Stephen Batchelor, Itinéraire d’un bouddhiste athée

Stephen Batchelor, Itinéraire d’un bouddhiste athée

La mise en place didactique du début du livre ne m’a pas emballée plus que ça… puis le doute est apparu et tout est devenu beaucoup plus intéressant.

Sur un ton lucide et impertinent, et faisant montre d’une intégrité taquine, Stephen Batchelor nous emmène dans un périple à travers ses expérience du bouddhisme tibétain gelugpa, du bouddhisme zen coréen et d’une forme communautaire de bouddhisme anglais. De digressions en post-it, il nous accompagne dans le flux changeant et imprévisible de l’existence, proposant de développer une perplexité curieuse, porte ouverte sur le grand doute.

Une ode à la vie telle qu’on en rencontre rarement dans la littérature bouddhiste !

Parallèlement à cela, Stephen Batchelor trace une esquisse de la biographie du Bouddha historique à partir du canon pali. Se dessine un homme ancré dans le monde et les relations sociales, au contact des cultures perses et grecques et aux prises avec les réalités plus ou moins ragoûtantes de son temps. Vision inhabituelle qui ne manque pas d’intérêt.

Brillant, intelligent et lumineux !

 

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Elizabeth Goudge, L’enfant venue de la mer

Elizabeth Goudge, L’enfant venue de la mer

Le maintien de la vérité est si difficile.

Une littérature que j’ai longtemps tenue pour « du roman de grand-mère à l’eau de rose » avant que je ne finisse par aller au-delà de mes préjugés sur des instances amicales.

Elizabeth Goudge, c’est d’abord une écriture de la grâce et de l’initiation intérieure; une immédiate poésie portée par la liberté des grands espaces et de l’étendue du ciel.

On se retrouve en général dans des histoires d’amour follement romanesques, mais si bien écrites qu’on se laisse enchanter par l’atmosphère; des histoires de princes et de princesses sans mièvrerie.

De prince il s’agit ici effectivement, et plus précisément du futur roi Charles II d’Angleterre. L’aspect historique court tout au long du roman mais en filigrane. Cela ne gène nullement la lecture si on ne s’y intéresse pas. Après quelques recherches je me suis d’ailleurs rendue compte que l’auteur avait beaucoup romancé les faits historiques, et notamment les caractères des protagonistes principaux.

Malgré la magie des débuts, la confrontation de la grâce et de la réalité ne se fera pas sans dégâts…

 

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Franck Thilliez, Vertige

Franck Thilliez, Vertige

Une écriture simple, directe et rapide, d’emblée agressive. On entre de plain-pied dans du tout émotionnel, de la grosse cavalerie aux relents cinématographiques privilégiant le visuel.

Chaque chapitre a droit à une citation d’ouverture dans une tentative de donner du corps et de la profondeur à un texte qui n’en a pas.

Sur le thème du huis-clos souterrain, Arthur Upfield a fait bien mieux.

Je n’ai rien contre les livres qui exposent la laideur du monde ou frisent le glauque tant qu’il y a de l’humanité. Ici l’auteur traite ses personnages comme des objets, les utilisant de manière caricaturale dans une mise en scène censée se justifier par son final.

Car nous aboutissons au final à un double pied-de-nez, dans le style de Shutter Island ou de La mort des neiges de Brigitte Aubert. On aime bien utiliser utiliser les fous dans ces cas-là. Je trouve ça de très mauvais goût. La folie a bon dos… Il faudrait leur dire que la psychiatrie a évolué depuis le XIXe siècle…

Il n’y a aucun amour dans cette littérature à sensation.

[Lu dans le cadre du Prix des lectrices Confidentielles 2012]

 

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Valentin Musso, Les cendres froides

Valentin Musso, Les cendres froides

… archéologie familiale…

J’ai trouvé les mises en place un peu longues, le roman est presque trop structuré : mise en place du contexte actuel et familial, puis petit cours d’histoire… on se retrouve autour de la page 130 un peu flottant et sans que l’intérêt ne soit très en alerte. D’autant plus que le personnage principal, coincé, engoncé, intellectualisant, est assez agaçant.

Mais enfin ça démarre. L’histoire se densifie, le personnage prend corps. On ne lâche plus les deux derniers tiers du récit avant d’avoir vu se dénouer tous les fils entremêlés.

Il y a une progression d’un flou ennuyeux à une véritable présence du personnage, qui finit par parler en son nom propre. On se prendrait à croire, à la fin, qu’il existe dans la réalité.

J’ai été gênée tout du long par le nom d’une des protagonistes, Erika Fabre, dont le nom me renvoyait sans cesse au personnage de Camilla Läckberg. Et ce d’autant plus qu’elle n’a pas vraiment de personnalité dans le livre. La construction du récit, avec ses retours en arrière, ses différents points de vue qui se succèdent, m’ont d’ailleurs fortement rappelé cet écrivain sur une bonne partie du livre.

Une lecture prenante, donc. Je regretterai juste un peu le manque de personnalité et d’incarnation des personnages secondaires, qui ont une présence plus journalistique que réelle.

[Lu dans le cadre du Prix des lectrices Confidentielles 2012]

 

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Léon TolstoÏ, Le royaume des cieux est en vous

The Metropolitan Museum of Art, New York 09.72.4 - Léon TolstoÏ, Le royaume des cieux est en vous

The Metropolitan Museum of Art, New York 09.72.4

J’ai pu compléter ma troisième lecture de l’autobiographie de Gandhi par celle de ce livre, paru récemment et au sujet duquel j’étais intriguée.

Gandhi a en effet été très profondément marqué par ces écrits dans sa jeunesse.

Je dois avouer que je l’ai survolé assez rapidement, hors les passages qui m’interpelaient. Il doit falloir le resituer dans le contexte de l’époque et de la vie de Tolstoï pour vraiment en prendre la mesure – et je n’ai pas les connaissances nécessaires pour ce faire. J’ai tout de même noté la recherche de vérité prônée par l’auteur, son sens aigu de la dignité et de l’intégrité humaine face aux pouvoirs et aux mouvement collectifs et son idéal de révolution spirituelle au niveau individuel. Seule une conception plus haute de la vie permet de s’affranchir, selon lui.

S’il ne faut en lire qu’un passage, ce sera la correspondance qu’il a eu avec Gandhi et qui se trouve en fin de livre. Elle est courte, mais touchante. On y sent une certaine passation, de l’idéal de Tolstoï à la mise en œuvre de Gandhi, de l’admiration de ce dernier à la tendresse du premier pour son jeune interlocuteur.

 

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Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité

Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité

Toute retenue, quel qu’en soit le motif, est salubre pour l’homme.

Un livre de cœur depuis que j’ai lu pour la première fois vers 13/14 ans.

L’écriture est fraîche, simple, directe, pas de fioritures ni de lourdeurs, c’est un vrai plaisir à lire. La clarté et la précision de ses souvenirs sont impressionnants. Ce gros pavé se déguste plus vite qu’on ne croirait.

On découvre un jeune homme écrasé de timidité, mais qui finit par s’en faire une raison. Sa force de caractère, son autonomie lui insufflent une dynamique propre d’une intrépidité à toute épreuve. La passion brûlante de l’accomplissement de l’être qui l’habite l’amènera peu à peu à vouer sa vie au service des autres et à la fraternité humaine. Il sera inspiré en cela par ses amis théosophes – qui l’incitent à découvrir les traditions spirituelles indiennes – et par ses contacts avec des chrétiens, notamment Tolstoï, qui l’influencera très profondément.

Si l’homme est infiniment têtu et met parfois en pratique ses convictions avec un zèle un peu excessif – notamment en matière de diététique, d’éducation des enfants ou de médecine, il a le mérite de donner de lui-même jusqu’au bout et de toujours chercher à s’améliorer, dans un acte de foi tout entier offert à la vie. On ne peut qu’admirer l’enthousiasme avec lequel il s’adonne aux tâches ménagères, de la cuisine au nettoyage des latrines, considérant qu’aucun domaine n’est étranger au travail spirituel. D’aucuns pourraient s’en inspirer…

Un livre honnête et sans fard, la mise à nu d’un quêteur de connaissance qui savait rire de lui-même tout en assumant ses énormes responsabilités.

 

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Olga Kharitidi, La chamane blanche

The Metropolitan Museum of Art, New York 10.176.78 - Olga Kharitidi, La chamane blanche

The Metropolitan Museum of Art, New York 10.176.78

À la recherche de Shamballa dans l’Altaï

Télépathie, physique quantique, Sri Aurobindo, Gurdjiev, téléportation, Tibétains, potions d’immortalité,… tout y passe !

De psychologie égotique de bas-étage en pouvoirs offerts à de rares élus ; de messages personnels d’êtres de race supérieures en considérations manichéennes sur le matérialisme pas beau et l’intérieurisme source de toute félicité; on navigue sur les eaux troubles d’un mauvais roman de psychospirituolofantasy mal écrit.

Ce livre ne sert finalement qu’à mettre son auteur en valeur, un comble pour de la pseudo spiritualité.

 

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Grey Owl, Un homme et des bêtes

Grey Owl, Un homme et des bêtes

… ou de l’éducation des jeunes castors.

Un bien étrange personnage que ce Grey Owl ! Parfois grandiloquent, aimant se mettre en scène, cherchant à séduire son lectorat, homme de principe aux limites de l’agaçant, il devait être assez difficile à vivre au quotidien, entêté et solitaire.

On ne sait jamais trop s’il raconte la vérité, s’il enjolive, s’il brode sur des événements réels ou s’il invente (quoique cette dernière hypothèse me semble peu plausible). Mais au final… quel merveilleux conteur ! L’écriture est à la fois nette, simple et un peu malhabile, mais finit par s’affermir au fur et à mesure du livre. Sa volonté si forte de partager ses idées et ses sentiments sur la nature finit par être touchante et entraînante. On se laisse prendre au jeu de son habileté de raconteur d’histoires et ses petits amis poilus prennent corps et réalité pour longtemps dans notre esprit.

Animaux très bavards, communicatifs et tendres, curieux de tout, inventifs et parfois dévastateurs dans leur notion très particulière de l’ordre et de la propreté, les castors apparaissent sous un jour assez inconnu.

J’ai par ailleurs trouvé le livre en lui-même très sympathique. Le papier (recyclé) est très agréable, sa coloration se marie harmonieusement avec les illustrations et l’image de couverture. L’ensemble respecte l’esprit du livre et forme un tout harmonieux. Un bel objet !

 

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Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes

Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes

L’écriture est spéciale, très travaillée, très intéressante, foisonnante de vocabulaire. Elle ne m’a pas parlé tout de suite. Le début du livre a été marqué par un effort pour entrer dans les mots plus que par le plaisir de lire.

Dans la première partie du livre, j’ai aimé le père perché dans le flamboyant, image baroque et surréaliste qui se mêle à une description du réel qui ne nous y prépare pas.

La seconde partie est tourmentée, frise la folie, plonge dans la boue de l’esprit humain. J’ai trouvé cela long et fatiguant à lire, dense, violent, mais impressionnant de réalisme. Les mensonges que cet homme se fait à lui-même finissent par se déliter dans un corps-à-corps intime avec l’explosion de sa structure de personnalité présente. Comment sortir des rêves avilissants et mornes ?

La dernière histoire est infiniment touchante.

L’auteur n’a pas peur d’empoigner la vie dans toute sa crasse – quel courage ! Lire ce roman c’est comme se jeter dans une empoignade dont on ressort échevelé et plein de courbatures.

… et les oiseaux continuent à planer au-dessus de notre inaltérable humanité.

 

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Lyonel Trouillot, Thérèse en mille morceaux

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.142.11 - Lyonel Trouillot, Thérèse en mille morceaux

The J. Paul Getty Museum, Los Angeles 84.XM.142.11

Vraiment très beau. Très dense. Une observation pleine de finesse de l’éclatement intérieur, de la recherche d’identité. Pas évident de rendre de manière structurée ce que peut être l’explosion de l’identité. Une plongée intérieure pour s’extraire de la mascarade généralisée et sortir les petits bateaux de l’arrière boutique.

 

 

 

 

 

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