Louis Owens, Le chant du loup

Causse Noir, Roquesaltes

Certains lieux sont plus accueillants que d’autres. Ce lac n’est jamais satisfait quand il y a des gens. Mais, de temps en temps, il faut que je revienne pour me souvenir que de tels endroits existent. (130)

Dans la série Je relis les romans à tonalité amérindienne qui ont marqué ma jeunesse, je renoue des liens avec Louis Owens. Ce chant du loup m’avait laissé une forte impression, mais je me rends compte que j’ai complètement occulté l’histoire au profit d’un vague souvenir d’initiation chamanique. Cette dernière est loin d’être absente, mais une grande part du livre tient aussi dans un plaidoyer écologique pour la préservation des espaces naturels américains.

L’atmosphère de la vallée de Forks est lourde et humide. La pluie tombe sans cesse. Quand ce ne sont pas la grêle ou la neige. Pourriture et moisissure. L’écriture est à l’image du travail des bûcherons, forçats méthodiques qui défrichent la forêt : épaisse, rude, méticuleuse, pragmatique. Les descriptions qui en découlent sont fournies, mais répétitives et sans grâce, bien qu’efficaces; le versant spirituel de l’histoire y gagne en solidité concrète. Louis Owens retranscrit bien l’expérience de la marche, du froid, de l’effort. Il est en phase avec la réalité amérindienne, sans romantisme. Mais il appuie aussi lourdement sur les symboles – la martre qui se ronge une patte, le faucon émerillon qui fond sur sa proie – et en fait beaucoup sur les conséquences écologiques de la déforestation et de l’exploitation des mines.

Un roman très américain, masculin, avec de la poigne, image d’un terroir menacé. J’ai trouvé dans ma propre réalité ce que j’y cherchais la première fois que je l’ai lu. Cailloux, chemins, faucons, me sont désormais familiers dans un contexte personnel, et le livre me parle moins.

 

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