Anne Sverdrup-Thygeson, Insectes : un monde secret

Peyreleau, la Jonte

La couverture donne l’impression d’un ouvrage naturaliste traditionnel, mais finalement le ton est familier, branché. Anne Sverdrup-Thygeson m’interpelle sur un ton enjoué comme une démonstratrice de grande surface ou une animatrice de club de vacances. Je n’ai pas besoin d’être animée pour m’intéresser, je ne cours pas après ce style de vulgarisation démonstratif, mais il faut avouer qu’elle le fait bien. Le point positif reste que le livre est très accessible.

Les anecdotes se succèdent, on a parfois peine à les croire. Le papillon machaon et ses yeux sur le pénis, Le Grand Indicateur du Mozambique et ses coins à miel, la décapitation des mouche du vinaigre ou la réserve d’algue du paresseux, m’ont beaucoup plu. En apprendre plus sur l’intimité fonctionnelle des bestioles que je fréquente et photographie au fil des saisons, comme les libellules, a fait frétiller mes cellules grises.

Leur cerveau est également boosté pour une acuité visuelle hors norme. Quand nous, les humains, regardons une série de clichés en accéléré, s’il y a plus de vingt images environ par seconde, nous la voyons comme un mouvement fluide, un film. Un odonate, en revanche, peut voir jusqu’à trois cent images séparées par seconde et cerner parfaitement chacun d’elles. (52)

Sur la longueur, le rythme fatigue. La succession rapide des sujets fait naître une certaine forme de lassitude, on peine à reprendre son souffle. Anne Sverdrup-Thygeson a fait un plan par thèmes et s’attache à le remplir. Certains sont plus fluides que d’autres, tel le chapitre sur insectes gardiens. Ici elle est à son affaire, à ses amours, cela se sent.

Lorsque champignons, insectes, mousses, lichens et bactéries y élisent domicile, on trouve plus de cellules vivantes à l’intérieur d’un arbre mort qu’il n’y en avait de son vivant. (169)

C’est d’ailleurs un aspect fascinant de notre monde : en décomposition permanente, il fonctionne sur un mouvement perpétuel de recyclage. Mort et digestion se succèdent sans interruption sous nos pieds. De quoi méditer sur la vacuité décrite dans les enseignements bouddhistes…

[Lu dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

Peyreleau – La Jonte

La Jonte – Demoiselles

La Jonte – Demoiselles

La Jonte – Demoiselles

 

Le grand biologiste suédois Carl von Linné a mis les insectes dans un groupe spécifique, entre autres parce qu’il pensait qu’ils ne possédaient tout simplement pas de cerveau. Normal qu’il ait pensé cela, car si vous coupez la tête d’une mouche du vinaigre (drosophile), elle peut vivre peu près normalement pendant plusieurs jours. Elle peut voler, marcher et s’accoupler. A vrai dire, elle finira par mourir de faim, car sans bouche, point de nourriture. La raison pour laquelle même décapitée la bestiole fonctionne, c’est que les insectes, outre un cerveau principal dans la tête, possèdent aussi un cordon nerveux qui traverse tout leur corps, avec des « petits cerveaux » dans chaque segment du corps. Ainsi de nombreuses fonctions peuvent être commandées indépendamment de la tête. (53)

D’ailleurs, de quelle couleur est le zèbre sous ses rayures, y avez-vous réfléchi ? Car la peau n’est pas rayée. Elle est noire. Autrement dit, le zèbre est noir avec des rayures blanches, et non le contraire. (105)

Les Égyptiens ont peut-être eu l’idée de la momification en observant les coléoptères. Car qu’est-ce qui ressemble le plus à une pupe de coléoptère, sinon une momie ? Il a même été proposé, sur le ton de la plaisanterie sans doute, que les pyramides soient les représentations sacrées des tas d’excréments où le pharaon mort gît comme une pupe momifiée, dans l’attente de la métamorphose de la renaissance. (187)

 

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