Daphné du Maurier, Les parasites

Vabres l'Abbaye - Les parasites de Daphné du Maurier

La tragédie de l’existence, songeait Niall (…), n’était point que les gens mourussent, c’était qu’ils fussent morts pour vous. (289)

Le roman part d’une dynamique pétillante – le trio des enfants Delaney emportés par le tourbillon artistique de leurs parents – pour s’enfoncer progressivement vers un constat désolant. La dextérité de Daphné du Maurier à camper un caractère, à saisir le jeu de l’identité sociale, prennent ici une saveur amère. On y trouve nombre de thèmes touchant de près à sa vie personnelle. Le plus marquant étant cette scène où Maria, abandonnée par sa nurse le temps d’un après-midi, ne sait que faire pour apaiser son bébé. Mais la construction statique du récit augmente le sentiment de tristesse et étouffe le piquant qu’aurait pu instiller l’ironie mordante qui sous-tend son regard. Niall, Maria et Celia sont parfois trop typés dans leur rôle respectif. Le défilé de souvenirs évoqués sur canapé alourdit le rythme. J’ai beaucoup survolé. En ressort un propos sur l’errance identitaire et le mal d’exister qui n’a pas trouvé sa pleine expression.

 

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Si pléthore de violettes en ton jardin, va aux morilles dans le mois qui vient.

Vabres l'Abbaye - morilles

 

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Les fleurs sauvages – Christopher Grey-Wilson

Fleurs sauvages - Gray Wilson

C’est le guide sur la flore sauvage dont je rêvais. Une ribambelle de noms latins dansant avec les représentations bien découpée des fleurs, feuilles et tiges. La classification par famille, genre et espèce est une bonne trame pour l’esprit. Violacées Viola odorata, Violacées Viola arvensis, Violacées Viola tricolor, des fils argentés sont lancés dans l’espace de la mémoire et tissent un réseau de liens qui solidifie l’identification. Le lamier pourpre se trouve en cousinage avec la mélitte à feuilles de mélisse, l’anémone pulsatille avec la renoncule âcre (bouton d’or), et les inconnus se faufilent naturellement et s’insèrent dans les parentés.

 

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Daphné du Maurier – Rebecca

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - Rebecca de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, cirque du Brias

De la magie, tout de suite. Un récit fluide, d’un grand naturel, vivant, toujours juste, sauf peut-être à la fin, où la construction, de rebondissements en rebondissements, traîne en longueur. Le décor est partie prenante des émotions des personnages. La mer, les mouettes, la brume, la moiteur et l’électricité de l’air élargissent le champ et ouvrent le tableau sur un vaste paysage psychologique. De son humour ironique et de son habileté particulière à saisir les conventions sociales, Daphné du Maurier tire un roman sur l’illusion et la dissimulation, la fausseté des apparences dont on s’arrange bien volontiers, craignant le déchirement du voile et la nudité de la réalité.

 

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Les Incroyables Histoires naturelles de Jean-Henri Fabre

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - J.H. Fabre

Causse du Larzac, cirque du Brias

Quel spectacle, au printemps, sous une taupe morte ! L’horreur de ce laboratoire est une belle chose pour qui sait voir et méditer. (54)

Qui habite autour de Millau ne peut ignorer le nom de Jean-Henri Fabre, naturaliste du XIXe siècle originaire de Saint-Léons. Habité d’un amour inné pour les insectes, observateur passionné, son attention s’est portée toute sa vie vers le minuscule. Regardant, récoltant, élevant, goûtant même, c’était un expérimentateur pourvu de peu de moyens mais animé d’une curiosité énergique et inaltérable.

C’est là ce que je désirais, hoc erat in votis : un coin de terre, oh ! pas bien grand, mais enclos et soustrait aux inconvénients de la voie publique; un coin de terre abandonné, stérile, brûlé par le soleil, favorable aux chardons et aux hyménoptères. (21)

Son écriture à l’élégance délicieusement ancienne, concentrée, attentive au moindre détail et soucieuse de clarté raconte des histoires autant qu’elle instruit. Un vocabulaire fourni et précis. Une plume vive et sûre d’elle qui n’hésite pas à interpeller Charles Darwin. En plus d’être un scientifique méticuleux, il était doté d’un vrai talent littéraire. Ce florilège de ses textes les plus marquants, généreusement illustré, est une belle entrée en matière pour approcher cet érudit des champs, ce naturaliste heureux de partager son savoir et ses questionnements.

 

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Le beau livre de la préhistoire, Marc Azéma, Laurent Brasier

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - Le grand livre de la Préhistoire

Causse du Larzac, cirque du Brias

On prend un grand plaisir à sauter d’une page à l’autre, de 36 000 à 12 000 ans, d’un galet peint à une flûte, bonds temporels d’un voyage à travers l’image. Et quand on s’arrête, c’est qu’un mot, une forme, a attiré notre attention et déclenché l’envie de savoir, d’apprendre, de se remémorer. Beau et lourd comme un coffret de bronze, cet ouvrage en a la richesse et la finition. Les illustrations sont d’excellente facture. Les textes concis offrent l’essentiel sans tourner le dos aux incertitudes, à la mouvance des recherches. Les grands classiques – Lascaux, le solutréen, la statuette de l’Homme-lion – côtoient des thèmes moins connus – la tour de Jéricho, la culture natoufienne ou les grandes girafes du Niger. A la fois encyclopédie de référence et porte ouverte à la curiosité, il s’offre à un large public de fouineurs de préhistoire. Dans notre maisonnée, il fait le bonheur des petits-déjeuners. On ouvre au hasard, on décille un oeil encore à moitié endormi mais attiré par la chaleur des couleurs, on écoute la lecture à voix haute du texte qui donne sa saveur au thé du matin, puis on s’en va d’un pas éveillé vers les activités de la journée, la conscience des origines accrochée au corps, de nouvelles perspectives sur sa place dans le monde voletant dans l’esprit.

[Lu dans le cadre de ces volubiles Masses Critiques]

 

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Daphné du Maurier, Le vol du faucon

L’Hospitalet du Larzac - Canalettes - Le vol du Faucon de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, Canalettes

C’est un roman assez barré, italiennement décalé, qui se lit d’une traite. Moi qui avait envie d’une pause, d’une lecture sans enjeu, purement dans le plaisir, j’ai trouvé à me régaler. L’histoire s’anime sans attendre après un lecteur, vit d’une existence propre jusqu’à son final, qu’on soit là ou pas. C’est très reposant. Beaucoup de livres actuels s’agrippent au lecteur, plantent leur crocs dans leurs yeux, leur injectent un philtre d’attachement et de fascination pour exister à tout prix. Daphné du Maurier met au monde un univers indépendant dans lequel on peut entrer ou passer son chemin. Le rythme est parfait, le charme des descriptions rend compte de la réalité de Rufano. Une fois le parti pris de participer, on ne doute pas un seul instant du déroulement des faits. Le glissement de réalité, la modification de la perception, l’effet de foule, irrésistible, suivent leur amplification naturelle, portés par la fougue et l’idéalisme d’une jeunesse pleine d’énergie, prête à se donner à corps perdu.

L'Hospitalet du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

L'Hospitalet du Larzac, canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

 

 

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Daphné du Maurier, L’auberge de la Jamaïque

L’Hospitalet du Larzac - Canalettes - L'auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, Canalettes

Un florilège d’adjectifs et de noms communs, tous plus inquiétants les uns que les autres, cernent le lecteur de toute part. Sinistre, redoutable, perfide, damné vont et se répètent tandis que les ténèbres, les corbillards, les maléfices et les cauchemars tourbillonnent avec le vent des landes. Daphné du Maurier n’y va de main morte pour mettre en scène le danger qui n’a qu’une idée : se jeter sur la courageuse et intègre Mary Yellan. Tout droit inspiré de L’île aux trésor de Robert Louis Stevenson, ce roman d’amour et d’aventures tient ses promesses par la force des caractères qui l’habitent. Mais c’est quand même un peu vieillot.

L'Hospitalet du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

L'Hospitalet du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

 

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Stieg Larsson, Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, lu par Emmanuel Dekoninck

New York Public Library - Allumettes

New York Public Library

Toujours aussi noir, toujours aussi violent, mais beaucoup plus axé sur le journalisme, ce deuxième tome reste dans l’atmosphère attendue. Toujours fascinant parce que moderne, nouveau, inventif, le rythme en est cependant parfois poussif. Mais en livre audio, ça passe très bien. On peut laisser son esprit vagabonder sur la vague du débit vocal.

Lisbeth est un subtil mélange de lucidité, de dureté et de fragilité. Un modèle de féminité atypique. Son incapacité sociale est en balance avec l’humanité de Mikael. La grande force de cette série, c’est la faculté de Stieg Larsson à ne trahir jamais ses personnages, à ne jamais faire de compromis. Il s’amuse plutôt de leurs déconvenues. Comme s’il leur disait, un petit sourire tendre au coin des lèvres : Voyez un peu où vous mène votre foutu caractère !

 

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Hozho, peintures de guérison des indiens navajos, collectif

Causse Noir - Champignon préhistorique - Peintures de sable des indiens navajos

Causse Noir, rocher du Champignon Préhistorique

Car le rêve de Fred Stevens, c’était de voir ses oeuvres exposées dans un musée afin que d’autres puissent partager la culture Navajo. (9)

Ce catalogue d’exposition comporte de nombreuses illustrations, ce qui en fait sa richesse. Ce sont toutes de peintures de sable de Fred Stevens II, le premier hataalii à les avoir fixées sur support. Son style est porté par une grande clarté, un équilibre apaisant et une belle harmonie dans les couleurs, ce qui m’a donné envie de les reprendre en broderie. En faisant des recherches, je me suis rendue compte que ses peintures sèches comportaient beaucoup de gris et peu de bleu, ce qui est inhabituel. Peut-être un choix de l’Écureuil gris (qui était son surnom) pour transférer ce symbolisme du sol des hogans aux murs des musées en les désacralisant par des erreurs ou une neutralité volontaires.

Vivre, c’est rencontrer la maladie mais c’est rencontrer aussi le pouvoir de guérir. (19)

On entend la voix de praticiens navajo, puis celle de ceux pratiquant la médecine occidentale. Parfois les deux se mêlent. Les textes sont surtout axés sur la guérison, la globalité des facteurs qui la soutiennent.

Une frustration naît du manque d’explications concernant le symbolisme des peintures. Sept Voies sont évoquées, mais surtout sous l’angle mythologique. Très peu d’un point de vue graphique.

On ne survit pas dans le désert avec la raison seule. C’est une condition nécessaire : la déraison nous conduirait à l’abandon, à la défaite; mais pas suffisante : la raison ne saurait seuls combler le vide de l’espace, du temps. Que faire en effet une fois accomplies les tâches que la raison réclame ? Que faire quand rien n’est à faire, et que cette évidence s’étend sur toute une vie ? Méditer, axer son esprit sur les grands tracés de la nuit, faire de la connaissance un voyage intérieur, créer de la beauté, déployer sur des hectares de grandes peintures de sable… (14)

Causse Noir - Vautour

Causse Noir – Vautour fauve au-dessus de Peyreleau

 

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