James D. Doss, Le canyon des ombres

Cirque de Navacelles, la Vis - James D. Doss, Le canyon des ombres

Cirque de Navacelles, la Vis

Certaines choses, évidemment, se produisaient, que l’on y croie ou non. (349)

Charlie Moon se glisse avec discrétion et souplesse dans l’univers ébauché de La rivière des âmes perdues. Un petit côté Yakari fait mine de se profiler avant que l’atmosphère ne s’étoffe en densité. C’est un roman assez changeant dont l’auteur finit par manipuler fantastique, spiritualité et enquête avec décalage et une certaine drôlerie. Je me suis fait avoir par l’énigme que je n’ai même pas pensé à décrypter. J’avais été plus alerte dans le premier. La communauté d’Ignacio prend tournure avec sa coloration ute et ses pièces rapportées. On s’attache.

La Vis

La Vis

La Vis - Papillon

La Vis – Papillon

 

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Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd, lu par Thibault de Montalembert

The Metropolitan Museum of Art, New York 39.52 - Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd lu par Thibault de Montalembert

The Metropolitan Museum of Art, New York 39.52

Elle n’est pas affligée de ces curieux gargouillis d’estomac qui semblent si répandus chez les filles lorsqu’elles servent à table. (4:23:20)

Poirot s’introduit dans l’histoire de manière facétieuse et très distrayante. Agatha s’autorise quelques petites pincées d’ironie. On a l’impression que c’est poussif, et puis l’entourloupe finale… Pas mal, pas mal du tout ! Je m’étonne de n’en avoir eu aucun écho auparavant, ayant tant lu ou vu des adaptations de la romancière. Tant mieux, je l’ai découverte avec toute la fraîcheur d’âme souhaitée. Ne pas se laisser prendre par l’illusion collective, telle est la grande leçon d’Hercule Poirot.

 

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Rob Schultheis, Sortilèges de l’ouest

Massif de l'Aigoual, cascade de l'Hérault - Rob Schultheis, Sortilèges de l'ouest

Massif de l’Aigoual, cascade de l’Hérault

Les lignes d’horizon semblaient être à hauteur de cheville, comme si on risquait à tout instant de se prendre les pieds dedans; et rien à quoi se raccrocher. (13)

Très rugueuses, ces échappées belles en territoire de l’ouest nous renvoient irrésistiblement vers la culture américaine des années soixante-dix. Inspiration contestataire et quête mystique s’y frottent et s’y mêlent en une joyeuse pelote. Il suit les traces refroidies d’une rumeur et des commérages échangés autour d’un feu de bois dans des équipées incertaines dont il semble à peu près maîtriser les aspects techniques puisqu’il s’en sort vivant. Avec un pied dans la réalité et un autre dans les fantasmes, il cherche des messages, des présages, se fait des films et des mirages et arrive à rendre tout paysage surréaliste. Il parcourt des lieux qui nourrissent mon imaginaire, canyons, ruines anasazis, pays navajo, en un compte-rendu surprenant et un peu insolent qu’on attend pas au tournant. J’ai fini par m’y faire tout en ne cernant jamais vraiment le bonhomme et en posant quelques réticences à gober toutes ses histoire.

Dans de bonnes mains, la pauvreté tient du grand art. Les Indiens y sont passés maîtres. (107)

Un bel hommage à la survie et à ceux qui s’y collent avec habileté et inventivité. Quelques passages fascinants comme l’immersion dans une assemblées réunie pour un handgame. Le livre fait partie de ces écrits qui s’apprivoisent mieux en plein air.

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual

 

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Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme

Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme

Dans un contexte où les affaires navrantes ne cessent de se multiplier autour de centres occidentaux dévolus au bouddhisme tibétain, le livre de Marion Dapsance a le mérite d’ouvrir la boîte du débat au grand jour. Contrairement à l’étude de Cécile Campergue parue il y a cinq ans, plus universitaire et plus difficile d’accès, le ton journalistique et vivant de cette immersion anthropologique a fait mouche. Grands chevaux et paroles de lucidité sont de sortie dans les milieux concernés. On aimerait que la vague atteigne le rivage des médias nationaux… Tant de situations désastreuses et de dégâts humains ont été générés par des enseignants sans garde-fous, à l’aura garantie par l’exposition ostensible de photos prises en compagnie du Dalaï Lama et autres références fantasmées ou reconnues.

J’avoue que le clou du spectacle a été la liste de tout ce que doit absolument contenir le sac du lama pour aller de sa cabane à son sommet de méditation. À défaut de folle sagesse, c’est le fou rire qui m’a été révélé en un instant. Et ce d’autant plus que j’ai parcouru ce même chemin un jour d’accès libre. Niveau inspiration, je préfère m’en remettre à mon chat. C’est un roi de la détente, du lâcher-prise et du sens de l’adaptation. Niveau conscience, la balle est dans notre camp.

Il est temps d’effriter la statue du Bouddha d’or.

 

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Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée, lu par Philippe Le jour

The Metropolitan Museum of Art, New York 84.XM.631.12 - Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée, lu par Philippe Le jour

The Metropolitan Museum of Art, New York 84.XM.631.12

Crévindiou, que c’est barbant ! Ce n’est pourtant pas faute d’aimer souvent les écrits d’Honoré. J’ai d’ailleurs été fort touchée qu’il s’imagine que nous avions cueilli la bruyère ensemble…

Rappelez-vous cette bruyère que nous avons cueillie, en revenant de la villa Diodati, cette fleur dont vous avez tant loué le noir et le rose, vous devinerez comment cette femme pouvait être élégante loin du monde […] (1:12:08)

Signe d’une connivence par-delà ces limites si contrariantes du temps et de l’espace… mais les « unions purement spirituelles », ça va un temps… quand j’ai vu que Félix et Mme de Mortsauf s’enferraient irrémédiablement dans une relation chaste, j’ai commencé à bailler. Que d’envolées lyriques, que de déclarations d’amour à la Touraine, que de compassion appuyée pour l’aristocratie en peine de royauté. C’est trop, Honoré. Tenons-nous en à la botanique si nous voulons garder de bons rapports…

 

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Marc Giraud, Fleurs et arbres en bord de chemin

Massif de l'Aigoual, la Dourbie - Marc Giraud, Fleurs et arbres en bord de chemin

Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Gonflé de nature, le livre l’est. A tel point qu’il est tombé avec un naturel désarmant dans la rivière à côté de laquelle j’étais en train de le photographier. Y mettant la même grâce que les couleuvres vipérines qui, détectant un danger, se laissent tomber de la branche ou du rocher sur lequel elles prenaient le soleil. Gonflé d’eau de la Dourbie, on peut toujours le consulter. Les publications Delachaux et Niestlé sont décidément de bonne facture…

Un arbre comme le tremble se souvient d’un coup de vent pendant presque une semaine, puis il finit par s’habituer aux torsions de ses branches. (50)

Une nouvelle pérégrination érudite et sensible en compagnie de Marc Giraud, ça c’est un événement dans ma petite vie de curieuse insatiable ! On le retrouve là où on l’attendait… et là où on ne l’attendait pas. Toujours la même grâce à faire surgir du mille fois vu le détail porteur de sens : l’étagement des feuilles de menthe, les rose et bleu du myosotis… Mais aussi une écriture plus étoffée que dans les deux précédents ouvrages. Cette fois-ci, on emporte une bibliothèque scientifico-ludique dans le sac-à-dos. Le sujet l’a creusé, il a plongé jusqu’au fond des racines.

Suivant le même schéma que pour les animaux, il tente de créer des affinités, une reconnaissance de notre essence commune, à défaut d’une communication chamanique qu’on le sent frémissant d’atteindre. J’avoue que ça ne me déplairait pas, à moi non plus… le chapitre sur les sens n’est pas loin d’en provoquer les prémisses…

[Lu dans le cadre de ces florales Masses Critiques]

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Vipérine

La Dourbie – Vipérine

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Vipérine

La Dourbie – Vipérine

 

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Jean-Paul Kauffmann – Courlande

Cirque de Navacelles, la Vis - Jean-Paul Kauffmann - Courlande

Cirque de Navacelles, la Vis

Nous sommes bel et bien en Europe articulée autour du champ, de la forêt, du clocher. Et de la tradition. Pourtant le rapport de similitude, ce fameux démon de l’analogie, qui permet souvent de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire, n’opère pas ici. (104)

La magie peine à démarrer. L’écriture des débuts est sèche, maladroite, descriptive et directe. Le lancement est laborieux. L’enchantement aérien qui m’emporte au détour de certaines pages dans d’autres récits de Jean-Paul Kauffmann ne passe pas la couverture.

Le paysage courlandais pourrait être banal s’il n’y avait cette torpeur d’une autre époque. (143)

Sauvée par son talent de conteur allié à sa sagacité intellectuelle, tâtonnante, je m’intéresse, tout de même, à la guerre entre la Russie et le Japon de 1904, me réjouis de trouver involontairement un éclairage sur le roman de l’estonien Andrus Kiviräk que j’ai lu juste avant, finis par me laisser imprégner par la transparence de l’air du pays de la désolation heureuse. Au final ? Une certaine perplexité et l’impression d’un voyage flottant dont je sors sans jamais avoir vraiment pris pied.

Toujours cet entre-deux, ce temps vacant, cet état insituable. (153)

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

La Vis - Crapaud

La Vis – Crapaud

 

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Andrus Kivirähk, Les groseilles de novembre

Massif de l'Aigoual, la Dourbie - Andrus Kivirahk, Les groseilles de novembre

Massif de l’Aigoual, la Dourbie

Ce qui intéressait surtout les ancêtres, c’était de savoir si les richesses qu’ils avaient accumulées pendant leur vie étaient toujours là et en lieu sûr. (22)

Foisonnante est la culture estonnienne, inventive et d’un humour parfois acide. Andrus Kivirähk malaxe magie, contes populaires et personnages hauts en caractère en une chronique baroque et pathétique. Kratts, pelunoirs, suce-lait et croque-mitaines grouillent dans la campagne sous le patronage du Vieux-païen. Mais qui des êtres maléfiques ou des humains sont le plus à craindre ? Les démons sont ce qu’ils sont, les bipèdes sont plus ambigus… Dans ce monde archaïque, on a vite fait d’y passer ! En tout cas, on est sûr d’y laisser des plumes, tant y est pratiqué l’art de l’embobelinage.

C’est une curiosité… je ne peux pas dire que j’ai pris un réel plaisir à le lire tout du long, j’ai fait le kratt sur de vastes parties, mais il y a de la parabole à en tirer, des images inhabituelles et un enrichissement de son bestiaire fantastique inconscient.

La Dourbie

La Dourbie

La Dourbie - Libellule

La Dourbie – Libellule

La Dourbie - Hespéries

La Dourbie – Hespéries

La Dourbie - Papillon

La Dourbie – Papillon

 

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Virginia Woolf, Mrs Dalloway, lu par Sophie Chauveau

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XC.870.742

Sophie Chauveau déroule le fil de sa narration en un flux continu de rivière qui même lorsqu’il trébuche sur un terrier d’Aberdeen reprend rapidement sa fluidité naturelle. Il sied bien au rythme des pensées de Mrs Dalloway, mais gare aux moments d’inattention ! On se retrouve vite en terrain inconnu. Le texte sautille d’un personnage à l’autre comme un moineau qui irait picorer ici et là au gré des miettes et des gourmandises qu’on lui lance, sans s’embêter des règles de convenance. Mrs Dalloway qui n’existe que par son regard, la rencontre de ses sens avec tout ce qui l’entoure, est le papier photographique dont Virginia Woolf se sert pour donner vie à l’activité des rues de Londres. Elle a une écriture singulière, on sent d’emblée une personnalité littéraire. Qui ne m’a cependant pas du tout parlé. Cet environnement mondain et urbain m’a profondément ennuyée et j’ai définitivement décroché bien avant la moitié du chemin.

 

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James D. Doss, La rivière des âmes perdues

Causse du Larzac, Canalettes - James D. Doss, La rivière des âmes perdues

Causse du Larzac, Canalettes

Elle se retourna et parcourut du regard les passagers derrière elle : une femme accompagnée d’un petit enfant; deux religieuses en tout point identiques qui lisaient des romans de Tony Hillerman (…) (164)

Le clin d’œil est fort amusant. Référence que la critique s’est empressée de citer. Nous n’avons pourtant point ici la magie des paysages qui enchante les récits du pays navajo. Et pas de bulletins météo. Seul le canyon del Espiritu impose sa présence et s’inscrit irrésistiblement dans notre géographie littéraire. Par ailleurs, là où Tony Hillerman brodait finement entre croyances et rationalisme, sans jamais prendre parti, James D. Doss matérialise allègrement sorcières et fantômes !

Si j’aime cette série c’est pour Daisy Perika, la vieille chamane, si fragile physiquement, qui fait pourtant face aux esprits les plus rebutants, mais souvent en ragognant. Pour le pitukupf, si déconcertant, dont je ne connais pas d’équivalent dans d’autres traditions. Pour Coyote, vieille connaissance. Et pour l’humour décontracté typiquement américain de ses enquêteurs. Le reste, entre western, énigme qui permet assez vite de connaître l’identité du meurtrier si on la saisit au vol, romantisme langoureux, s’avale sans rechigner en guise d’accompagnement.

Canalettes - Chevreuil

Canalettes – Chevreuil

Causse du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Canalettes

Causse du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Canalettes

 

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