Éric Chevillard, L’autofictif prend un coach

Éric Chevillard - L'autofictif prend un coach

– Pardonnez-moi pour cette mort atroce, mais je n’ai plus une goutte de venin, me dit la tarentule qui me chatouille les pieds. (14)

La couverture outrageusement rose, bien que rehaussée d’un tigre farfelu, manque de franchise en sa visibilité ostentatoire. Et effectivement, l’autofictif a le blues. Masquée sous cette couleur sans tendresse, sa souffrance chemine. Désabusé, découragé par ses frères humains et cette vie dérisoire, son esprit ne peut se distraire de sa fascination pour la disparition, l’effacement, le vide. Son aphorisme se répand en de petits pavés compliqués et bavards, acides et tourbichonnés. Autrui est menaçant. Tabler sur le triomphe futur des concombres devient la seule alternative viable.

L’homme vivait dans les bois. Un marginal, disait-on. Sauf qu’il avait bâti sa cabane au beau milieu d’une clairière ronde, en plein centre de la forêt. (190)

Mais si on se met à fouiner, on tombe sur quelques réparties goûteuses, d’autant plus sans doute, qu’il faut les chercher. Ainsi du bâillement du lion, récurent et qui mériterait une anthologie. Et de quelques fulgurances sur nos félins familiers :

Le chat a pour compagnon de jeu toujours disponible, toujours partant, l’autre moitié du chat. (195)

L’écrivain meut son corps de phrases avec tant d’élégance, de souplesse et d’assurance que celui-ci finalement lui échappe pour former, non pas un livre, comme on pourrait le croire – le livre n’est qu’un leurre- mais ce chat que l’on voit aussi sur sa table. (106)

 

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