Marlen Haushofer, Dans la mansarde

Marlen Haushofer, Dans la mansarde

Si l’on fixe sur moi un regard plein de curiosité, je n’y attache pas davantage d’importance que si un corbeau me regardait. Seulement, les corbeaux, eux, sont des oiseaux discrets et qui savent se tenir. (180)

Moins radical que Le mur invisible, plus gouleyant que La porte dérobée, cette troisième variation de Marlen Haushofer sur la partition des troubles psychiques se lit calmement en compagnie d’un vol d’oiseau. Des images poétiques se dessinent çà et là en couleurs : un arbre qui peut absorber et éteindre les désirs, un miroir qui pleure, une poitrine bourrée de sciure. La narratrice, portée par sa sensibilité artistique, vit dans un monde riche en perceptions. Elle paraît indolente, se prêtant à des jeux sociaux dont elle n’est pas actrice, rendant visite à des êtres qui lui sont attachés pour des raisons qui ne la concerne pas.

Elle ne remarque jamais ce qui se passe en moi parce que je ne suis qu’un objet à ses yeux. Il faudrait se tirer une balle dans la tête pour lui montrer qu’on en a assez. (95)

Mais cela ne l’empêche pas d’être intérieurement vivante, ne cherchant à ressembler à personne, ne se conformant à aucun statut. Loyale avec elle-même, elle tord le cou aux apparences, quitte à se retrouver en porte-à-faux avec son entourage, en retrait, isolée par sa lucidité dans ses pensées mansardières. Elle compose avec sa situation, n’en veut à personne. Et nous dit avec force que ne pas accepter la réalité – des êtres, des situations, des sentiments – c’est trahir.

J’aimerais qu’il me fût permis une fois de voir vraiment; de voir les choses telles qu’elles ne se montrent jamais à nous. C’est pour cette raison que j’aime tant aller me coucher car pendant les secondes du passage de veille à sommeil, il n’y a que des images, il n’y a ni temps ni pensée, seulement des images puis l’effacement et l’inconscience totale. (75)

 

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