demoiselle

La Jonte - Demoiselle

La Jonte – Demoiselle

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Joseph Kessel, Fortune carrée

Joseph Kessel, Fortune carrée

Quand j’avais une dizaine d’années et que je me refusais à fréquenter le rayon enfant de la bibliothèque de Fontainebleau malgré les incitations appuyées des dames chargées de l’enregistrement, je me suis prise d’amour pour Joseph Kessel. Joseph Kessel, les loups et les sorcières, les trois pôles d’attraction du rayon adulte qui magnétisaient mes envies de lecture. Je me souviens avoir dévoré cette Fortune Carrée, sans vraiment bien saisir autre chose que le paysage et une fougueuse image de liberté. Vaine tentative pour le relire aujourd’hui. Un trop-plein de dithyrambes, les aventures guerrières et un Orient musulman mystérieux incitant à la fascination, ont vite épuisé ma bonne volonté. Il vaut mieux laisser voguer la couverture de ce livre sur la mare un peu trouble de mes fantasmes enfantins et ne plus l’ouvrir.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Léon Tolstoï, La Guerre et la Paix, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 1984.1203.9 - Léon Tolstoï, La guerre et la paix, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 1984.1203.9

Ce n’est finalement pas si fastidieux. Quelques notes prises sur les protagonistes pour se les caler dans l’esprit et c’est parti. L’interprétation d’Eric Herson-Macarel coule comme une source. Il nous offre de beaux personnages, vivants, vibrants, riches de toutes leurs nuances. Ils évoluent, prennent des décisions, se trompent, s’emballent. Toute la force romanesque tient dans cette liberté que Léon Tolstoï leur délègue. Lui se préoccupe de théories sur l’histoire, de démontrer que les grands hommes ne sont rien par eux-mêmes. À charge pour Natacha, Nicolas ou la princesse Marie de développer leur existence propre et de distraire le lecteur. À partir de la prise de Moscou, j’ai trouvé que la construction était moins soignée, le suivi des existences plus aléatoire, moins naturel, plus contraint. On s’enfonce dans la boue de la guerre et le chaos. Bien sûr j’ai écouté les passages théoriques d’une seule oreille et bazardé toute la fin, surtout parce que Léon Tolstoï se répète beaucoup. Mais c’est une lourdeur qui passe en souterrain. La lumière de Pierre, quêteur spirituel maladroit et empêtré de lui-même, continue de nous interroger sur l’énigme de la vie une fois le livre achevé.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Patricia Reznikov, La transcendante

Parc naturel du Haut-Languedoc, lac de Vésoles - Patricia Reznikov, La transcendante

Parc naturel du Haut-Languedoc, lac de Vésoles

Dites franchement que ce je raconte n’a aucune originalité ! (71)

Et bien si vous me tendez la perche, si vous m’incitez à vous répondre,… vous m’ôtez les mots du stylo…

Transcender est un verbe que j’affectionne et que j’utilise avec respect et gourmandise spirituelle. D’où un coup au cœur immédiat devant le titre de ce livre. Je m’en suis fait tout une imagination, le nom à consonance russe de l’auteur m’ayant transportée dans l’attente d’un récit puissant et dur, porté par un questionnement existentiel venant des tripes…

Je compris alors que la vie était courte. Tragique. Précieuse. (199)

Et voilà tout ce que j’ai reçu en échange. Dès le deuxième paragraphe de la page 9, j’ai senti que quelque chose clochait. Le style était plat, le propos banal, nourri de lieux communs. Tout se déroulait trop vite, comme s’il fallait absolument aller de l’avant dans le récit, ne pas laisser de temps morts s’installer. C’est pourtant un bon ingrédient, la mort, quand on prétend s’intéresser à l’existence. Patricia Reznikov, ceci dit, ne lésine pas sur les ingrédients fictifs – ceux qu’on affiche sur les pots de yaourts mais qui en fait ne sont que des arômes chimiques. A croire qu’un ordinateur lui a sorti une liste de mots à placer de manière à créer un état de réceptivité dans le cerveau du lecteur : Montparnasse, pancakes, muffins, chat. Sans compter le coup du schizophrène. Puis celui de l’amérindien. Pour ce qui concerne la littérature, sujet principal de la recherche à temps perdu de l’héroïne, on assiste à un étalage permanent de culture prémâchée, prédigérée par la salive de l’auteur, puis déglutie dans le bec des oisillons-lecteurs. Un pourcentage très conséquent de dialogues assurant le rendement et le remplissage des pages. C’est le cas typique d’un roman qui utilise un vrai sujet pour masquer son indigence et sa paresse : un bon gros déballage de transcendalistes, rien de tel pour aveugler un lecteur pas trop regardant.

– Vous savez, me dit-il, que chez certains peuples, les corbeaux sont les gardiens des âmes. (…)
– Ça ne m’étonne pas. Ils ont l’air tout pénétrés de leur mission. Et ils n’ont pas le sens de l’humour. Mais il ne faut pas trop se moquer d’eux, car nous aurons un jour à rendre des comptes ! (271)

M’étonnerait pas que les petites farces et autres crasses en douce aient déjà commencé… Savez-vous seulement ce qu’est un trickster dans les cultures amérindiennes ? Il aurait mieux valu se renseigner avant de véhiculer ce genre de bêtises désobligeantes sur le compte de Corbeau…

Lac de Vesoles - Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles – Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles - Agrion

Lac de Vesoles – Agrion

Lac de Vesoles - Agrion

Lac de Vesoles – Agrion

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Pierre Jourde, La littérature sans estomac

Parc régional du Haut-Languedoc, lac de Vesoles - Pierre Jourde, La littérature sans estomac

Parc régional du Haut-Languedoc, lac de Vesoles

Il s’agit de se demander si la littérature est une image de la littérature ou un acte littéraire. (205)

Publier une critique franchement négative à propos d’un livre demande une certaine audace. Il n’y a qu’à voir sur Babelio, où l’on se trouve rarement face à de belles envolées mordantes. Les notations minuscules ne manquent certes pas. Mais les écrits qui les portent sont souvent timides, prudents, font valoir que ce n’est que leur vision personnelle, voire s’excusent. S’excuser de ne pas avoir aimé un livre ?! Pourquoi devrait-on ménager auteurs et maisons d’éditions, leur octroyer un statut supérieur ? Vive la critique à égalité d’esprit, libre, épanouie et créative pourvue qu’elle soit étayée ! Pierre Jourde y excelle. C’est un vrai bonheur de se plonger dans sa prose enlevée, impertinente, souvent drôle, lexicalement riche, parsemée de formules pimpantes qu’on aimerait lui piquer. Même quand il descend en flammèches des auteurs que j’apprécie, je fonds de plaisir. Je dirais même que je fonds doublement de plaisir car l’expérience sensorielle est d’autant plus forte que son point de vue se démarque et entre en collision avec le mien.

Pourquoi donc le fait de signaler les œuvres de qualité empêcherait-il de désigner clairement les mauvaises ? Jamais les librairies n’ont été si encombrées d’une masse toujours mouvante de fiction. Il faut donner des raisons de choisir. Ce devoir est devenu d’autant plus impératif que les produits sont frelatés. Des lecteurs de bonne foi lisent ces textes et se convainquent que la « vraie littérature » est celle-là. Or une chose écrite n’est pas bonne à lire par le seul fait qu’elle est écrite, comme tendraient à le faire croire les actuels réflexes protecteurs du livre. Tout texte modifie le monde. Cela diffuse des mots, des représentations. Cela, si peut que ce soit, nous change. Des textes factices, des phrases sans probité, des romans stupides ne restent pas enfermés dans leur cadre de papier. Ils infectent la réalité. Cela appelle un antidote verbal. (25)

En plus de nous régaler de ses habiletés littéraires, il met des mots sur la confusion entretenue par la plupart des maisons d’édition et des médias culturels autour de notre perception de la littérature, sur cette évolution de la littérature pour amateurs éclairés vers le créneau vendeur. Il nomme, définit – le roman décoratif, petit récit […] mettant en scène un petit personnage sans identité trop définie […], le tout rapporté dans un langage pas trop compliqué, les romancules qui ne s’engagent pas et qui n’engagent à rien, la littérature microcosmopolite qui nous envoie des cartes postales touristiques du potager du coin. Qu’est-ce qu’une littérature exigeante, de qualité ? Comment ne pas se faire avoir par les coups éditoriaux ? L’essence de la réponse tient tout entière dans notre attente. Distraction ? Questionnement existentiel ? Modification des perceptions ? Aller vers de l’inattendu pour bousculer son train-train ou ronronner sur un canapé ? Se faire croire à soi-même qu’on est dans le vent intellectuel, conforter son identité ? Le champ de possibilités est vaste pour inventer notre relation aux livres. Il ne tient qu’à chacun de faire de la lecture une école de lucidité et de la critique une pratique d’intégrité, citoyens culturels aux consciences éveillés et actives.

Pour Proust, la plus grande intensité de réel – le réel retrouvé – se tient au bout de l’extrême littérature. Car, pour ce qui est du réel, dans la vie, la plupart du temps, nous n’y sommes pas. Nous vivons de rêves. Ecrire consiste à rêver avec une intensité telle que nous parvenions à arracher au monde un morceau. (34)

Paradoxalement, les critiques positives de Pierre Jourde m’ennuient terriblement. Et ce d’autant plus quand elles concernent un auteur dont j’aime beaucoup le travail : Eric Chevillard, dont voilà un aphorisme tout en écho au propos :

Souvent je me demande si je ne perds pas mon temps à défendre de bons livres alors qu’il y en a tant de mauvais à pourfendre.
Éric Chevillard 3051

Lac de Vesoles - Agrion

Lac de Vesoles – Agrion

Lac de Vesoles - Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles – Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles - Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles – Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles - Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles – Sympetrum rouge sang

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Hubert Reeves, L’herbier de Malicorne

Lac de Vesoles - Hubert Reeves, L'herbier de Malicorne

Parc régional du Haut-Languedoc, Lac de Vesoles

Familière des guides naturaliste, dont un certain nombre vivent sur mes étagères, je n’étais pas à première vue très emballée pour suivre Hubert Reeves à travers champs. Encore un de ces jolis livres grand public sans personnalité, me disais-je, tout juste bons à être feuilletés par des ignares romantiques. Mais au fil des herbes, j’ai fini par laissé la rosée se déposer, trouvé du charme à l’attention qu’Hubert Reeves porte aux insignifiantes, aux minuscules, aux snobées à force d’être vues. Combien de fois ai-je marché sur des brunelles, ou écarté des séneçons jacobés de mon bâton sans leur prêter la moindre attention ? Comme s’il fallait être rare ou remarquable pour mériter un nom. Du contexte de Malicorne et de sa temporalité, des points d’apparition familiers à telle ou telle plante, émane une tendresse transmissible et une certaine idée de la beauté.

N.B Le chapitre consacré à la ficaire m’a paru flou. Bouton d’or, pas bouton d’or ? La confusion n’est pas éclaircie.

Parc naturel du Haut-Languedoc - Lac de Vesoles

Parc naturel du Haut-Languedoc – Lac de Vesoles

Lac de Vesoles - Agrions

Lac de Vesoles – Agrions

Lac de Vesoles - Sympetrum rouge sang

Lac de Vesoles – Sympetrum rouge sang

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Henri Bosco, Le mas Théotime

Côte méditerranéenne, Vendres-plage - Henri Bosco, Le mas Théotime

Côte méditerranéenne, Vendres-plage

Car le vieil Alibert croit à la sainteté des bornes agricoles. Un champ ne devient tel, pour sa raison, que s’il a des limites bien établies. (…) Il a horreur des empiétements, même s’ils tournent à son avantage; et il n’est point, pour lui, de culture possible si l’on ne sait au juste où doit s’arrêter le labour et le jet de semailles. Une poignée de grains jetée à l’étourdie, et qui tombe chez le voisin est une impiété grave, et si le voisin, par mégarde, vous gratifie de sa semence, le vieil Alibert en arrache les épis dès qu’ils poussent en herbe, car il prétend les reconnaître parmi les siens. (68)

1945… à lire ce roman on se dit que c’était vraiment une autre époque. Il est le reflet d’une vie paysanne et d’une perception de la femme qui se sont fondus dans l’évolution de la société. On croise toujours des Alibert et des Claudius dans ma campagne, mais ils font figure d’îlots dans un monde qui a changé de perspectives et dont l’angle de vue s’est élargi.

Pascal fait figure d’original et tient en quelque sorte le rôle de l’artiste. Sa vie intérieure intense, sa relation profonde à l’esprit des lieux et son maniérisme sentimental donnent son charme à un récit écrit à l’ancienne, avec soin. La menace qui plane dans les collines rappelle Jean Giono mais sous une tout autre perspective. Point de chamanisme ici, mais la recherche d’une vie morale par la domestication des terres et des eaux sous peine d’être livré aux mystères des forces impulsives et de vivre continuellement dans un état d’ivresse sourde ou de demi-démence. La sauvagerie guette si on ne trace pas correctement son sillon…

C’était la peur qui soulevait en moi une colère contenue, et d’autant plus vive, dont l’amertume coulait déjà dans mon sang si prompt à s’assombrir. Je le sentais qui s’échauffait rapidement et de là provenait ma bizarre inquiétude, comme si, du plus profond de moi-même, une forme encore bien vague se fût détachée, qui me donnait le sentiment d’une intrusion. Quelqu’un semblait s’être glissé dans les parties basses et peu connues de mon âme, et, à travers l’obscurité qui y régnait encore, il cherchait en tâtonnant à arriver jusqu’à moi, déjà troublé par son approche silencieuse. (303)

Les effets de la malveillance, l’obsession, la dépossession de soi sont des points forts du paysage tracé par Henri Bosco. La silhouette du berger aux grands pas suivi docilement par ses trois brebis faméliques a pris valeur symbolique dans mon imagination.

Vendres-plage - Aigrette garzette

Vendres-plage – Aigrette garzette

Étangs de Vendres - Échasse blanche

Étangs de Vendres – Échasse blanche

Vendres-plage - Aigrette garzette

Vendres-plage – Aigrette garzette

Vendres-plage - Foulque macroule

Vendres-plage – Foulque macroule

Vendres-plage - Coucou geai

Vendres-plage – Coucou geai

Vendres-plage - Coucou geai, pie

Vendres-plage – Coucou geai, pie

Vendres-plage - Chardonneret

Vendres-plage – Chardonneret

Vendres-plage - Cisticole des joncs

Vendres-plage – Cisticole des joncs

 

Publié dans Explorations littéraires | Un commentaire

Roger Munier, Haïkus : anthologie

Parc régional du Haut-Languedoc, forêt du Somail - Roger Munier, Haïkus : anthologie

Parc régional du Haut-Languedoc, forêt du Somail

En un mot, j’ai voulu faire oeuvre libre, à partir de travaux éprouvés. (9)

Si le recueil fourmille de poèmes classiques au charme indéniable, je n’adhère cependant pas complètement à la démarche de Roger Munier qui fait ici plus oeuvre littéraire que travail de traduction authentique. La présentation éditoriale est trompeuse. Les haïkus ne sont pas retranscrits à partir du texte original japonais mais se basent sur des traductions en anglais. Le travail de recherche qui a été fait par l’auteur déjoue certainement le contresens, il n’empêche que cela enlève de la saveur à la lecture.

Car de quoi s’agit-il en fait dans le haïku, sinon de susciter par le truchement des mots un mouvement de l’esprit vers la chose comme elle est, dans l’instant de sa révélation soudaine et là ? (9)

Cette fadeur est renforcée par la volonté orientée de l’auteur de mettre en avant sa conception personnelle du haïku. Il y a une espèce d’homogénéité dans les textes. Les différents auteurs se fondent dans une même intention. Ce biais de lecture incite à faire l’expérience de la « certitude de la conscience immédiate » et du « dépassement de notre essence limitée », ce qui peut étayer de futures excursions en terres japonaises, mais réduit, je pense, le champ de compréhension.

L’arracheur de navets
montre le chemin
avec un navet
Issa
(171)

Forêt du Somail - Rec del Bosc

Forêt du Somail – Rec del Bosc

Rec del Bosc - Lézard vert

Rec del Bosc – Lézard vert

Rec del Bosc - Lézard vert

Rec del Bosc – Lézard vert

Forêt du Somail - gravures rupestres

Forêt du Somail – gravures rupestres

Rec del Bosc - Lézard vert

Rec del Bosc – Lézard vert

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Jean-Paul Kauffmann, La chambre noire de Longwood

Massif de l'Aigoual, sources de la Dourbie - Jean-Paul Kauffmann, La chambre noire de Longwood

Massif de l’Aigoual, sources de la Dourbie

Comme tous les captifs, Napoléon s’est battu contre la dissolution. (17)

Je me suis raccrochée à ce livre en des lieux étranges et face à la perspective de longues journées d’ennui froid et gris. Dans des espaces vides trouver des repères, Jean-Paul Kauffmann excelle à cet exercice. Il affectionne les symboles, les images, les jalons. S’imprègne d’une atmosphère à la manière de Maigret.

Ce qui m’excite justement, c’est ce passé que je n’attendrai jamais, le pittoresque que je ne pourrai jamais reconstituer. Comprenez-vous que c’est ce jamais, définitif, irréparable, sans retour qui m’exalte ? (311)

Il donne à cet exil une perspective terriblement romanesque. L’écosystème de Longwood, cette association d’êtres vivants installés en milieu humide est fascinant à observer sous sa plume. Dessèchement, marasme, engourdissement, dépérissement. Un présent qui semble ne jamais s’arrêter. On en viendrait à ressentir de la compassion pour le despotique empereur. Jean-Paul Kauffmann est moins sobre que dans d’autres ouvrages, le verbe s’emballe un peu, ce qui ne gâche pas le charme de l’ouvrage. Un climat prégnant, un fort sentiment de voyage restent collés à mes semelles. La guerre et la paix que j’écoute en parallèle, dans une interprétation d’Eric Herson-Macarel qui coule comme une source, y prend une saveur nouvelle.

Massif de l'Aigoual - Anémone des bois

Massif de l’Aigoual – Anémone des bois

Massif de l'Aigoual - Renard

Massif de l’Aigoual – Renard

Massif de l'Aigoual - Renard

Massif de l’Aigoual – Renard

Massif de l'Aigoual - Renard

Massif de l’Aigoual – Renard

Massif de l'Aigoual - Renard

Massif de l’Aigoual – Renard

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire