Anne Lehöerff, Préhistoires d’Europe

Monts de Lacaune, Trou de l'Avent, menhir - Préhistoires d'Europe de Anne Lehöerff

Monts de Lacaune, trou de l’Avent

Ce cadeau Babelio-Belin tombe à pic pour enrichir une année qui a porté nos pas vers Canalettes (moustérien), la Caverne du Pont d’Arc (aurignacien) ou encore la grotte du Pas de Joulié (néolithique).

La plus longue partie de l’évolution de l’homo sapiens s’est déroulée dans des formes de pensée qui nous sont devenues étrangères alors qu’elles restent sous-jacentes à une part importante de nos comportements. (19)

Et de fait, il offre des pistes pour déchiffrer, relier ces indices de cultures anciennes dont le mode d’emploi ne s’est pas transmis jusqu’à nous à notre courant de conscience actuel.

Le secret, pour espérer appréhender l’histoire de l’homme, semble être de se libérer d’une vision linéaire et forcément évolutive. Concevoir que les vies de Néandertal ou d’Homo Sapiens étaient déjà riches de culture et satisfaisantes en elles-mêmes oblige à remodeler nos perceptions.

Né en 1930, aux Etats-Unis, Marshall Sahlins est l’une des figure emblématiques de l’anthropologie contemporaine. […] il occupe le devant de la scène de l’anthropologie économique et culturelle dès la publication de son ouvrage « Âge de pierre, âge d’abondance » […]. L’auteur s’attaque à une idée reçue, celle du monde impitoyable des chasseurs-cueilleurs, systématiquement envisagés comme des êtres soumis à un approvisionnement aléatoire et laborieux de leurs denrées alimentaires. Par une étude anthropologique sur des sociétés contemporaines […], il met en avant, par différents calculs, que le temps passé par un chasseur-cueilleur à acquérir sa nourriture était bien inférieur à celui que le paysan devait consacrer à la réussite de ses cultures et de son élevage. (118)

Au paléolithique, il est plutôt question de groupes disparates, vivant chacun selon une dynamique propre, même s’ils s’inscrivent dans une certaine globalité, que d’un modèle unique auquel auraient appartenu tous les êtres du type homo d’une même période. Il est frappant de constater qu’ensuite, dès le début de la sédentarisation, vers – 6 000, les populations européennes se répartissent en une multiplicité de cultures régionales. On devine, à travers l’investissement de l’espace, la naissance des rites, des identités, des croyances. L’auteur nous invite à repenser les mégalithes dans cette perspective comme des réalisations destinées aussi à servir et rassembler différentes communautés d’individus. Repères spatiaux ostentatoires dans un nouveau monde de territoires sans cartes où l’homme de la première Europe n’a jamais cessé d’être en mouvement.

Durant des millénaires, la pointe occidentale du continent eurasien est une immensité de terres et de glaces sur des milliers de kilomètres carrés. La première histoire humaine de l’Europe est celle de migrations sur ces sols rendus inhospitaliers par la rigueur du climat. […] au rythme de la marche, l’Homme a occupé ces vastes espaces, s’établissant peu à peu, sans que ce soit nécessairement définitif. Se déplacer fait donc partie des fondements de l’histoire européenne. (226)

Mouvance des hommes, mouvance des ères culturelles, qui pendant longtemps n’ont pas correspondu aux frontières actuelles, mouvance des recherches scientifiques, Anne Lehoërff nous invite à cultiver un champs de connaissances et d’ignorances lucides qui permet de décrypter nos paysages actuels, assouplit les crispations identitaires et élargit notre vision de l’activité humaine sur un vaste horizon.

Pour l’heure, l’automne arrivant, temps des cueillettes sauvages et décoctions de sorcière campagnarde, je ne peux m’empêcher de faire un clin d’œil à Ötzi qui, il y a 5 300 ans, avait dans ses paniers, une prunelle. Je vais quant à moi mettre les miennes à mariner en saumure…

[Lu dans le cadre de ces néolithiques Masses Critiques]

 

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Craig Johnson, Molosses

Monts de Lacaune, lac de Vezoles - Molosses de Craig Johnson

Monts de Lacaune, lac de Vezoles

Le silence se déploya sur nous comme une couverture de laine, de celles qui grattent et tout et tout. (134)

J’ai eu du mal à reprendre le fil après la scène façon Halloween – maison délabrée, ambiance boule à neige et monstres rodant – qui marque le début du livre. Burlesque, rocambolesque, Craig Johnson a résolument pris un parti distrayant dans cette sixième réunion de nos amis du Wyoming. Je l’ai lue goulûment d’une traite, irrésistiblement accrochée mais restant sur ma faim et une légère sensation de plaisir trop facilement pris. Comme avec un chou à la crème trop sucré. Tous les éléments qui vont faire plaisir au lecteur sont là, l’auteur y a veillé. Il parsème son récit de métaphores amusantes, soigne ses personnages sur fond d’intrigue qui ne rime à rien, et n’oublie pas au passage de citer soigneusement un certain nombre de marques de chaussures, de vêtements d’hiver et de lampes torches pour assurer son argent de poche. Un arrière-goût de produit calibré. Dans cet environnement de barbe à papa, Henry devient un indien de farces et attrapes.

Monts de Lacaune, lac de Vezoles

Monts de Lacaune – Lac de Vezoles

 

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John Gierach, Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche

Monts du Vivarais, abbaye Notre Dame des Neiges - Traité de l'art du zen et de la pêche à la mouche de John Gierach

Ardèche, abbaye Notre Dame des Neiges

Quoi qu’en disent les cartographes, un plan d’eau qui n’abrite pas de truites n’est pas un lac, c’est un trou d’eau. (188)

Je me suis dit qu’un livre consacré à la pêche se passerait nécessairement en pleine nature, critère de plus en plus prépondérant dans mes choix de lecture. Ne pratiquant moi-même aucunement cet exercice, l’expérience ne pouvait, autre critère non négligeable, que sortir de l’ordinaire.

En un sens, les truites sont des organes fonctionnels du courant; elles servent à transformer l’eau, le soleil, l’oxygène et les protéines en conscience. (23)

Et bien m’en a pris… élégance cultivée, autodérision charmeuse, curiosité naturaliste, sens du récit qui fait papillonner les yeux, les qualités toutes britanniques de cet auteur américain m’ont portée à m’attarder comme auprès d’un bon feu. J’ai passé des heures à parcourir des pages comparant les mérites respectifs des canes en bambou, en carbone ou en fibre de verre. Je me suis passionnée pour le montage des mouches, retrouvant dans les obsessions de l’auteur pour le matériel mes propres désirs inavouables pour les fils, tissus ou aiguilles de mes occupations de broderie. Activité éminemment réelle, la pêche à la mouche prend sous sa plume une dimension de présence au monde, d’attention et d’harmonie instinctive où jolies courbeuses de canes, insectes et humains se mêlent dans la danse de la simple existence.

D’un point de vue factuel, la vison que nous avons des truites est probablement aussi faussée que celle qu’elles ont de nous, mais les idées folkloriques que nous nourrissons sur elles sont utiles, donc en ce sens correctes. (20)

Un esprit joyeux dont la compagnie berce les jours. Rendez-vous est pris pour de prochaines escapades de pêches… littéraires.

Monts du Vivarais, abbaye de Notre Dame des Neiges, vitrail

Abbaye Notre Dame des Neiges – Vitrail

Abbaye Notre Dame des Neige

Abbaye Notre Dame des Neige

Monts du Vivarais, abbaye de Notre Dame des Neiges - vaches

Abbaye Notre Dame des Neiges

Monts du Vivarais, abbaye de Notre Dame des Neiges

Abbaye Notre Dame des Neiges

 

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Jean-François Parot, La pyramide de glace, lu par François d’Aubigny

New York Public Library - La pyramide de glace de Jean-François Parot

New York Public Library

Entamer une aventure de Nicolas le Floch au sortir d’un polar de Stephen King revient à plonger dans un bain d’élégance, de sobriété et de grâce. La beauté de la langue prend une dimension où la description de la saleté des rues de Paris est aussi voluptueuse que celle des mets de la table. Maintenant qu’on nous a annoncé la fin de la série télévisée (mais où sont passés les deux derniers épisodes qui n’ont jamais été diffusés ?), le talent de François d’Aubigny qui à lui tout seul fait surgir de sa voix acteurs, décors et figurants, m’est devenu encore plus précieux. Ces mises en scène sonores me consolent (un peu) du vide amoureux qui m’étreint devant la disparition des prestations enlevées de Jérôme Robart.

 

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Les chants d’oiseaux d’Europe occidentale – André Bossus, François Charron

Les chants d'oiseaux de André Bossus

Cela fait très longtemps que j’essaie d’initier mon oreille aux chants des oiseaux. J’ai beau écouter des CD, je n’en retiens que très peu. Les plumés les plus familiers de mon entourage commencent à être identifiés, mais c’est laborieux. Je me disais : Je n’ai pas l’oreille musicale, jusqu’à ce que je lise ce livre.

On ne dira jamais assez que le chant des oiseaux ne nous est pas destiné. (12)

L’introduction est passionnante. Elle décortique toutes les particularités du chant des oiseaux – d’un point de vue musical, anatomique et physiologique – explique clairement pourquoi il nous est difficile de bien l’appréhender, nous humains aux capacités limitées. L’ouvrage, porté par une intention pédagogique marquée et intelligemment mise en œuvre répond avec précision à toutes les questions que l’on peut se poser et donne des conseils précieux pour éduquer son oreille.

Le pourquoi du comment ils chantent est lui aussi bien détaillé. Des comportements directement observés deviennent intelligibles, le plaisir que l’on ressent à écouter les jolis gazouillis du printemps est démythifié.

Une belle voix est souvent signe de mauvais caractère ! (23)

Un précieux ouvrage de référence sur un sujet qui n’est pas si simple qu’il n’y paraît.

 

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Stephen King, Carnets noirs, lu par Antoine Tomé

Getty Search Gateway - Carnets noirs de Stephen King

Getty Search Gateway

Provocation ? Taquinerie ? Stephen King joue avec le feu de ses lecteurs. Il invoque des fondus de littérature qu’on n’aimerait pas rencontrer au coin d’un rayon de bibliothèque. Se joue de l’a priori positif Tout être qui lit est fréquentable.

Un bon divertissement autour de l’obsession des livres, même si la fin tire en longueur et prépare un tome 3 qui semble dériver vers le fantastique. Déjà lassé du polar, Stephen K. ?

[Écouté dans le cadre d’un partenariat entre Babelio et Audible]

 

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Mario Giacomelli – Photo poche

Causse noir, chemin du champignon préhistorique - Alberto Giacomelli

Causse noir, rocher du Champignon Préhistorique

Ses champs labourés m’ont sauté aux yeux. le contraste entre le noir de la terre et le blanc des sillons ressort avec force. Parfois, un arbre, une mare, ajoutent une touche sombre, une forme qui casse la linéarité. Ou au contraire, des tâches de lumière, des moutons, éclairent les champs vus du ciel. J’aime la force brute de ces photos.

Les captations d’humains sont plus surréalistes, formes noires dont les contours sont imprécis sur fonds blancs laiteux. Des ombres, des nuages d’humains insaisissables prêts à s’évanouir comme une brume au premier souffle mauvais, traces intemporelles et friables. Parfois ressortent des traits, un regard, qui disent l’enracinement à la terre.

L’introduction d’Alistair Crawford est éclairante. Il trouve les mots justes.

« L’art nous intéresse trop en tant qu’objet mais pas pour le message qu’il nous apporte. »

Mario Giacomelli a grandi dans l’Italie rurale des années 30. Il devient peintre à 13 ans sans avoir jamais eu de contact avec un artiste, une galerie, sans avoir jamais lu un livre. […] Son seul souci, c’est de mettre suffisamment d’argent de côté pour s’acheter un vélomoteur, ce qui n’arrivera jamais. Expérimentateur sensible et sincère, il explore les faibles profondeurs de champs, la surexposition, les compositions graphiques. Ses photos sont à vif, empreintes de douleur.

Causse noir

Causse Noir

Causse noir

Causse Noir

 

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Préparer de bonnes tisanes avec les plantes de montagne – Gilles Hiobergary

Causse noir, chemin du champignon préhistorique - Préparer de bonnes tisanes avec les plantes de montagne – Gilles Hiobergary

Causse noir, rocher du Champignon Préhistorique

C’est le premier livre dont je me sois servi pour cueillir des plantes. L’intitulé annonce plantes de montagne, mais il y en a beaucoup qu’on trouve un peu partout. le cynorhodon, le fraisier sauvage, la prunelle ou le genévrier, ne sont pas spécifiques des hauteurs. L’avantage, avec les tisanes, c’est qu’il n’y a aucune préparation compliquée à faire. On cueille, on met dans de l’eau chaude au retour de la promenade et on est toute fière d’utiliser des plantes sauvages pour la première fois.

Les plantes présentées sont pour la plupart très courantes. On peut difficilement se tromper. Quelques indications simples et claires sur les bénéfices pour la santé qu’on peut y piocher. Le seul reproche que je ferai à l’auteur, c’est d’exagérer parfois le goûteux des tisanes. À moins que Gilles Hiobergary n’ait un palais très sensible… beaucoup plus que le mien en tout cas. En fait l’idéal, c’est d’inventer ses propres mélanges. Les plantes couplées ont plus de parfum qu’utilisées seules.

Causse Noir

Causse Noir

Causse Noir

Causse Noir

 

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Arthur Upfield, Sinistres augures

Cirque de Navacelle, la Vis- Arthur Upfield, Sinistres augures

Cirque de Navacelle, la Vis

Il vous faudra chercher un minuscule hameau entouré par des tessons de bouteille. (7)

Ce dix-neuvième épisode des enquêtes de l’inspecteur Bonaparte est porté par cette écriture plus détendue, plus à l’aise, cet humour ironique plus mature qui caractérisent les romans d’Arthur Upfield de deuxième période. On se retrouve dans un univers de brutes épaisses, colons irlandais, allemands ou anglais à la langue bien pendue et au gosier avide. On picole, on cuit des steaks sur la lame des pelles. Bony s’y intègre en toute camaraderie et en chemise de soie. Les paysages d’Australie Occidentale, assez inhabituels dans la série, apportent un renouvellement de la faune et de la flore : dindons, kangourous, ânes sauvages, aigles, baobabs et spinifex. Dans ces contrées isolées où chacun est pris pour ce qu’il est, l’intrigue suit son cours plaisant, avec quelques incohérences dans les dates cependant, savamment relevées au crayon rouge par un lecteur de la bibliothèque de Saint Affrique qui m’a précédée…

 

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Abécédaire botanique lettres à broder – Françoise Prax, Bénédicte Réveilhac

Abécédaire botanique lettres à broder – Françoise Prax, Bénédicte Réveilhac

Des plantes, des petites bêtes, des volutes de tiges, ce livre ne pouvait que m’attirer comme une abeille. J’ai commencé par broder un bout de fenouil, un papillon, pour une carte postale. Les insectes m’ont légèrement déçue par leur manque de réalisme. Ils entrent bien dans les compositions mais isolés ne plaisent pas vraiment à la naturaliste que je suis.

A l’occasion d’un anniversaire, je me suis lancée dans la réalisation du M. J’ai souffert sur le point de tige. Nous ne nous sommes jamais bien entendus. Le point de feston, pour faire du remplissage, ne tombe pas sous le sens, j’ai rattrapé la sauce avec des points lancés. Plutôt que de faire les pétales en points lancés “étroits” (?), je suis passée en peinture à l’aiguille, au rendu beaucoup plus satisfaisant. Le texte explicatif n’est pas toujours à la hauteur du modèle, il manque des morceaux. Il faut faire preuve d’un peu d’initiative sinon on ne s’en sort pas.

Le gros défaut de ce livre – et c’est un point assez largement partagé dans l’édition de manuels de broderie – c’est que les modèles réalisés sont trop petits sur les photos. Les illustrateurs misent tout sur l’esthétique, les accessoires, les fioritures, la beauté du livre et pas grand chose sur l’aspect pédagogique. Quand on ne comprend pas la manière d’utiliser un point et qu’on veut se référer au rendu final, on n’y voit rien. On se tord les yeux, on prend une loupe, sa lampe de broderie, rien à faire. Éditeurs, embauchez plutôt des spécialistes de la macrophotographie qui sachent exposer les détails du travail !

Au final le rendu d’ensemble est beau, original, intéressant. Je suis très contente de ma réalisation. Il y a si peu de livre de broderie traditionnelle qui sortent du lot qu’on ne va pas faire la grincheuse…

 

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