Jean Carrière, Le fer dans la plaie

The Metropolitan Museum of Art, New York 33.43.66 - Jean Carrière, Le fer dans la plaie

The Metropolitan Museum of Art, New York 33.43.66

Au diable le soleil, au diable l’espèce humaine, j’aurais souhaité être un caillou.(1101)

Le fer dans la plaie est un roman singulier mais somme toute peu surprenant dans la vie littéraire de Jean Carrière.

Son affinité viscérale avec la musique trouve ici son expression la plus épurée. En quête d’intemporalité, il tente une fusion entre Pelléas et Melisande, la vie et l’écriture. Cette dernière est plus fluide que d’habitude, coule, comme libérée, toutes vannes ouvertes, sorte de réconciliation avec les élans les plus spontanés de l’auteur : les États-Unis, Debussy, le sexe des femmes. Il n’arrive cependant pas à transmettre la sève de qui le porte. La mise en scène est maladroite, appuie lourdement sur une fin tragique, va puiser chez Lovecraft. Ses élans rageurs sont empreints de naïveté tendre mais vont tout de même jusqu’au meurtre d’un intrus secondaire. Ce qui pose problème dans le scénario est balayé d’un revers de main. L’argent coule à flot, Quentin, Alyson et David, en enfants gâtés incapables de se plier aux règles sociales mais ne crachant pas sur les mannes financières, peuvent s’adonner à une vie oisive, torturée, et à des déplacements en avion sans compter.

Cette folie de désincarnation et de changement d’identité ne reposait que sur des pétales de roses éparpillés au-dessus d’une tombe. (1047)

On sent bien que ce qui lui tient à cœur n’est pas dans ses maladresses, qu’il fouisse dans l’intime, dans l’aspiration à la plénitude, le désir secret d’être perdu aux confins de la réalité. Ce roman mal fichu m’aura filé entre les doigts comme un brouillard, laissant derrière lui une impression de raté en même temps qu’un certain envoûtement.

 J’éprouvais la sensation vertigineuse d’être passé de l’autre côté, sur la face invisible de l’univers. Je ne faisais plus de projet, je me fichais éperdument de l’avenir, comme si mon existence tout entière se résumait en moi. (1054)

 

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