Julien Suaudeau, Dawa

Julien Suaudeau, Dawa

Brillant dans son genre. Mais d’un genre bavard, surécrit. Le vocabulaire est excessif, les sentences sont pontifiantes.

La mort a sa propre logique que la vie ne comprend pas. (20)

On ne revient pas en arrière sur les chemins de la vengeance. (58)

À trop en faire, les phrases finissent par se mordre la queue.

Qui sait si le pouvoir suprême n’est pas aussi beau que cette incarnation de la beauté. (413)

Les protagonistes eux-mêmes tournent en rond, s’égarent en de longs monologues, ne peuvent pas s’empêcher, dès qu’ils tiennent le devant de la scène, de cogiter sur leur vie. Dialogues intérieurs tous calqués sur le même moule, parlant de la même voix, celle de l’auteur qui les étouffe dans leur destin, déterminismes sociaux et familiaux.

Julien Suaudeau contrôle tout, détaille tout, milieux, personnes, comme dans une volonté de dresser un état des lieux de la France, de tout mettre dans un seul livre. Le suspens se noie, la lectrice se lasse, malgré une action efficace, un intérêt pour la suite de l’histoire et une construction habile, entre non-dits et levées de voiles.

La gangrène des êtres et le sadisme anonyme des institutions, les fureurs et les emportements, les soubresauts et les fièvres de ce monde voué à la fin au grand vide, voilà le livre résumé dans ses dernières pages. La France est un chaos qui patine sur du vide… bon… bien… d’accord… et après ? And so what ? Je referme ce roman fleuve avec l’impression qu’il n’a pas vraiment commencé.

Pour une vision fine et étayée des racines de l’extrémisme, se pencher plutôt sur Autobiographie d’un épouvantail de Boris Cyrulnik.

[Lu dans le cadre du Prix du Meilleur polar des lecteurs de Points 2015]

 

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