Sara Baume, Dans la baie fauve

Massif de l'Aigoual, Pueylong - Sara Baume, Dans la baie fauve

Massif de l’Aigoual, Pueylong

La vie ne rate jamais une occasion de nous prendre de court, me dis-je de nouveau. La vie aime nous rappeler qu’elle nous avait prévenus. (135)

Brut, franc, tranchant des parts inégales dans le cake de la réalité, je retrouve dans le style de Sara Baume cette empoignade humaniste qui m’a déjà tant plu chez d’autres auteurs irlandais. Elle fouisse dans le terrier, va dénicher le blaireau au cœur des ténèbres au risque d’y perdre un œil, tant une quête de lucidité peut mener à la cécité.

Une découverte qui me sort de mes ornières habituelles. Sont-elles aussi croupissantes que celles du Troll, frémissantes de rats, de moisissures, de bave et de solitude ? Un peu moins sans doute. Je suis moi aussi affublée d’un quadrupède – félin – qui par harmonie magnétique étend le domaine de mes perceptions. Je tente moi aussi des échappées – sans le félin -, qui sont de véritables espaces de respiration. Le Troll n’y arrive pas. Sa poitrine est écrasée par la désorientation. Il a beau substituer la truffe du chien à ses yeux, lier son esprit au petit animal, l’environnement reste opaque et sans voies, son sentiment d’appartenance timoré. Deux encombrants. L’un a le privilège de son animalité. L’autre doit se coltiner la complexité d’un cerveau d’hominidé. D’une identité d’être humain. La déroute est poignante. Et le personnage puissant dans son immobilisme de granit au milieu des plantes qu’il nomme toutes.

[Lu dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

Massif de l'Aigoual, Pueylong - Sara Baume, Dans la baie fauve

Massif de l’Aigoual – Mer de nuages

 

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