Claudie Hunzinger, La langue des oiseaux

Causse du Larzac, roc du Mérigou - La langue des oiseaux de Claudie Hunzinger

Causse du Larzac, roc du Mérigou

Je me revoie essayer de percer les murs de la réalité de toutes mes forces pour découvrir quelqu’un derrière. Personne. Alors, je me suis arrêtée aux murs, je les ai scrutés. (110)

Il y a de beaux passages, des paquets de phrases finement tournés, poétiquement percutants, immédiatement perçus. Une langue nourrie de tendresse humaine. Mais je n’ai pas marché. La rencontre avec Sayo, hybride de Murakami et de Yoko Ogawa m’a parue mièvre. Claudie Hunzinger part dans un rêve qui vide progressivement les mots de leur substance, ne demeure plus que leur joliesse. Patauger dans les fantasmes des autres ne m’a jamais emballée. Il eût mieux valu percer un trou dans les murs pour effleurer l’essence animale de l’existence. Et puis de toute façon les oiseaux ne chantent pas pour nous. Notre oreille n’est pas faite pour les entendre. La parabole agace d’emblée ma droiture d’ornithologue amateur.

Causse du Larzac - Roc du Mérigou - Lézard vert

Causse du Larzac – Lézard vert

Causse du Larzac - Roc du Mérigou - Iris sauvages

Causse du Larzac – Iris sauvages

 

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Stendhal, Le rouge et le noir

Causse du Larzac - Roc du Mérigou - Le rouge et le noir de Stendhal

Causse du Larzac, roc du Mérigou

Julien ne sut que plus tard quel était le talent, spécial, de l’abbé de Frilair. Il savait amuser son évêque, vieillard aimable, fait pour le séjour de Paris, et qui regardait Besançon comme un exil. Cet évêque avait une fort mauvaise vue, et aimait passionnément le poisson. L’abbé de Frilair ôtait les arrêtes du poisson qu’on servait à Monseigneur. (212)

L’abordage a été laborieux. Stendhal est un homme à virgules. Il avance d’un pas, puis prend des chemins détournés, avant de repartir, dans la même phrase. Les psychologies m’ont donné du fil à retordre. Il m’a fallu user d’une lecture patiente pour que naissent des agrégats de personnages cohérents dans mon imagination. Mais je me suis par contre rapidement délectée du ton incisif, de l’ironie mordante, du regard acéré. Une réflexion sur la nécessité de l’hypocrisie en société et sur ambiguïté des sentiments qui portent les êtres en font un roman déniaisant. Les tâtonnements de Julien, constamment à la marge, au-dessous du ridicule, comme il le dit lui-même, aux prises avec des mondes nouveaux auxquels il confronte son ambition, sont tout à fait fascinants de finesse et de crudité. Je me suis essoufflée devant l’orgueil de Mathilde et les accents mélodramatiques de la fin. Mais une expérience marquante. Assurément pas une harpe éolienne du style !

Causse du Larzac, roc du Mérigou, iris sauvages

Causse du Larzac – Iris sauvages

 

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Honoré de Balzac, La maison du chat qui pelote, lu Alain Lawrence

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The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 83385

En dehors du titre, baroque trouvaille qui donne immédiatement envie de savoir de quoi il retourne, ce félin n’a ni poil soyeux, ni griffes piquantes, et n’offre à la lectrice du XXIe siècle que considérations sur les pures et vertueuses jeunes filles qui succombent sous l’élan des puissantes étreintes des génies. Je ne sais pas comment il faut prendre ce livre. Balzac y fait-il allusion à lui-même ? Est-ce une parabole autour de la puissance artistique, aussi créatrice que destructrice ? Pour le plaisir littéraire, en tout cas, c’est raté. Trop vieillot.

 

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Stieg Larsson, Millénium 3, La reine dans le palais des courants d’air, lu par Emmanuel Dekoninck

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The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 143961

La même histoire est reprise de différents points de vue jusqu’à son achèvement. Journalistes, politiques, police officielle et police secrète, justice, scrutent, décortiquent et fantasment sur Lisbeth. De longues plages de dialogues détaillés, revenant sans cesse sur les mêmes éléments, ont un peu découragé ma lecture en milieu d’ouvrage. Mais l’ensemble garde son originalité et son caractère jusqu’au bout. A noter, une interview de l’éditeur sur la genèse de la publication française dans l’édition audio. Rétrospectivement, après avoir réécouté les trois premiers tomes, le quatrième me semble inutile et décalé, même s’il ne manque pas de qualité en lui-même. Une niche pour éditeurs en mal d’audace.

 

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Anne Hillerman – La fille de Femme-Araignée

Cirque de Navacelles - La Vis - La fille de Femme Araignée de Anne Hillerman

Cirque de Navacelles, la Vis

– C’est sur elle que ma mère plaisantait toujours quand il fallait qu’elle recommence partiellement une tapisserie. Elle m’a expliqué qu’elle contribue à résoudre les complications imprévues de l’existence, qu’elle démêle les situations embrouillées . (62)

Je saurai désormais à qui penser quand je m’emmêlerai les aiguilles dans mes points de broderie : Fille de Femme-Araignée ! Du reste je ne fais jamais de mal aux araignées et elles tissent allègrement leurs toiles dans les recoins de ma maison…

Anne Hillerman reprend le stylo de son père d’une manière émouvante et respectueuse, tendre et créative. De nombreux clins d’œil parsèment le récit, ceux qui ont tout lu se régalent dans la réminiscence des enquêtes passées, entre hommage et remise à plat. Alors, évidemment, quand on ne voit pas de petite note associée au nom de Maxie Davis, qui nous est pourtant bien familier, on se dit qu’il y a serpent sous roche. Bonne idée d’avoir prolongé ce Voleur de temps ! À la fois un des meilleurs romans et celui qui laissait le plus de mystère en suspend. Il faut croire qu’Anne Hillerman n’avait pas apprécié le personnage – assez insupportable – lors de sa première lecture !

Une écriture plus ronde, plus portée sur les sentiments et les émotions. Une attention plus grande envers les éléments de culture navajo. Jim Chee nourrit toujours aussi mal les chats. Les ficelles déclencheuses sont parfois un peu grosses et peu convaincantes (la femme témoin du Canyon de Chaco rencontrée comme par hasard) mais il y a du charme dans cette passation. La magie, cependant, s’est éventée. Chez le père, cailloux et genévriers formaient le socle de l’écriture, le paysage était le générateur de l’intrigue, l’essence vitale des personnages, le souffle même qui animait les mots. Chez la fille, ce n’est plus qu’un décor où se meuvent Bernadette Manuelito, Jim Chee et Joe Leaphorn.

Cirque de Navacelles - La Vis - Moulin de la Foux

Cirque de Navacelles – Résurgence de la Foux

Cirque de Navacelles, la Vis au moulin de la Foux

Cirque de Navacelles – La Vis au moulin de la Foux

 

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Tatiana de Rosnay, Mandeley for ever

Cirque de Navacelles - La Vis - Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

Cirque de Navacelles, la Vis

La forme est assez dérangeante, Tatiana de Rosnay se substituant volontiers à Daphné du Maurier pour dérouler des pensées qui de fait sonnent faux. Entre roman et biographie, sa plume n’a pas tranché, et même si le livre est très bien documenté, on ne peut s’empêcher de le prendre avec un certain recul. Cette appropriation de l’écrivain par sa biographe est très agaçante. L’écriture sans relief, linéaire et froide, n’apporte pas le grain de vie supplémentaire qui donnerait du plaisir à la lecture. La vie est tout étouffée par l’identification larvée qui s’opère entre les deux femmes.

Le grand mérite de l’ouvrage est cependant de mettre en avant le travail d’écrivain de Daphné du Maurier, sa vitalité, son énergie, son engagement total pour l’écriture. On suit parfaitement le cheminement qui l’amène d’un livre à l’autre, ses pôles d’attraction, son évolution. J’ai eu l’impression de parcourir toute l’œuvre et j’ai pu replacer tous les vieux volumes de ma bibliothèque dans l’ordre de leur parution. Survolé dans le but d’avoir une idée d’ensemble et de piocher quelques lectures rendues plus savoureuses par l’exposé de leur contexte, de la personnalité et des intentions de l’auteur, le livre est stimulant.

Cirque de Navacelles - La Vis- Moulin de la Foux

Cirque de Navacelles – La Vis au moulin de la Foux

 

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Daphné du Maurier, Les oiseaux

C’est le premier recueil dans lequel Daphné du Maurier s’est aventurée vers le fantastique et l’humour noir. Les oiseaux est une nouvelle géniale. L’idée de départ, le traitement, l’atmosphère globale, tout sonne juste, se déroule avec une fluidité parfaite. La montée en puissance de la tension, la minimisation du danger suivi de sa soudaineté dramatique, suivent un timing tiré au cordeau. Daphné du Maurier est concise, va à l’essentiel, a eu la présence d’esprit de ne pas surexploiter son sujet et de nous laisser sur une fin ouverte, ce qui préserve la densité du propos et nous laisse sur une émotion pleine et entière une fois la lecture terminée. Le pommier est un récit noir plutôt amusant. Une vision de la jalousie, de l’empreinte mentale que peuvent nous imposer certaines personnes et de l’obsession attenante qui nous guette très imagée, d’un symbolisme qui marque et perdure dans la mémoire. Le reste du recueil ne vaut pas tripette.

 

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Daphné du Maurier, Les parasites

Vabres l'Abbaye - Les parasites de Daphné du Maurier

La tragédie de l’existence, songeait Niall (…), n’était point que les gens mourussent, c’était qu’ils fussent morts pour vous. (289)

Le roman part d’une dynamique pétillante – le trio des enfants Delaney emportés par le tourbillon artistique de leurs parents – pour s’enfoncer progressivement vers un constat désolant. La dextérité de Daphné du Maurier à camper un caractère, à saisir le jeu de l’identité sociale, prennent ici une saveur amère. On y trouve nombre de thèmes touchant de près à sa vie personnelle. Le plus marquant étant cette scène où Maria, abandonnée par sa nurse le temps d’un après-midi, ne sait que faire pour apaiser son bébé. Mais la construction statique du récit augmente le sentiment de tristesse et étouffe le piquant qu’aurait pu instiller l’ironie mordante qui sous-tend son regard. Niall, Maria et Celia sont parfois trop typés dans leur rôle respectif. Le défilé de souvenirs évoqués sur canapé alourdit le rythme. J’ai beaucoup survolé. En ressort un propos sur l’errance identitaire et le mal d’exister qui n’a pas trouvé sa pleine expression.

 

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Si pléthore de violettes en ton jardin, va aux morilles dans le mois qui vient.

Vabres l'Abbaye - morilles

 

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Les fleurs sauvages – Christopher Grey-Wilson

Fleurs sauvages - Gray Wilson

C’est le guide sur la flore sauvage dont je rêvais. Une ribambelle de noms latins dansant avec les représentations bien découpée des fleurs, feuilles et tiges. La classification par famille, genre et espèce est une bonne trame pour l’esprit. Violacées Viola odorata, Violacées Viola arvensis, Violacées Viola tricolor, des fils argentés sont lancés dans l’espace de la mémoire et tissent un réseau de liens qui solidifie l’identification. Le lamier pourpre se trouve en cousinage avec la mélitte à feuilles de mélisse, l’anémone pulsatille avec la renoncule âcre (bouton d’or), et les inconnus se faufilent naturellement et s’insèrent dans les parentés.

 

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