Daphné du Maurier – Rebecca

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - Rebecca de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, cirque du Brias

De la magie, tout de suite. Un récit fluide, d’un grand naturel, vivant, toujours juste, sauf peut-être à la fin, où la construction, de rebondissements en rebondissements, traîne en longueur. Le décor est partie prenante des émotions des personnages. La mer, les mouettes, la brume, la moiteur et l’électricité de l’air élargissent le champ et ouvrent le tableau sur un vaste paysage psychologique. De son humour ironique et de son habileté particulière à saisir les conventions sociales, Daphné du Maurier tire un roman sur l’illusion et la dissimulation, la fausseté des apparences dont on s’arrange bien volontiers, craignant le déchirement du voile et la nudité de la réalité.

 

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Les Incroyables Histoires naturelles de Jean-Henri Fabre

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - J.H. Fabre

Causse du Larzac, cirque du Brias

Quel spectacle, au printemps, sous une taupe morte ! L’horreur de ce laboratoire est une belle chose pour qui sait voir et méditer. (54)

Qui habite autour de Millau ne peut ignorer le nom de Jean-Henri Fabre, naturaliste du XIXe siècle originaire de Saint-Léons. Habité d’un amour inné pour les insectes, observateur passionné, son attention s’est portée toute sa vie vers le minuscule. Regardant, récoltant, élevant, goûtant même, c’était un expérimentateur pourvu de peu de moyens mais animé d’une curiosité énergique et inaltérable.

C’est là ce que je désirais, hoc erat in votis : un coin de terre, oh ! pas bien grand, mais enclos et soustrait aux inconvénients de la voie publique; un coin de terre abandonné, stérile, brûlé par le soleil, favorable aux chardons et aux hyménoptères. (21)

Son écriture à l’élégance délicieusement ancienne, concentrée, attentive au moindre détail et soucieuse de clarté raconte des histoires autant qu’elle instruit. Un vocabulaire fourni et précis. Une plume vive et sûre d’elle qui n’hésite pas à interpeller Charles Darwin. En plus d’être un scientifique méticuleux, il était doté d’un vrai talent littéraire. Ce florilège de ses textes les plus marquants, généreusement illustré, est une belle entrée en matière pour approcher cet érudit des champs, ce naturaliste heureux de partager son savoir et ses questionnements.

 

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Le beau livre de la préhistoire, Marc Azéma, Laurent Brasier

Causse du Larzac - Cirque de Tournemire - Le grand livre de la Préhistoire

Causse du Larzac, cirque du Brias

On prend un grand plaisir à sauter d’une page à l’autre, de 36 000 à 12 000 ans, d’un galet peint à une flûte, bonds temporels d’un voyage à travers l’image. Et quand on s’arrête, c’est qu’un mot, une forme, a attiré notre attention et déclenché l’envie de savoir, d’apprendre, de se remémorer. Beau et lourd comme un coffret de bronze, cet ouvrage en a la richesse et la finition. Les illustrations sont d’excellente facture. Les textes concis offrent l’essentiel sans tourner le dos aux incertitudes, à la mouvance des recherches. Les grands classiques – Lascaux, le solutréen, la statuette de l’Homme-lion – côtoient des thèmes moins connus – la tour de Jéricho, la culture natoufienne ou les grandes girafes du Niger. A la fois encyclopédie de référence et porte ouverte à la curiosité, il s’offre à un large public de fouineurs de préhistoire. Dans notre maisonnée, il fait le bonheur des petits-déjeuners. On ouvre au hasard, on décille un oeil encore à moitié endormi mais attiré par la chaleur des couleurs, on écoute la lecture à voix haute du texte qui donne sa saveur au thé du matin, puis on s’en va d’un pas éveillé vers les activités de la journée, la conscience des origines accrochée au corps, de nouvelles perspectives sur sa place dans le monde voletant dans l’esprit.

[Lu dans le cadre de ces volubiles Masses Critiques]

 

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Daphné du Maurier, Le vol du faucon

L’Hospitalet du Larzac - Canalettes - Le vol du Faucon de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, Canalettes

C’est un roman assez barré, italiennement décalé, qui se lit d’une traite. Moi qui avait envie d’une pause, d’une lecture sans enjeu, purement dans le plaisir, j’ai trouvé à me régaler. L’histoire s’anime sans attendre après un lecteur, vit d’une existence propre jusqu’à son final, qu’on soit là ou pas. C’est très reposant. Beaucoup de livres actuels s’agrippent au lecteur, plantent leur crocs dans leurs yeux, leur injectent un philtre d’attachement et de fascination pour exister à tout prix. Daphné du Maurier met au monde un univers indépendant dans lequel on peut entrer ou passer son chemin. Le rythme est parfait, le charme des descriptions rend compte de la réalité de Rufano. Une fois le parti pris de participer, on ne doute pas un seul instant du déroulement des faits. Le glissement de réalité, la modification de la perception, l’effet de foule, irrésistible, suivent leur amplification naturelle, portés par la fougue et l’idéalisme d’une jeunesse pleine d’énergie, prête à se donner à corps perdu.

L'Hospitalet du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

L'Hospitalet du Larzac, canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

 

 

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Daphné du Maurier, L’auberge de la Jamaïque

L’Hospitalet du Larzac - Canalettes - L'auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier

Causse du Larzac, Canalettes

Un florilège d’adjectifs et de noms communs, tous plus inquiétants les uns que les autres, cernent le lecteur de toute part. Sinistre, redoutable, perfide, damné vont et se répètent tandis que les ténèbres, les corbillards, les maléfices et les cauchemars tourbillonnent avec le vent des landes. Daphné du Maurier n’y va de main morte pour mettre en scène le danger qui n’a qu’une idée : se jeter sur la courageuse et intègre Mary Yellan. Tout droit inspiré de L’île aux trésor de Robert Louis Stevenson, ce roman d’amour et d’aventures tient ses promesses par la force des caractères qui l’habitent. Mais c’est quand même un peu vieillot.

L'Hospitalet du Larzac - Canalettes

Causse du Larzac – Faille des Canalettes

 

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Stieg Larsson, Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, lu par Emmanuel Dekoninck

National Gallery of Art - 2012.92.35 - Stieg Larsson, Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, lu par Emmanuel Dekoninck

The National Gallery of Art, Washington 2012.92.35

Toujours aussi noir, toujours aussi violent, mais beaucoup plus axé sur le journalisme, ce deuxième tome reste dans l’atmosphère attendue. Toujours fascinant parce que moderne, nouveau, inventif, le rythme en est cependant parfois poussif. Mais en livre audio, ça passe très bien. On peut laisser son esprit vagabonder sur la vague du débit vocal.

Lisbeth est un subtil mélange de lucidité, de dureté et de fragilité. Un modèle de féminité atypique. Son incapacité sociale est en balance avec l’humanité de Mikael. La grande force de cette série, c’est la faculté de Stieg Larsson à ne trahir jamais ses personnages, à ne jamais faire de compromis. Il s’amuse plutôt de leurs déconvenues. Comme s’il leur disait, un petit sourire tendre au coin des lèvres : Voyez un peu où vous mène votre foutu caractère !

 

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Hozho, peintures de guérison des indiens navajos, collectif

Causse Noir - Champignon préhistorique - Peintures de sable des indiens navajos

Causse Noir – Champignon préhistorique 

Car le rêve de Fred Stevens, c’était de voir ses oeuvres exposées dans un musée afin que d’autres puissent partager la culture Navajo. (9)

Ce catalogue d’exposition comporte de nombreuses illustrations, ce qui en fait sa richesse. Ce sont toutes de peintures de sable de Fred Stevens II, le premier hataalii à les avoir fixées sur support. Son style est porté par une grande clarté, un équilibre apaisant et une belle harmonie dans les couleurs, ce qui m’a donné envie de les reprendre en broderie. En faisant des recherches, je me suis rendue compte que ses peintures sèches comportaient beaucoup de gris et peu de bleu, ce qui est inhabituel. Peut-être un choix de l’Écureuil gris (qui était son surnom) pour transférer ce symbolisme du sol des hogans aux murs des musées en les désacralisant par des erreurs ou une neutralité volontaires.

Vivre, c’est rencontrer la maladie mais c’est rencontrer aussi le pouvoir de guérir. (19)

On entend la voix de praticiens navajo, puis celle de ceux pratiquant la médecine occidentale. Parfois les deux se mêlent. Les textes sont surtout axés sur la guérison, la globalité des facteurs qui la soutiennent.

Une frustration naît du manque d’explications concernant le symbolisme des peintures. Sept Voies sont évoquées, mais surtout sous l’angle mythologique. Très peu d’un point de vue graphique.

On ne survit pas dans le désert avec la raison seule. C’est une condition nécessaire : la déraison nous conduirait à l’abandon, à la défaite; mais pas suffisante : la raison ne saurait seuls combler le vide de l’espace, du temps. Que faire en effet une fois accomplies les tâches que la raison réclame ? Que faire quand rien n’est à faire, et que cette évidence s’étend sur toute une vie ? Méditer, axer son esprit sur les grands tracés de la nuit, faire de la connaissance un voyage intérieur, créer de la beauté, déployer sur des hectares de grandes peintures de sable… (14)

Causse Noir - Vautour

Causse Noir – Vautour fauve au-dessus de Peyreleau

 

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Tony Hillerman, Rares furent les déceptions

Massif de l’Aigoual - Vallée de la Dourbie - Rares furent les déceptions de Tony Hillerman

Massif de l’Aigoual, vallée de la Dourbie

Les amoureux des romans policiers de Tony Hillerman seront bien inspirés de commencer ce livre à la page 271 sous peine, comme moi, de sombrer dans un ennui perplexe et un chouïa déçu avant d’arriver au goûteux de l’affaire. Une fois savourée cette maigre – mais savoureuse tranche – on pourra toujours, éventuellement, parcourir le reste. Car la plus grande partie de cette autobiographie est consacrée à la jeunesse de l’écrivain en Oklahoma, à son expérience de la guerre, puis à sa carrière de journaliste politique et d’enseignant. J’ai eu le plus grand mal à m’y intéresser. Le style est sans relief, succession d’anecdotes racontées avec une bonhomie qui étouffe les aspérités existentielles. Il parle peu des amérindiens – évoque juste les potawatomis qui vivaient dans l’Oklahoma de son enfance – ne parle pas de la région de Four Corners et de ses paysages, n’aborde quasiment pas son travail d’écrivain. Dans cette première partie, quelques phrases seulement ont attiré mon attention. En page 172 (rencontre avec des Navajos), 194 (l’amour dans ses romans), 201 (Leaphorn et Chee), 254 (la valeur du détail).

La tribu fit plus que de compenser cette rebuffade en me décernant une plaque qui me déclare : En témoignage de remerciement et d’amitié pour la description authentique de la dignité et de la force de la culture navajo traditionnelle. (272)

Mais page 271, ça démarre pour de bon et généreusement. Il n’y a plus qu’à sortir ses précieux volumes de la bibliothèque pour se remémorer les enquêtes et enrichir notre expérience de ses commentaires à leur sujet.

[…] j’essayais de diagnostiquer où se situaient mon savoir-faire, et mon absence de savoir-faire. Je conclus que j’étais adroit pour les descriptions, bon pour faire progresser la narration, et que les dialogues ne me posaient pas de problèmes. […] Au vu des conclusions ci-dessus, je décidais d’écrire une histoire dans laquelle le décor serait plus important que la pièce qui allait s’y dérouler. Si les acteurs et la pièce elle-même étaient faibles, je parviendrais peut-être à rendre ce décor suffisamment intéressant pour porter le livre. (289)

Et voilà pourquoi nous nous retrouvons avec des polars (genre qu’il a choisi parce qu’ils ne nécessitent que quatre-vingt mille mots environ) dont la magie principale irradie des paysages désertiques des Four Corners… Son intention première n’était même pas de placer les Navajos au premier plan.

Vers le début du livre, mon professeur de fiction avait besoin de demander des renseignements à un ami, policier de la tribu. Je l’appelai Joe Leaphorn, un nom qui n’avait strictement rien de navajo et m’avait été suggéré par le livre de Mary Renault sur la culture ancienne de la Crète (La danse du taureau) dans lequel des cow-boys crétois sautaient par-dessus les cornes de taureaux. [Leaphorn : de to leap, bondir, sauter, et horn, corne. N.d.T](290)

Je pensais trouver un ami littéraire formidable et n’ai finalement pas d’affinité particulière avec l’homme qui se cache au fond du hogan. Tony Hillerman, ce chrétien qui considérait que Dieu veillera à dispenser punitions et récompenses et qui interrompait son travail d’écriture pour assister à la messe dominicale, m’a finalement donné tout à fait autre chose. Le signe de son amitié sincère et humble pour la tribu navajo et le mystère de la littérature…

 

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Peintures de sable des indiens navajo : La voie de la beauté, Collectif

Massif de l'Aigoual - Vallée de la Dourbie - Peintures de sable des indiens navajos

Massif de l’Aigoual, vallée de la Dourbie

« Par bonheur, je recouvre la santé. Par bonheur, mon calme intérieur revient. Par bonheur, mes yeux retrouvent leur pouvoir. Par bonheur, ma tête s’apaise », dit une des prières finales de la Voie de la nuit. (34)

Ce catalogue d’exposition est émouvant. Il nous parle d’une tradition qui peine à se maintenir, dont le cadre vacille, s’effrite, destabilisé par les grands bouleversements sociaux, économiques et géographiques que connaît la région des Four Corners.

Il est axé sur deux chanteurs : Hosteen Klah et Fred Stevens II. Ils ont été les premiers à avoir eu l’audace de sortir les peintures de sable de leur contexte cérémoniel et de les offrir aux cœurs et aux regards des non-navajos. Hosteen Klah a repris les motifs des peintures sèches sous forme de tissages à la fin du XIXe siècle, tandis que Fred Stevens II a été le premier à les fixer sur support, vers 1946. Ils ont ouvert la voie pour faire de la peinture de sable un art et non plus seulement une pratique spirituelle.

S’inspirant de l’exemple d’Hosteen Klah, Stevens prit des précautions tant spirituelles que techniques afin d’empêcher le mécontentement des Surnaturels. (…) Stevens décida d’apporter quelques changements mineurs dans le rendu des motifs – intervertir deux couleurs par exemple – et même d’omettre des détails critiques – en supprimant l’arc-en-ciel protecteur autour d’un personnage -; ces clins d’œils devaient signaler aux Êtres Sacrés que ces peintures étaient conçues pour éduquer le public, pour être une source de joie et non pour guérir au sens propre. Ainsi ces œuvres n’auraient pas le caractère sacré ni dangereux des compositions réalisées lors des cérémonies, dans l’enceinte des quatre montagnes sacrées. (63)

On ne trouve pas beaucoup de détails sur le symbolisme des peintures, mais la mise en contexte apporte des bases non négligeables pour qui s’y intéresse avec sincérité. La voie de la grêle, dont la transmission s’est apparemment éteinte, est exposée à travers sept représentations où l’on peut glaner quelques explications.

Avec joie, je guéris
Avec joie, la fraîcheur me pénètre
Avec joie, mes yeux retrouvent leur pouvoir
Avec joie, la fraîcheur pénètre ma tête
Avec joie, mes membres retrouvent leur pouvoir,
Avec joie, je retrouve le pouvoir d’entendre
Avec joie, le sortilège a fui
Avec joie, je retrouve le pouvoir de marcher
Insensible à la douleur je marche,
Les sens aiguisés, je marche.

[Chant de la guérison]

Mont Aigoual - Neige

Mont Aigoual

 

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Tony Hillerman, Le chagrin entre les fils

Causse Noir - Point Sublime - Le chagrin entre les fils de Tony Hillerman

Causse Noir, point Sublime

Dans ce dix-huitième volume, on retrouve Joe Leaphorn, comme aux premiers temps de la série, pour un dernier tour dans le désert avant la disparition de son auteur. Tony Hillerman nous raconte une histoire plus qu’il ne pose l’intrigue d’un polar, même s’il y a un fond de mystère qu’on évente assez vite si on a peu l’habitude. Il nous parle des potawatomis, peuple amérindiens qu’il a côtoyés durant son enfance en Oklahoma, évoque Santa Fe, où il a vécu, remet en scène une vente aux enchères de couvertures qui rappelle celle où Jim Chee a rencontré Mary Landon. C’est un peu triste, assez nostalgique. Dans ce pays où le temps et l’espace sont vécus de manière ouverte, où les gens isolés se rappellent des faits anodins des années après qu’ils soient advenus, Joe Leaphorn fait revivre le passé pour le résoudre avant de prendre élégamment retraite du lecteur.

 

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