M. L. Stedman, Une vie entre deux océans, lu par Martin Spinhayer

The Paul J. Getty Museum - 84.XD.879.164 - M.L. Stedman, Une vie entre deux océans, lu par

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XD.879.164

Pendant trois heures, j’ai trouvé ce livre audio exceptionnellement plat, d’une banalité confondante. Une première scène accrocheuse suivie d’un retour en arrière qui nous raconte tout ce qu’on avait déjà deviné : le boulot décroché, la rencontre, les grossesses. Etant toujours en manque de textes lus j’ai persévéré tout en faisant autre chose : me couper les ongles, voyager en train, faire la cuisine. Jusqu’à la seconde fausse couche. Débauche glauque et sanglante vautrée dans le drame dont le sommet a mis définitivement un terme à mon écoute.

Il jeta un nouveau coup d’oeil aux ombres projetées par le bébé, et, à côté, au gâteau recouvert de son linge, semblable à un frère jumeau sous son linceul. (3:16:40)

Le comparatif entre ce bébé mort et un gâteau a sonné le glas de ma patience. Métaphore biblique ? Tentative poétique ? La platitude qui patine sans efforts sur des clichés passe encore, le mauvais goût, non.

 

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John Haines, Vingt-cinq ans de solitude

Massif de l'Aigoual, sources de la Dourbie - John Hains, Vingt-cinq ans de solitude

Massif de l’Aigoual, sources de la Dourbie

Les jours et les années passent ensemble. (110)

La préface est à elle seule fort belle, puissante dans son propos, et fait surgir l’essence de ce que j’aurai aimé exprimé à propos de ce livre. La temporalité, la disparition des êtres et des environnements, l’intériorité, la quête d’une existence accomplie en sa plénitude. D’une apparente rudesse – John Haines démarre fort, en nous mettant face à face avec l’acte qui consiste à tuer un animal – s’extirpe un esprit profondément poétique, contemplatif. Ce qui fait toute la force et l’authenticité du récit. De journées remplies d’actes nécessaires à la survie – faire face au froid intense, gérer les sources de nourritures, construire de ses mains cabanes et embarcations – il trace une expérience qui plonge aux racines de l’être qui a soif de fortune spirituelle. Il ne se donne pas la peine de faire des chutes pour clore ses chapitres, comme s’y appliquent nombre d’auteurs contemporains, mais glisse souvent vers le rien, le paysage, la lumière, le craquement de la glace. Je n’aurai ni la force physique, ni la force mentale pour mener une pareille existence, mais nous nous rejoignons dans cette même conscience cyclique des saisons, cette présence primitive qui s’inscrit dans une sorte de temps du rêve au sens antique et tribal du terme.

En revivant des fragments de ce récit, j’ai l’impression d’avoir erré à travers toutes sortes de périodes historiques, d’ères géologiques et d’état mentaux, pour retrouver toujours mon point de départ, un pays à la fois singulier et idéal. Peut-être ce livre parle-t-il également du Temps – de l’impression qu’il nous laisse, du moment où certains événements ont lieu. Il ne suffit pas d’additionner les années du calendrier pour rendre compte de ce parcours où l’on entre et sort du temps à loisir. Dans cette perspective, il n’y a ni progrès, ni destination finale, car l’essence des choses est connue de toujours, le lieu ultime atteint depuis longtemps. (11)

Mais c’est dans la clarté et la force brève d’une rencontre avec la nature, dans ce témoignage d’amour, et – puisque c’est d’un livre dont il s’agit ici – dans les souvenirs qu’on rappelle à soi pour les conter, que l’on peut recouvrer certains moments vitaux de cette expérience. Ils recèlent cette vitalité première de l’existence sans laquelle il n’est aucun art possible, aucune approche spirituelle, aucun rapport authentique au monde. (12)

Massif de l'Aigoual

Massif de l’Aigoual – Mare à têtards

Massif de l'Aigoual - Têtards

Massif de l’Aigoual – Têtards

Massif de l'Aigoual - sources de la Dourbie

Massif de l’Aigoual – Sources de la Dourbie

La Dourbie - Truite

La Dourbie – Truite

 

 

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Lian Hearn, Le Clan des Otori, tome 2 : Les Neiges de l’exil, lu par Thierry Hancisse

The J. Paul Getty Museum - Lian Hearn, Le Clan des Otori, tome 2 : Les Neiges de l’exil, lu par Thierry Hancisse

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XO.613.54

Allons bon, on a droit à une prophétie maintenant. Et à une orientation résolument féministe. Girl Power ! Pas mal de sang, des sabres qui volent dans les airs. La poésie est écharpée au profit des conflits qui s’annoncent. C’est amusant à écouter en livre audio, en faisant autre chose, le ménage ou du tricot, avec tous ces bruitages et ces ambiances sonores qui déboulent dans les oreilles. Mais maintenant que les amants sont réunis, j’ai mon content. La suite ne m’intéresse plus guère. Je les laisse à leurs royaumes, à leur génétique et à leurs héritages.

 

 

 

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John Gierach, Truites & cie

Monts de Lacaune, forêt du Somail - John Gierach, truites & cie

Monts de Lacaune, forêt du Somail

J’ai calé mon rythme de lecture sur celui de la pêche, ce qui m’a fait passer un temps fou avec ce livre. Quasiment trois semaines. C’est notablement long par rapport mes habitudes. Je n’avais même pas envie de le quitter. Mais les impératifs de la bibliothèque m’ont décidée à accélérer, sur la fin. C’est-à-dire à reprendre un tempo habituel. Avec une légère frustration. Mêlant entomologie et loisirs créatifs, il n’est pas étonnant que je trouve mon compte avec la pêche à la mouche. Et en même temps, je n’éprouve pas spécialement le désir de m’y initier. Une approche confortable et paresseuse par livre interposé me nourrit amplement et m’apporte toute satisfaction. Sans identification, comme lorsqu’on est adolescent. Juste pour la curiosité, la plume joviale de John Gierach, pour côtoyer un univers dans lequel je ne mettrai sans doute jamais les pieds, bien que je fréquentasse assidûment quelques bonnes rivières à truites, mais pour d’autres raisons.

Monts de Lacaune - Rec del Bosc

Monts de Lacaune – Rec del Bosc

Forêt du Somail - Gravures rupestres

Forêt du Somail – Gravures rupestres

Forêt du Somail - Rec del Bosc

Forêt du Somail – Rec del Bosc

 

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Léon Tolstoï, La mort d’Ivan Illitch, lu par Christophe Lemée

National Gallery of Art - La mort d'Ivan Illitch de Léon Tolstoï lu par Christophe Tomée

The National Gallery of Art, Washington 1943.8.16875

C’est lourd, c’est pesant. La lecture manque d’une pointe d’ironie, de raillerie, qui mettrai l’absurdité en valeur. et donnerai au moins une vision baroque de l’existence. J’ai manqué d’accroche. On voit bien où Tolstoï veut nous mener; la mort qui volette sans qu’on y puisse rien, l’environnement qui n’offre aucun secours et qui se voile la face, la vanité de l’homme et son désarroi quand tout s’effondre. Et à la fin ? Dieu ? Oui, mais à travers une simple lueur qui ne nous apprend rien de plus. Ivan s’est peut-être résorbé en paix, la lectrice reste sur sa fin. Tout ça pour ça… beaucoup de questions et pas de réponse.

 

 

 

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Lian Hearn, Le clan des Otoris, tome 1 : Le Silence du Rossignol, lu par Thierry Hancisse

Metropolitan Museum - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol, lu par Thierry Hancisse

The Metropolitan Museum of Art, New York 2015.300.66

Le peu d’attention que l’action demande m’a laissé toute latitude pour me concentrer sur mes travaux de broderie. Des idées originales dans un cadre éculé. Des scènes rapides et des caractères définis d’un trait de pinceau qui se prêtent parfaitement à une mise en audio soignée. Cette aventureuse initiation d’un jeune homme, entre bravoure et droiture à faire vibrer un cœur adolescent, ont dépanné mes heures de travaux à l’aiguille malgré mon âge un peu trop avancé pour ce genre d’enthousiasme valeureux et romantique.

 

 

 

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Paula Hawkins, La fille du train, lu par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz

The New York Public Library G91F314_072F - Paula Hawkins, La fille du train, lu par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz

The New York Public Library G91F314_072F

Cette fille du train se prête merveilleusement au livre audio, à croire qu’on l’a écrit exprès pour ce média. Rythme et alternance des voix, tension et empathie émotionnelle, en font un objet sonore parfait en son genre. C’est pas mal boutiqué. Des ficelles éculées bien recyclées. La force de l’habitude aidant, j’ai rapidement appliqué la loi qui veut que le grand méchant soit le personnage le plus digne de confiance de tout le panel, et deviné qui c’était. Mais ça n’a gâché que la toute fin. Comme quoi on peut faire un bon thriller avec des clichés et des ingrédients convenus – hommes au physique de publicité, femmes fragiles, manipulation larvée – pour peu qu’on frise la marge de leur délitement.

 

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Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, lu par Denis Podalydès

The Rijksmuseum - Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, lu par Denis Podalydès

The Rijksmuseum, Amsterdam SK-A-4857

En-dehors des discours pseudo-philosophiques maniérés de lord Henry et d’un manichéisme péchés/vertu avarié, c’est plutôt une bonne histoire. Adolescente, séduite par l’originalité fantastique, j’avais aimé ça. Aujourd’hui je trouve Oscar Wilde pompeux et assez insupportable dans ses poses d’esthète désincarné fasciné par la perdition. Il y a de multiples pistes de lecture, j’ai aimé suivre celle du mensonge, de la fausse image de soi offerte au monde et devenant une justification intérieure. Denis Podalydès est parfait.

 

 

 

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Si le gel lorgne tes plantules, sors tes vieux draps pour les border sans craindre le ridicule.

Vabres l'Abbaye - Gel au otager

 

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Honoré de Balzac, César Birotteau, lu par Marc-Henri Boisse

The New York Public Library 1541691

C’est pathétique et ça n’en finit pas. De chute en chute, César Birotteau s’enfonce dans la mouise. Naissance de la spéculation immobilière, invention de la publicité, la peinture de cette tranche de société ne manque pas de piquant quand on voit où on en est aujourd’hui en matière de capitalisme, où même le président de la République n’est plus qu’un produit marketing. Les entourloupes financières, chez Balzac, me sont toujours obscures. Le récit en lui-même finit par être lassant, surtout dans ses dernières envolées lyriques mais Marc-Henri Boisse le porte bien.

 

 

 

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