Alice Munro, Rien que la vie

Caraman - Lac de l'Orme Blanc - Alice Munro, Rien que la vie

Caraman, lac de l’Orme Blanc

Les gens disaient toujours que cette ville ressemblait à un enterrement de première classe, mais en fait, quand il s’y déroulait un véritable enterrement, elle affichait aussitôt son air le plus vivant. (168)

Je m’étonne souvent de ne plus avoir d’attachement pour les livres, l’objet livre, ma bibliothèque est minuscule alors que j’en dévore plus que de raison. Cela tient sans doute à ce verbe-même, dévorer. Telles une nourriture, du pain, du raisin, de la confiture, j’absorbe les pages et ne m’attend donc pas à les conserver matériellement. Au contraire, elles m’encombrent. Il en va particulièrement de même pour les nouvelles d’Alice Munro. Je prends un plaisir immense à les découvrir, à creuser leur sens, mais une fois le livre refermé, la plupart du temps, je suis incapable de me rappeler du détail des histoires, des personnages.

C’est qu’elle se joue du temps et des identités sociales. Se concentre sur l’élan vital qui anime les êtres, les porte à prendre telle ou telle décision. Elle se place au niveau du temps de l’esprit où un instant peut avoir autant d’importance dans une vie qu’une décennie. Où des courants de sentiments, d’attachements, de questionnements glissent sous la surface jusqu’à ce que les circonstances fassent de nouveau surgir leur voix. Il y a une telle clarté dans l’écriture d’Alice Munro, une telle évidence dans la poursuite du dialogue intérieur, que cela fait du bien. Elle rend forte au sein des réalités changeantes et du vide d’où naissent les champs du possible.

Sidobre

Sidobre – Crémaussel

Sidobre

Sidobre – Crémaussel

Sidobre - Crémaussel

Sidobre – Crémaussel

Sidobre - Crémaussel

Sidobre – Crémaussel

Caraman Lac de l'Orme Blanc - Grimpereau des jardin

Lac de l’Orme Blanc – Grimpereau des jardin

 

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Cilla et Rolf Börjlind, Cinq lames d’acier, lu par Hélène Lausseur

The New York Public Library 468662 - Cilla et Rolf Börjlind, Cinq lames d'acier, lu par Hélène Lausseur

The New York Public Library 468662

Très similaire au premier dans ses maladresses, ses rebondissements attendus et le développement psychologique des personnages dont les traits atypiques sont surlignés au crayon gras. Vengeance, empathie fournissent le carburant au moteur de l’intrigue. Émotions fortes assurées pour les personnages mais peu d’enjeux pour l’auditeur. Se laisse écouter comme une série B.

 

 

 

 

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Honoré de Balzac, Le colonel Chabert

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2001-7-28-2 - Honoré de Balzac, Le colonel Chabert

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-2001-7-28-2

J’avais d’autres projets de lecture, mais au sortir du voyage Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann, le colonel Chabert s’est imposé à moi. Jean-Paul Kauffmann en a du reste si bien tiré la substance en matière d’identité, de dépouillement, de mort sociale, que ce fut une découverte déjà habitée d’un regard éclairé. Moins de fraîcheur mais plus de lucidité. Au-delà de sa grande justesse existentielle, j’ai trouvé le texte plaisamment romanesque dans sa première partie, un peu trop appuyé dans la seconde et lapidaire sur la fin. Une construction volontaire et orientée au-delà de l’histoire qui déroute et attire l’attention.

 

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Marin Ledun, Au fer rouge, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 49.70.49 - Marin Ledun, Au fer rouge, lu par Éric Herson-Macarel

The Metropolitan Museum of Art, New York 49.70.49

Je suis involontairement tombée sur la suite de L’homme qui a vu l’homme, lu en d’autres temps. Marin Ledun a l’art de nous faire patauger dans la fange avant d’éclairer subtilement la situation. Chacun avance dans l’histoire selon son intérêt, sa lucidité, son attention. Sombre, glauque, puant, j’ai par moment décroché. Je ne trouve pas que ce Fer Rouge apporte grand-chose de plus au premier roman. Des situations différentes, des règlements de compte, un nouveau cercle de violence qui débute. Le business de la peur, c’est moche. Pourriture à tous les étages. Impasse. And so what ? On termine la lecture la tête la première dans un mur épais.

 

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Jean-Paul Kauffmann, Outre-terre

Cirque de Navacelles, La Vis

Se souvenir ne consiste pas à battre le rappel incessant du passé, mais à éliminer, en tout cas à opérer un choix, pour que la trace affective soit plus nette. (278)

De nouveau immergé en terre incertaine, Jean-Paul Kauffmann maîtrise le flou en Russie avec plus d’habileté qu’en Courlande. Il est moins volatile. La gravité atmosphérique de Kaliningrad, peut-être, qui ancre les mots dans la neige. Ou le sujet lui-même qui se prête à la lourdeur même s’il s’inscrit dans un de ces lieux qui n’entretiennent aucune illusion que Jean-Paul Kauffmann affectionne. J’étais curieuse de découvrir comment il allait s’y prendre pour m’intéresser, m’enchanter avec pour point de départ Napoléon Bonaparte et la bataille d’Eylau – évocations mornement rébarbatives en mon esprit.

Malgré toutes les phosphorescences du souvenir et les ensorcellements de la littérature, l’articulation entre le passé et le présent restera toujours une illusion. On peut inventer des images, en combiner de nouvelles, l’emboîtement de l’imagination à ce qui fut ne s’ajustera jamais vraiment. (92)

Je crois que la magie de ses écrits est fille de son grand esprit de synthèse, de mise en relation. De faits en images, de perceptions en connaissances, il crée un réseau de sens. Il sait tout à la fois suivre ses folies et construire des analyses en maintenant les deux en leur juste équilibre, ce qui est un tour de force. S’en dégage une place, où que l’on soit dans le monde, où se tenir sur ses pieds la colonne vertébrale droite et le regard conscient. En homme qui est allé au-delà de son identité, il tire de son environnement un faisceau d’existence.

J’ai mis longtemps à comprendre que le passé n’était pas un refuge. Il ne me console aucunement de la médiocrité d’aujourd’hui. C’est la mise en absence qui m’émeut, le signe irrémédiable qu’il manquera toujours quelque chose. Seuls des personnages de roman comme le colonel Chabert parviennent à combler le vide. (122)

Et bien soit, allons voir Chabert maintenant !

La Vis _ Gerris

La Vis _ Gerris

La Vis - Demoiselle

La Vis – Demoiselle

Navacelles - Cimetière

Navacelles – Cimetière

 

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Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, lu par Hélène Lausseur

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1974-83 - Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, lu par Hélène Lausseur

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-T-1974-83

Ce n’est pas un polar bien qu’il y ait un mystère. Ce n’est pas un livre drôle bien qu’il y ait des touches de dérision. Ce n’est pas un roman jeunesse bien que la simplicité de l’histoire rappela Fantômette. Un livre choral ? Un peu, mais tellement délayé qu’on en boirait pas si c’était du jus de poire. L’intrigue n’est construite que de prétextes. Pseudo-existenciel, pseudo-humaniste, pseudo-politique, écrit sans aucun charme, aucune grâce, aucune personnalité, comme on fait de nos jours. Fadasse et quelconque en somme. Navigant de façon ambiguë entre la boutade et la terrible gravité de son sujet. La désinvolture est mal dosée.

 

 

 

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Jean Giono, Un roi sans divertissement

The Metropolitan Museum of Art, New York 17.120.209 - Jean Giono, Un roi sans divertissement

The Metropolitan Museum of Art, New York 17.120.209

Je le sais que tout irait sur des roulettes, s’il y avait des roulettes. Mais il n’y a pas de roulettes. A l’endroit où il devrait y avoir des roulettes il y a des boulons. (161)

J’ai longtemps fantasmé sur le titre de ce roman qui m’évoquait une pièce de théâtre dans la même veine que Le roi se meurt, une tragédie douce-amère aux accents ironiques. Tragédie il y a effectivement, mais plutôt sur le versant malaise. Je suis ressortie déstabilisée de ces écrits de derrière le rideau de nuages, féroces et fraternels à la fois.

On avait affaire à quelqu’un qui ne s’embarrassait pas de figurer ou non dans les Fables de La Fontaine. (120)

J’ai eu l’impression tout d’abord de retrouver la plume qui avait tracé Colline : l’inventivité des mots et des expressions, la menace, la lourdeur, le petit humain cerné de forces qui veulent l’engloutir. Puis passé la battue au loup je n’ai plus rien compris. La brodeuse, le mariage, la fascination magnétique exercée par Langlois n’ont fait qu’imprimer une perplexité grandissante dans mon cerveau. L’arrière goût glauque qui me restait dans la gorge à la fermeture du livre ne me motivant pas à en laisser infuser le sens en moi-même, j’ai cherché et trouvé une analyse approfondie sur Wikipédia. Qui met le récit en valeur et l’éclaire d’un jour fascinant. À ne lire que doté d’une solide maturité intrépide.

 

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James D. Doss, Les ossements du chaman

Massif de l'Aigoual, lac des Pises - James D. Doss, les ossements du chaman

Massif de l’Aigoual, lac des Pises

Il se réveille de la réalité de ses rêves… retourne dans le monde irréel où le soleil est implacable, la nuit d’un froid insoutenable, où le vent n’arrête jamais de fouetter les pans dépenaillés de sa tente de fortune. (235)

Au fil de ses romans, James D. Doss joue de plus en plus du rêve et de la vision, du fantasme et de la tradition dans un entremêlement qui ne manque pas de justesse. Il semble avoir fait sienne la pensée de Peau de la Vieille Hutte : Well, sometimes the magic works, sometimes it doesn’t. L’enquête est guidée autant par les talents de fouineur de Charlie Moon que par le sixième sens pour l’invisible du matukach Scott Paris. Il n’y a cependant rien de confortable ou de rassurant à gagner dans la quête ou l’utilisation du Pouvoir. Dans cet univers où vit la tribu autrefois féroce des Utes du sud, où les chamans chantent l’Hymne à la joie et où la mort s’appelle Qui Est-Ce, les ombres rôdent et le savoir n’est pas toujours un atout… mais l’espièglerie est une valeur sûre pour sauver son âme.

Massif de l'Aigoual - Papillon

Massif de l’Aigoual – Papillon

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual - Rouge queue

Massif de l’Aigoual – Rougequeue

 

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Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, lu par Marina Moncade

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-F01124-5 - Elena Ferrante, L'amie prodigieuse, lu par Marina Moncade

The Rijksmuseum, Amsterdam RP-F-F01124-5

Intriguée par l’émotion qui transparaissait dans la voix de Nelly Kapriélan parlant de cet auteur, j’ai pris ce livre audio – sans aucune conviction toutefois, les recommandations du Masque et la Plume m’ayant fort souvent dépitée. Et je suis tombée sur l’exception qui me poussera toujours à avoir un titillement d’envie quand j’entend une critique pleine d’envolée. Pleine de charme, riche, complexe, originale, autant dans son propos que dans sa construction, cette amie prodigieuse a accompagné mon mois de juillet de son soleil napolitain dur et tendre. Marina Moncade, que je n’avais jamais entendue, se fond avec vie et naturel dans la langue, la peau de tous les personnages et dans la ville elle-même.

 

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Arnaldur Indridason, Le lagon noir, lu par Jean-Marc Delhausse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.812.26 - Arnaldur Indridason, Le lagon noir, lu par Jean-Marc Delhausse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.812.26

Erlendur et Marion sont crispés, secs, tenaces, coincés. L’enquête ne réserve aucune surprise. Le sujet de la base américaine permet juste d’assembler les briques d’un roman sur ses fondations. Dire que je me suis totalement ennuyée serait mentir. Mais supposer que cela ait apporté quoi que ce soit à ma vie de lectrice aussi. A n’ingérer qu’en cas de pénurie majeure de polars audio.

 

 

 

 

 

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