Stieg Larsson, Millénium 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, lu par Emmanuel Dekoninck

Getty Search Gateway 84.XC.979.7133- Millénium 1 de Stieg Larsson lu par Emmanuel Dekoninck

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XC.979.7133

Suite à ma critique de Millénium IV je suis restée sur une impression de manque et d’insatisfaction. La lecture des tomes originels était si lointaine que mon jugement était mal étayé. D’où un retour sur le champs vers les romans de Stieg Larsson, qu’après tout j’avais beaucoup oublié, qui méritaient une nouvelle visite et qui me fourniraient du bon audio pour plusieurs semaines.

Âpre, existenciellement violent, Millénium est tout à fait fascinant. Lisbeth est merveilleusement asociale, sauvage. Mikael est tendre et solide. La complexité des personnages est à la fois construite et source d’une richesse qui promet des suprises. La tension court dans chaque fibre des phrases. Les détails réalistes nous accrochent et nous mettent en phase. Je ne me rapplelais plus à quel point cet univers était singulier et offrait une relecture de notre environnement. La mise en son est excellente. Emmanuel Dekoninck module son rythme, sa hauteur de voix, plusieurs fois dans une même phrase, trouve un juste équilibre entre gravité et douceur.

Après cette relecture, la version de David Lagercrantz, bien que plaisante, me paraît effectivement, comme l’ont soulevé nombre de lecteurs, un plat réchauffé qui n’était pas nécessaire et qui dessert plutôt l’esprit des personnages.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Tony Hillerman, Le vent qui gémit

Vabres l'Abbaye - Le vent qui gémit de Tony Hillerman

Vallée du Dourdou

Blaireau se cache s’était terminé sur une note apaisée et cette harmonie perdure et prend son ampleur ici. Une brise de douceur souffle sur l’écriture de Tony Hillerman qu’on a connue plus âpre et plus rocailleuse. Un esprit de communauté complice unit le clan des quatre qui finissent par se trouver réunis à une table de cafétéria. Bernie Fille-qui-Rit, botaniste amateur et naturaliste enthousiaste nous fait du charme tout au long de l’enquête et finit par emporter le cœur de Jim Chee. Un autre versant de la sensibilité de Tony Hillerman qui offre un polar fluide, différemment ancré, mais toujours habité par cette région des Four Corners qu’il nous a fait découvrir et aimer tout au long de son parcours jusqu’à ce qu’elle devienne une part intégrante de notre imaginaire.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Christopher Moore, Un blues de coyote

Vabres l'Abbaye - Rougier - Un blues de coyote de Christopher Moore

Vallée du Dourdou

Chaos, voilà quel était le nouveau mot d’ordre de son existence. (217)

Sacré vieux Coyote ! Il n’a pas vieilli d’un poil ! Un spécialiste du désastre à travers les âges. Pas commode de se retrouver lié à sa force spirituelle. C’est un totem exigeant. Maladroit et incontrôlable, très perturbant pour son entourage, il se croit malin et fait beaucoup de conneries. Mais réveille les consciences routinières. Le Roublard aide à revenir aux réalités de la vie à coup de claques déstabilisantes. Ce roman d’apparence foutraque et loufoque est un fort bel hommage à sa sagesse folle. La mystique crow y est revisitée d’une manière terre à terre et concrète. Peu importe le contexte, le sens y est. Ce cher Vieux Bonhomme Coyote a trouvé là un écrivain à sa mesure.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

David Lagercrantz, Millenium 4, Ce qui ne me tue pas, lu par Emmanuel Dekoninck

Millénium 4 de David Lagerkrantz

Je trouve que ça fonctionne plutôt bien. Le sentiment de familiarité avec la lignée des Millénium originels est enveloppé par l’habillage audio. Même lecteur, même musique, même rythme… Peut-être moins de maturité dans le texte, un manque de surprise, des éléments trop annoncés, trop expliqués qu’on aurait pas trouvés dans les romans de Stieg Larsson. Mais ça passe dans le flot. David Lagercrantz porte une véritable attention à Lisbeth. Sans doute une manière de réorienter la série. Il saisit le personnage avec douceur et l’entraîne délicatement vers sa nouvelle existence. La collaboration de la hackeuse avec August est assez amusante et imprime sa dynamique au récit. Il n’y a qu’elle pour être déçue par les performances d’un génie… ! Certaines pistes sont un peu négligées (ce pauvre Andrei, auquel on s’était attaché est assez anecdotique dans ses déboires pourtant affreux), la fin est foutraque, la suite trop grossièrement annoncée, mais les personnages ont du relief, les fils conducteurs sont présents. Un audiopolar de bonne facture, même si  ce n’est que du réchauffé.

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Kathleen Dean Moore, Petit traité de philosophie naturelle

Petit traité de philosophie naturelle de Kathleen Dean Moore

Ça aurait pu le faire. Et pourtant ça ne l’a pas fait. Les mésanges au cerveau qui grossit à l’automne et l’ivresse des tempêtes n’ont pas suffit à nous relier, le livre et moi. La construction appliquée des chapitres (un thème – description naturaliste – extension philosophique ou personnelle – chute) typique de ce courant littéraire, la platitude des descriptions, la grande austérité de l’écriture, le manque d’ouverture, ont maintenu mon attention en survol. Les paysages sont, malgré mes efforts et ceux de l’auteur, restés sans vie. C’est un texte qui reste replié sur lui-même, qui ne s’offre pas au lecteur. Et pourtant, quelques blocs de phrases lucides, lumineuses, sortent du lot. Un chapitre amusant autour des chiens. Mais il faut les chercher comme une puce dans les poils du chat. Concepts et symboles étouffent les brins d’herbes au lieu de se laisser porter par le flot de perceptions.

Je ne doute pas que ma vie soit limitée, même si j’ignore aujourd’hui quelle en sera la durée. Mais je ne vois pas de limite à la profondeur de chaque instant, et je veux tenter de tous les vivre jusqu’au bout, « en épaisseur ». Je veux aller le plus loin possible dans l’instant, le plonger dans une somme confuse de détails, le brandir dans l’air humide parcouru de cris. (68)

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Tony Hillerman, Blaireau se cache

Massif de l'Aigoual, col de Faubel - Blaireau se cache de Tony Hillerman

Massif de l’Aigoual, col de Faubel

Et apparemment, c’en était resté là : l’une de ces milliers d’interventions que les policiers de campagne doivent effectuer pour résoudre les petits problèmes de cohabitation chez des gens qu’un trop-plein de paysages grandioses, de silence ininterrompu et de solitude incite à l’excentricité. (85)

Retour à Shiprock pour une quatorzième enquête construite sur un mode classique après un Premier Aigle déroutant. Pour la première fois, Tony Hillerman nous donne un repère temporel précis. On pourrait s’amuser, partant de là, à retracer la chronologie de toute la série… par un jour de pluie désœuvré… Jim Chee s’adonne à la joie d’avoir été rétrogradé au poste de sergent. Bernadette Manuelito a elle aussi été mutée à Shiprock, ficelle un peu grosse, mais sur laquelle Tony Hillerman n’avait sans doute pas envie de s’attarder et qui fait simplement son office. Le démarrage est poussif. Les histoires de bandits m’intéressant mollement, les groupements anti-gouvernementaux américains m’étant relativement étrangers, le contexte m’est apparu flou. L’épisode du sauvetage de Franck Sam Nakkai opère un tournant par lequel le roman prend soudain corps. La maladie du shaman m’avait semblé peu exploitée dans Le premier aigle. Ici longuement détaillée, cette dernière rencontre a apaisé ma frustration. Louisa nous permet de voyager à travers les mythes. L’évolution psychologique de Leaphorn trouve enfin une orientation fluide et en harmonie avec le personnage. On finit sur une note apaisée, un esprit de communauté entre ces personnages qui vivent d’après les critères de la communauté des campements à moutons dans les monts Chuska, où le raffinement réclame l’acquis autrement exigeant et primordial de savoir marcher dans la beauté, d’être satisfait au sein d’un monde difficile. (221)

Massif de l'Aigoual, col de Faubel

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual, col de Faubel

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual, col de Faubel

Massif de l’Aigoual

Massif de l'Aigoual, col de Faubel, eresus

Massif de l’Aigoual – Eresus kollari

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, lu par Françoise Gillard

Eugénie Grandet de Honoré de Balzac

Tu es un brin jaunette, mais j’aime le jaune.

J’ai fréquenté Eugénie Grandet du temps de mes année de collège, ou peut-être de lycée, et il faut croire que je n’y avais alors rien compris car je n’ai rien reconnu. Par le moindre brin de souvenir associé à ce roman, hormis, peut-être la description de la porte d’entrée. Je ne l’ai sans doute jamais vraiment passée !

L’interprétation de Françoise Gillard m’a rebutée, au début. Sa façon d’étirer les syllabes de traîne à la manière romantique a failli me faire fuir. Mais je me suis raisonnée. Ne butons pas devant l’inattendu. Et du coup, j’ai goûté une autre vision de Balzac. Moins râpeuse, plus féminine. Les images ont surgi, l’ironie, délicieuse, a fait mouche, le fifille de Grandet Père a pris son rythme récurent, le suspens s’est mis en place. Contre toute attente, j’ai pris un grand plaisir à cette écoute. Langue riche en couleur, humour social, merveille de cruauté et morale ambiguë, je suis sortie de la gangue du classique pour écouter douillettement une bonne histoire un peu méchante.

 

Publié dans Explorations littéraires | 2 commentaires

Craig Johnson, Tous les démons sont ici

Causse du Larzac, dolmen de la Prunarède - Tous les démons sont ici de Craig Johnson

Causse du Larzac, dolmen de la Prunarède

L’œil gauche de Raynaud était un faux, et celui qui l’avait fabriqué n’avait pas réussi à reproduire la couleur exacte. La nuance était insaisissable, reflétait une altitude à laquelle l’humanité ne pouvait survivre. (18)

Craig Johnson est toujours sponsorisé par Maglite, et par quelques autres marques de vêtements, voire de nourriture pour animaux… Il faut oser insérer au creux d’un roman : Je descendis sans bruit de la motoneige et marchai sur la surface enneigée qui crissa comme des corn-flakes sous les semelles Vibram de mes Sorel ! Malgré cela il m’a bluffée. Totalement. Au sortir d’un sixième épisode potache, loufoque et décevant, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’allais lire ici. Le début semble anodin, suit son cours sans révéler ses cartes. Puis, de décisions idiotes en poursuite improbable, Walt Longmire s’enfonce dans la montagne et nous entraîne insensiblement dans une quête hypnotique. Le froid, l’épuisement, le dépouillement physique et mental, le poussent dans ses retranchements jusqu’à un stade de désintégration chamanique tourbillonnant dans une folie de flocons de neige. C’est un polar singulier, audacieusement mystique, qui offre une relecture inattendue de L’enfer de Dante en même temps qu’une maîtrise vivante et vécue des mythes amérindiens. L’humour enlace la mort au cœur du souffle de la conscience.

J’eus envie de rire. Si j’avais pu articuler les mots, si mes lèvres avaient pu bouger et si ma langue y avait consenti, j’aurais ri et je leur aurais dit que, parfois, ça aide d’être mort pour combattre ses démons, et que j’étais mort depuis longtemps. (300)

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Tony Hillerman, Le premier aigle

Causse du Larzac, Canalettes, l'arche - Le premier aigle, de Tony Hillerman

Causse du Larzac, Canalettes

Douze enquêtes lues ou relues avec grand plaisir, perplexité devant la treizième. J’ai trouvé que tout sonnait faux dans ce Premier aigle. A commencer par les personnages principaux. Jim Chee fait preuve d’un acharnement dans l’aveuglement qui ne lui ressemble pas. Joe Leaphorn est aux prises avec des questionnements qu’on ne lui aurait jamais imaginé. Sans compter cette manie de Tony Hillerman d’appeler sans cesse ce dernier le Légendaire Lieutenant, surnom ridicule à la limite de l’ironie. Comme s’il était soudain mal à l’aise avec eux, ne savait plus comment prendre le virage de la retraite de Leaphorn et la nouvelle dynamique que cela entraîne. N’eussent été l’hommage rendu aux policiers morts dans l’exercice de leur fonction et les remerciements de début d’ouvrage qui donnent un cachet d’authenticité, j’en viendrai presque à croire que ce n’est pas Tony Hillerman qui a écrit cet épisode. C’est fouilli, c’est brouillon, ça frise la mauvaise romance. L’écriture donne l’impression de rassembler minutieusement tous les éléments clés de la série, voire d’appuyer avec insistance dessus pour que ce soit accessible aux nouveaux lecteurs, mais sans coeur. Le sentiment d’infériorité de Chee, la nostalgie de Leaphorn, le piège tendu par Chee à Janet, les multiples répétitions scientifiques sur la transmission de la peste, les colonies réservoir, que tout cela est lourd ! La grâce n’y est pas…

La lectrice assidue note juste que Bernadette Manuelito et Jim Chee ont été mutés à Tuba City, que Franck Sam Nakkai arrive à la fin de sa vie et que Jim et Janet se séparent irrémédiablement… et espère une suite plus en phase avec la profondeur de cet univers.

Causse du Larzac, canalettes, le crâne

Causse du Larzac – Canalettes

Causse du Larzac, canalettes

Causse du Larzac 

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire

Jack London, L’appel de la forêt, lu par Michel Vuillermoz

Causse du Larzac, roc du Mérigou - L'appel de la forêt de Jack London

Causse du Larzac, roc du Mérigou

Avec cette sureté de direction que l’homme ne peut jamais comprendre, lui qui a remplacé son instinct perdu par l’aiguille aimantée de la boussole. (2:53:44)

Mon cher Jack, si tu savais ce qu’on a inventé depuis…

Grand amour de colonie de vacances autour de mes 8 ans, je suis surprise de retrouver, quelques 34 ans plus tard, un texte aussi dur. Je suppose que l’élan de liberté de Buck s’associait dans mon évolution avec cette nouvelle expérience d’indépendance loin de la maison. Pour tout dire, je trouve aujourd’hui cette fable assez bête. Loi du plus fort, opposition très anglophone entre civilisation et monde naturel ancestral romancé et personnifié par un chien. Même si quelques échos entrent en résonance avec des aspirations intérieures, c’est lourd, taillé à grands traits. Michel Vuillermoz, très appliqué dans sa lecture, concentré sur le rythme et la diction, en offre une version très claire, mais sans supplément d’âme.

Causse du Larzac, roc du Mérigou

Causse du Larzac – Roc du Mérigou

 

Publié dans Explorations littéraires | Laisser un commentaire