Jean-Paul Dubois, Le cas Sneidjer, lu par Guy Moign

Jean-Paul Dubois, Le cas Sneidjer, lu par Guy Moign

Du point de vue de mes a priori, Jean-Paul Dubois, c’était du marketé, du mouliné à la sauce magazine féminin, de l’auteur mis en boîte dont il vaut mieux se méfier et qu’il ne faut surtout pas croiser au coin d’un bois.

Mais les voix des rayons de bibliothèques sont impénétrables et il m’arrive de piocher dans celui, restreint, des livres audios, des choses tout à fait improbables.

Je m’attendais à m’ennuyer. Je me suis ennuyée. Mais pas que…

Pataud, un peu dépressif, marchant à côté des pompes de son entourage, Paul finit cependant par être attachant. Au fil moelleux et un peu soporifique de l’écoute on se laisse bercer sans rien attendre d’extraordinaire, ni de haletant, ni de passionnant. La voix pleine d’intonation et de nuances, qui colle parfaitement au texte, nous entraîne dans une écoute détendue et morne où parfois l’oreille s’ouvre nonchalamment à l’apparition d’un passage plus pétillant que les autres.

On s’affolera juste un peu sur la fin, en se disant que les mœurs psychiatriques du Québec sont quelque peu inquiétants – si toutefois l’anecdote est réaliste.

 

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Henning Mankell, L’homme qui souriait, lu par Marc-Henri Boisse

Henning Mankell, L’homme qui souriait, lu par Marc-Henri Boisse

Dès les premiers instants, j’ai reconnu une histoire dont j’avais vu l’adaptation (excellente !) sur Arte. Les images qui me reviennent ne gênent pas l’écoute. Le texte est assez riche pour en avoir une deuxième approche sous une forme différente. Les dialogues intérieurs et les ajouts de perspectives renouvellent la trame.

Trame qui d’ailleurs laisse dès le départ deviner de quoi et surtout de qui il s’agit. Tout l’intérêt de l’histoire se situe au niveau du travail d’équipe et de la progression de l’enquête, tous deux passionnants. Pas d’ennui, pas de lourdeurs, pas de temps mort. De l’excellent polar. Wallander a bien fait de sortir de sa couette !

L’interprétation est excellente, savant dosage de douceur et de dynamisme qui met parfaitement en scène le personnage de Wallander. Le genre de lecture à haute voix qui enrichit le texte et en fait une œuvre cinématographique vocale.

 

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Terry Pratchett, Les zinzins d’Olive-Oued

Terry Pratchett, Les zinzins d’Olive-Oued

Victor Tugelbend trouve qu’être soi-même est bien suffisant, qu’il n’est pas nécessaire de devenir quelqu’un d’autre en se professionnalisant pour les beaux yeux de la société. Ce qui n’implique nulle paresse, nulle  lambinerie délictueuse. Bien au contraire, Victor fait des efforts et sait être assez malin pour organiser le confort qui lui convient au-delà de ce qu’on pourrait attendre de lui.

Ce personnage si séduisant dans ses débuts a fini par me lasser à force de ne pas tenir ses promesses. J’avais mis beaucoup d’espérances en lui.

Terry Pratchett s’amuse avec les références cinématographiques, mais le déroulement des événements est un peu attendu. Et les animaux qui parlent ne m’emballent pas. Pour tout dire je me suis vaguement ennuyée même si le livre reste inventif.

 

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Hervé Jaouen, Dans l’oeil du schizo

Hervé Jaouen, Dans l’oeil du schizo

Dans les premiers chapitres, j’ai trouvé le style pompeux à vouloir trop en faire. On est contents de découvrir des mots nouveaux (germanopratin ? accrétion ?), mais ils ne servent qu’à colmater une écriture sans caractère et des événements qui n’en sont pas.

D’une écriture recherchée on glisse doucement vers des mots vulgaires, un langage grossier, des scènes d’amour et de jouissance crues et sans tendresse. J’ai vite sauté tous les passages retranscrivant les pensées de Schizoo. Je trouve qu’ils n’apportent rien au récit, ni profondeur, ni compréhension du personnage. Il ne font que flatter une certaine fascination morbide face à la dérive mentale.

La correspondance m’a amusée un temps. J’ai trouvé le point de départ et les proportions ingérables qui s’ensuivent bien trouvés.

Je reste très circonspecte face à l’ensemble de ce livre. Superficiel dans son approche humaine, il caresse le lecteur dans le sens du poil de ses peurs, de son voyeurisme et de son aversion pour les troubles de l’esprit. Il ne fait que renforcer l’emballement médiatique entretenu autour du mythe du schizophrène tueur à enfermer.

Je reste finalement avec une impression de dégoût persistant longtemps après l’avoir refermé.

 

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Andreï Makine, La femme qui attendait, lu par Marc-Henri Boisse

Andreï Makine, La femme qui attendait, lu par Marc-Henri Boisse

Ce qui me retenait à Mirnoie, c’était peut-être cette sensation d’étrangeté que je n’avais encore jamais éprouvée si intensément. Dans cet après-temps que vivait le village, les choses et les êtres semblaient se libérer de leur utilité et commençaient à être aimés pour leur seule présence sous ce ciel du nord.

Le livre débute par des allers-retours, dans le temps et dans l’espace du narrateur pour finir par se stabiliser dans le village de Mirnoie.

Mirnoie, des sorbiers, des bouleaux, de la neige, le vent, le ciel, les jeux de lumière. Le temps infini au-delà du temps, le temps de la maturation et de l’attente, le temps retrouvé de la rencontre.

Venu de la ville pour étudier les traditions locales, l’auteur entame un cheminement intérieur autour de son attirance et de sa curiosité pour une femme plus âgée et plus mature que lui. De questionnements autour de ce que lui en disent ses interlocuteurs en constructions imaginatives, il s’empêtre, s’égare et peine à définir l’être véritable de Véra.  Conditionné par ses attentes et ses formatages intellectuels, ce qui est simplement là, ici et maintenant, lui échappe.

Doux et très beau, en phase avec la réalité de la vie.

La voix est légère comme un souffle avec un socle grave. Elle frise le murmure, caresse le texte avec délicatesse,  au rythme des arbres, des brises et des lumières de Mirnoie.

 

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Katarina Mazetti, Le Mec de la tombe d’à côté, lu par Marielle Ostrowski et Michelangelo Marchese

Katarina Mazetti, Le Mec de la tombe d’à côté, lu par Marielle Ostrowski et Michelangelo Marchese

L’avantage des bibliothèques, c’est qu’on peut prendre à peu près n’importe quoi, s’éclectiser, sortir des sentiers rebattus de ses affinités, en toute discrétion et toute honte bue.

Ainsi je me lance parfois dans des expérimentations risquées vers les livres en vogue, cherchant à rester à la page (et sans doute un peu embobinée par le rabattage appuyé qui finit par passer par moi d’une manière ou d’une autre).

Il était pour le livre qui nous concerne ici inutile d’être à la page. Une lecture branchée et un tantinet agressive côté féminin, un tantinet mollassonne côté masculin. Une ambiance simpliste censée nous faire rire par la confrontation de différences sociales grossières et appuyées. Des personnages sans profondeur, finesse, ou existence.

J’aime bien le titre, ce qui explique mon initiative, mais éviter à l’avenir les couvertures de livres trop roses… et puis je ne peux décemment cautionner un roman où le point de croix est constamment dénigré !

 

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Kenneth Cook, La vengeance du wombat

Kenneth Cook, La vengeance du wombat

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les rapports de Kenneth Cook avec les animaux sont aussi intimes qu’incertains et périlleux ! Y compris et surtout avec ceux qu’on considérerai de prime abord comme inoffensifs !

Nous nous trouvons projetés dans ce Far West australien, du mauvais côté du fleuve Darling, où l’autochtone moyen, impassible devant le danger, contemple d’un œil morne les situations les plus abracadabrantes tant qu’aucun pari n’est en jeu. C’est au sein de ce pays d’électrons libres que notre auteur, sensible, hésitant, à l’imagination anxieuse fertile, se trouve entraîné comme un aimant dans des scénarios ingérables par lesquels il est très rapidement dépassé.

Délicieux de cocasserie !

 

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Lyonel Trouillot, L’amour avant que j’oublie

Lyonel Trouillot, L’amour avant que j’oublie

Ce roman de Lyonel Trouillot est un jeu de portes ouvertes, de portes fermées. J’aime son univers qui semble hermétique au premier abord. Il nécessite un effort de la part du lecteur. Rien n’est donné facilement. On est déséquilibré. On doute de sa bonne compréhension des choses, avant d’arriver à former une image dans son esprit, par petites touches, des trois inspirateurs de l’histoire : l’Étranger, l’Historien et Raoul. Le premier est un être d’histoires et de contes; le second s’est trompé de vie; le troisième est dans l’action et la prédiction. Par leur entremise, le narrateur dépeint son chemin intérieur. La distance qui le sépare de l’amour se résorbe dans l’écriture.

De l’évanescence des êtres et des choses, Lyonel Trouillot finit par tirer un roman d’initiation poétique qui peut se relire plusieurs fois tant il recèle de détours et d’évocations.

 

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Yves Dauteuille, La collection

Yves Dauteuille, La collection

Il faut bien avouer que je n’avais pas du tout l’intention de lire ce livre. Si je suis tombée sur la page Facebook qui lui est dédié, c’était dans le cadre de ces jeux concours auxquels je m’adonne de temps en temps. Le sujet de rédaction était rigolo, j’avais du temps, j’ai pondu une petite bafouille. Heureuse initiative s’il en est, puisque mon petit vélo (voir article ci-dessus) m’a finalement permis de gagner un chouette appareil photo avec fonction qui détecte les tons chairs tel qu’un visage humain et lui ajoute un effet de douceur. Il y a pas mal de gens sur terre (puisque ça ne réagit qu’au type humain) sur qui je testerai bien cette fonction…

C’est donc sur cette perspective d’embellissement de l’humanité acariâtre et râpeuse, que je me suis décidée à ouvrir le livre joint à l’appareil.

Jolie surprise ! J’adore cette manière de détourner l’ergonomique utilitaire à des fins d’amusement littéraire. Un petit grain d’espièglerie ciselé dans ses sens et ses sonorités. L’absurdité remise à sa juste place. Le livre lui-même est un bel objet, semblable à une boîte de chocolats scintillante dont on picore avec curiosité les petites gourmandises aux formes et aux saveurs variées.

Je le garderai volontiers sous le coude pour rappeler à mes petits neurones qu’un salutaire sens du décalage est nécessaire à toute vie intègre. Et ceci d’autant plus que vous m’avez écrit une fort mignonne dédicace, Yves Dauteuille.

 

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Serge Brussolo, La planète des ouragans

Serge Brussolo, La planète des ouragans

Un bouquin pris au hasard dans les rayons poussiéreux d’Emmaüs qui s’est révélé être de la science-fiction comme je rêvais d’en lire depuis longtemps : habitée par une puissance d’évocation époustouflante.

L’auteur vit ce qu’il écrit. Pas besoin de longues explications ni de mises en place plan-plan. On est d’emblée projeté dans l’écosystème du livre. Une écriture servie par une poésie flamboyante nous met face à l’horreur sacrée de ce qui est. Il y a quelque-chose de l’expérience de la pleine conscience dans cet acte littéraire.

Serge Brussolo part d’une idée simple : imaginons une planète balayée par des vents meurtriers. Il brode là-dessus un monde apocalyptique, dépeint une humanité déliquescente où les secte religieuses les plus diverses foisonnent dans un délire philosophique aussi dévastateur qu’inventif. Gare à ceux qui chercheraient à préserver leur intégrité ! La lucidité est un danger mortel dans un tel univers. Les êtres qui s’y essaient, cantonnés de galeries claustrophobiques en muséums-cerveaux où la profusion des objets met en déséquilibre les chemins du mental, n’en sortent pas indemnes. Seule la voie de la survie finit par être offerte.

 

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