Marc Giraud, Fleurs et arbres en bord de chemin

Massif de l'Aigoual, la Dourbie - Marc Giraud, Fleurs et arbres en bord de chemin

Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Gonflé de nature, le livre l’est. A tel point qu’il est tombé avec un naturel désarmant dans la rivière à côté de laquelle j’étais en train de le photographier. Y mettant la même grâce que les couleuvres vipérines qui, détectant un danger, se laissent tomber de la branche ou du rocher sur lequel elles prenaient le soleil. Gonflé d’eau de la Dourbie, on peut toujours le consulter. Les publications Delachaux et Niestlé sont décidément de bonne facture…

Un arbre comme le tremble se souvient d’un coup de vent pendant presque une semaine, puis il finit par s’habituer aux torsions de ses branches. (50)

Une nouvelle pérégrination érudite et sensible en compagnie de Marc Giraud, ça c’est un événement dans ma petite vie de curieuse insatiable ! On le retrouve là où on l’attendait… et là où on ne l’attendait pas. Toujours la même grâce à faire surgir du mille fois vu le détail porteur de sens : l’étagement des feuilles de menthe, les rose et bleu du myosotis… Mais aussi une écriture plus étoffée que dans les deux précédents ouvrages. Cette fois-ci, on emporte une bibliothèque scientifico-ludique dans le sac-à-dos. Le sujet l’a creusé, il a plongé jusqu’au fond des racines.

Suivant le même schéma que pour les animaux, il tente de créer des affinités, une reconnaissance de notre essence commune, à défaut d’une communication chamanique qu’on le sent frémissant d’atteindre. J’avoue que ça ne me déplairait pas, à moi non plus… le chapitre sur les sens n’est pas loin d’en provoquer les prémisses…

[Lu dans le cadre de ces florales Masses Critiques]

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Vipérine

La Dourbie – Vipérine

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Vipérine

La Dourbie – Vipérine

 

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Jean-Paul Kauffmann – Courlande

Cirque de Navacelles, la Vis - Jean-Paul Kauffmann - Courlande

Cirque de Navacelles, la Vis

Nous sommes bel et bien en Europe articulée autour du champ, de la forêt, du clocher. Et de la tradition. Pourtant le rapport de similitude, ce fameux démon de l’analogie, qui permet souvent de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire, n’opère pas ici. (104)

La magie peine à démarrer. L’écriture des débuts est sèche, maladroite, descriptive et directe. Le lancement est laborieux. L’enchantement aérien qui m’emporte au détour de certaines pages dans d’autres récits de Jean-Paul Kauffmann ne passe pas la couverture.

Le paysage courlandais pourrait être banal s’il n’y avait cette torpeur d’une autre époque. (143)

Sauvée par son talent de conteur allié à sa sagacité intellectuelle, tâtonnante, je m’intéresse, tout de même, à la guerre entre la Russie et le Japon de 1904, me réjouis de trouver involontairement un éclairage sur le roman de l’estonien Andrus Kiviräk que j’ai lu juste avant, finis par me laisser imprégner par la transparence de l’air du pays de la désolation heureuse. Au final ? Une certaine perplexité et l’impression d’un voyage flottant dont je sors sans jamais avoir vraiment pris pied.

Toujours cet entre-deux, ce temps vacant, cet état insituable. (153)

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

 

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Andrus Kivirähk, Les groseilles de novembre

Massif de l'Aigoual, la Dourbie - Andrus Kivirahk, Les groseilles de novembre

Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Ce qui intéressait surtout les ancêtres, c’était de savoir si les richesses qu’ils avaient accumulées pendant leur vie étaient toujours là et en lieu sûr. (22)

Foisonnante est la culture estonnienne, inventive et d’un humour parfois acide. Andrus Kivirähk malaxe magie, contes populaires et personnages hauts en caractère en une chronique baroque et pathétique. Kratts, pelunoirs, suce-lait et croque-mitaines grouillent dans la campagne sous le patronage du Vieux-païen. Mais qui des êtres maléfiques ou des humains sont le plus à craindre ? Les démons sont ce qu’ils sont, les bipèdes sont plus ambigus… Dans ce monde archaïque, on a vite fait d’y passer ! En tout cas, on est sûr d’y laisser des plumes, tant y est pratiqué l’art de l’embobelinage.

C’est une curiosité… je ne peux pas dire que j’ai pris un réel plaisir à le lire tout du long, j’ai fait le kratt sur de vastes parties, mais il y a de la parabole à en tirer, des images inhabituelles et un enrichissement de son bestiaire fantastique inconscient.

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Libellule

La Dourbie – Libellule

La Dourbie - Hespéries

La Dourbie – Hespéries

La Dourbie - Papillon

La Dourbie – Papillon

 

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Virginia Woolf, Mrs Dalloway, lu par Sophie Chauveau

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XC.870.742

Sophie Chauveau déroule le fil de sa narration en un flux continu de rivière qui même lorsqu’il trébuche sur un terrier d’Aberdeen reprend rapidement sa fluidité naturelle. Il sied bien au rythme des pensées de Mrs Dalloway, mais gare aux moments d’inattention ! On se retrouve vite en terrain inconnu. Le texte sautille d’un personnage à l’autre comme un moineau qui irait picorer ici et là au gré des miettes et des gourmandises qu’on lui lance, sans s’embêter des règles de convenance. Mrs Dalloway qui n’existe que par son regard, la rencontre de ses sens avec tout ce qui l’entoure, est le papier photographique dont Virginia Woolf se sert pour donner vie à l’activité des rues de Londres. Elle a une écriture singulière, on sent d’emblée une personnalité littéraire. Qui ne m’a cependant pas du tout parlé. Cet environnement mondain et urbain m’a profondément ennuyée et j’ai définitivement décroché bien avant la moitié du chemin.

 

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James D. Doss, La rivière des âmes perdues

Causse du Larzac, Canalettes - James D. Doss, La rivière des âmes perdues

Causse du Larzac, Canalettes

Elle se retourna et parcourut du regard les passagers derrière elle : une femme accompagnée d’un petit enfant; deux religieuses en tout point identiques qui lisaient des romans de Tony Hillerman (…) (164)

Le clin d’œil est fort amusant. Référence que la critique s’est empressée de citer. Nous n’avons pourtant point ici la magie des paysages qui enchante les récits du pays navajo. Et pas de bulletins météo. Seul le canyon del Espiritu impose sa présence et s’inscrit irrésistiblement dans notre géographie littéraire. Par ailleurs, là où Tony Hillerman brodait finement entre croyances et rationalisme, sans jamais prendre parti, James D. Doss matérialise allègrement sorcières et fantômes !

Si j’aime cette série c’est pour Daisy Perika, la vieille chamane, si fragile physiquement, qui fait pourtant face aux esprits les plus rebutants, mais souvent en ragognant. Pour le pitukupf, si déconcertant, dont je ne connais pas d’équivalent dans d’autres traditions. Pour Coyote, vieille connaissance. Et pour l’humour décontracté typiquement américain de ses enquêteurs. Le reste, entre western, énigme qui permet assez vite de connaître l’identité du meurtrier si on la saisit au vol, romantisme langoureux, s’avale sans rechigner en guise d’accompagnement.

Canalettes - Chevreuil

Canalettes – Chevreuil

Causse du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Canalettes

Causse du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Canalettes

 

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M. L. Stedman, Une vie entre deux océans, lu par Martin Spinhayer

The Paul J. Getty Museum - 84.XD.879.164 - M.L. Stedman, Une vie entre deux océans, lu par

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XD.879.164

Pendant trois heures, j’ai trouvé ce livre audio exceptionnellement plat, d’une banalité confondante. Une première scène accrocheuse suivie d’un retour en arrière qui nous raconte tout ce qu’on avait déjà deviné : le boulot décroché, la rencontre, les grossesses. Etant toujours en manque de textes lus j’ai persévéré tout en faisant autre chose : me couper les ongles, voyager en train, faire la cuisine. Jusqu’à la seconde fausse couche. Débauche glauque et sanglante vautrée dans le drame dont le sommet a mis définitivement un terme à mon écoute.

Il jeta un nouveau coup d’oeil aux ombres projetées par le bébé, et, à côté, au gâteau recouvert de son linge, semblable à un frère jumeau sous son linceul. (3:16:40)

Le comparatif entre ce bébé mort et un gâteau a sonné le glas de ma patience. Métaphore biblique ? Tentative poétique ? La platitude qui patine sans efforts sur des clichés passe encore, le mauvais goût, non.

 

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John Haines, Vingt-cinq ans de solitude

Massif de l'Aigoual, sources de la Dourbie - John Hains, Vingt-cinq ans de solitude

Massif de l’Aigoual, sources de la Dourbie

Les jours et les années passent ensemble. (110)

La préface est à elle seule fort belle, puissante dans son propos, et fait surgir l’essence de ce que j’aurai aimé exprimé à propos de ce livre. La temporalité, la disparition des êtres et des environnements, l’intériorité, la quête d’une existence accomplie en sa plénitude. D’une apparente rudesse – John Haines démarre fort, en nous mettant face à face avec l’acte qui consiste à tuer un animal – s’extirpe un esprit profondément poétique, contemplatif. Ce qui fait toute la force et l’authenticité du récit. De journées remplies d’actes nécessaires à la survie – faire face au froid intense, gérer les sources de nourritures, construire de ses mains cabanes et embarcations – il trace une expérience qui plonge aux racines de l’être qui a soif de fortune spirituelle. Il ne se donne pas la peine de faire des chutes pour clore ses chapitres, comme s’y appliquent nombre d’auteurs contemporains, mais glisse souvent vers le rien, le paysage, la lumière, le craquement de la glace. Je n’aurai ni la force physique, ni la force mentale pour mener une pareille existence, mais nous nous rejoignons dans cette même conscience cyclique des saisons, cette présence primitive qui s’inscrit dans une sorte de temps du rêve au sens antique et tribal du terme.

En revivant des fragments de ce récit, j’ai l’impression d’avoir erré à travers toutes sortes de périodes historiques, d’ères géologiques et d’état mentaux, pour retrouver toujours mon point de départ, un pays à la fois singulier et idéal. Peut-être ce livre parle-t-il également du Temps – de l’impression qu’il nous laisse, du moment où certains événements ont lieu. Il ne suffit pas d’additionner les années du calendrier pour rendre compte de ce parcours où l’on entre et sort du temps à loisir. Dans cette perspective, il n’y a ni progrès, ni destination finale, car l’essence des choses est connue de toujours, le lieu ultime atteint depuis longtemps. (11)

Mais c’est dans la clarté et la force brève d’une rencontre avec la nature, dans ce témoignage d’amour, et – puisque c’est d’un livre dont il s’agit ici – dans les souvenirs qu’on rappelle à soi pour les conter, que l’on peut recouvrer certains moments vitaux de cette expérience. Ils recèlent cette vitalité première de l’existence sans laquelle il n’est aucun art possible, aucune approche spirituelle, aucun rapport authentique au monde. (12)

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual – Mare à têtards

Massif de l'Aigoual - Têtards

Massif de l’Aigoual – Têtards

Massif de l'Aigoual - sources de la Dourbie

Massif de l’Aigoual – Sources de la Dourbie

La Dourbie - Truite

La Dourbie – Truite

 

 

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Lian Hearn, Le Clan des Otori, tome 2 : Les Neiges de l’exil, lu par Thierry Hancisse

The J. Paul Getty Museum - Lian Hearn, Le Clan des Otori, tome 2 : Les Neiges de l’exil, lu par Thierry Hancisse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XO.613.54

Allons bon, on a droit à une prophétie maintenant. Et à une orientation résolument féministe. Girl Power ! Pas mal de sang, des sabres qui volent dans les airs. La poésie est écharpée au profit des conflits qui s’annoncent. C’est amusant à écouter en livre audio, en faisant autre chose, le ménage ou du tricot, avec tous ces bruitages et ces ambiances sonores qui déboulent dans les oreilles. Mais maintenant que les amants sont réunis, j’ai mon content. La suite ne m’intéresse plus guère. Je les laisse à leurs royaumes, à leur génétique et à leurs héritages.

 

 

 

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John Gierach, Truites & cie

Monts de Lacaune, forêt du Somail - John Gierach, truites & cie

Monts de Lacaune, forêt du Somail

J’ai calé mon rythme de lecture sur celui de la pêche, ce qui m’a fait passer un temps fou avec ce livre. Quasiment trois semaines. C’est notablement long par rapport mes habitudes. Je n’avais même pas envie de le quitter. Mais les impératifs de la bibliothèque m’ont décidée à accélérer, sur la fin. C’est-à-dire à reprendre un tempo habituel. Avec une légère frustration. Mêlant entomologie et loisirs créatifs, il n’est pas étonnant que je trouve mon compte avec la pêche à la mouche. Et en même temps, je n’éprouve pas spécialement le désir de m’y initier. Une approche confortable et paresseuse par livre interposé me nourrit amplement et m’apporte toute satisfaction. Sans identification, comme lorsqu’on est adolescent. Juste pour la curiosité, la plume joviale de John Gierach, pour côtoyer un univers dans lequel je ne mettrai sans doute jamais les pieds, bien que je fréquentasse assidûment quelques bonnes rivières à truites, mais pour d’autres raisons.

Monts de Lacaune - Rec del Bosc

Monts de Lacaune – Rec del Bosc

Forêt du Somail - Gravures rupestres

Forêt du Somail – Gravures rupestres

Forêt du Somail - Rec del Bosc

Forêt du Somail – Rec del Bosc

 

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Léon Tolstoï, La mort d’Ivan Illitch, lu par Christophe Lemée

National Gallery of Art - La mort d'Ivan Illitch de Léon Tolstoï lu par Christophe Tomée

The National Gallery of Art, Washington 1943.8.16875

C’est lourd, c’est pesant. La lecture manque d’une pointe d’ironie, de raillerie, qui mettrai l’absurdité en valeur. et donnerai au moins une vision baroque de l’existence. J’ai manqué d’accroche. On voit bien où Tolstoï veut nous mener; la mort qui volette sans qu’on y puisse rien, l’environnement qui n’offre aucun secours et qui se voile la face, la vanité de l’homme et son désarroi quand tout s’effondre. Et à la fin ? Dieu ? Oui, mais à travers une simple lueur qui ne nous apprend rien de plus. Ivan s’est peut-être résorbé en paix, la lectrice reste sur sa fin. Tout ça pour ça… beaucoup de questions et pas de réponse.

 

 

 

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