Nina Berberova, C’est moi qui souligne

Causse du Larzac, la Couvertoirade - Nina Berberova, C’est moi qui souligne

Causse du Larzac, la Couvertoirade

Ce livre a pour moi une histoire, indépendamment de son contenu. Je l’ai déniché dans la boîte à livres de Millau alors que nous étions engagés, mon compagnon et moi, dans de grands changements. Déménagement, installation commune, démarches pour sa retraite… Une année a passé, notre nouvelle petite vie s’est enfin stabilisée, et je me décide à ouvrir cet ami feuillu qui est resté depuis ce temps posé prés de mon lit.

La connaissance de soi a été une donnée constante de ma vie. (24)

J’ai voulu me connaître et aussi me transformer. (25)

Pas d’idées préconçues sur ce livre et une histoire personnelle jusque-là très ténue avec Nina Berberova, le ton singulier de ses premiers mots m’a vite happée. L’écriture fine, exigeante, racée, est au service d’une incroyable clarté d’esprit. Sa mémoire est précise, son regard lucide. Si on y perd en chaleur, ce dépassement de la sentimentalité fait gagner en force mentale. On se sent parfois petit face à elle. Face à ce caractère qui a transcendé famine, vie de catacombe, visions d’Apocalypse.

Nous avions une émigration minable, triste, provinciale, des livres, des bordels, des histoires russes : il n’en reste rien. Ma génération sera tuée à la guerre et les vieux disparaîtront sans tarder. (421)

Née russe en 1901, il fallait se la manger, cette première moitié de XXe siècle ! J’en retiens essentiellement l’effervescence littéraire qui liait ces gens dont elle dresse le portrait d’une manière bien à elle, en guise d’hommage contre l’oubli. Ces écrivains, ces peintres, tous exilés, qui se côtoient, se stimulent, se perdent de vue à travers des relations dictées par l’Histoire. Le sérieux avec lequel ils considèrent la littérature, lui dédient leur vie, dans un bras de fer violent avec un pouvoir politique destructeur et sournois. Une littérature pleinement vécue, dans la chair, dans le réel, comme partie intégrante de l’expérience quotidienne. Accessible aux fous, aux déséquilibrés, aux mal-adaptés.

J’ai aspiré à la solitude dès mon jeune âge. Rien n’était plus affreux pour moi que de passer une journée entière en compagnie d’une autre personne sans pouvoir être seule avec mes pensées, rester libre de mes actes, lire ce qui me tombait sous la main. (43)

Mais aussi le récit d’un enfance décliné avec la conscience de la globalité intérieure de sa vie. D’une manière dont j’aimerai pouvoir reconsidérer la mienne. Mais aussi des carnets d’occupation torpillés de solitude et de tristesse. Mais aussi la vaste plénitude de l’espace américain.

J’ai toujours rêvé de parvenir à la maturité avant de mourir. (245)

C’est une autobiographie d’une grande maturité humaine, d’une dignité intérieure à l’aise dans le monde, témoignage d’une vie authentique et responsable. Au-delà de la dureté des faits, de la poigne parfois intimidante de l’auteur, j’espère y avoir puisé un peu de cette force transcendante, de ce sens aigu du réel.

La Vis

La Vis

 

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